‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 355 sur 420 · AUTORISANT LA MARAUDE D'HOMMES · texte numérisé non relu

AUTORISANT LA MARAUDE D'HOMMES

clameurs des malheureux Champenois, mettre un terme aux succès des rebelles et aux avantages qu'ils tiraient de ces places fronlières, en pénétrant dans le cœur du pays; on fut aidé par de nombreux avis des habitants chassés qui prévenaient des endroits faibles de ces places; leurs patriotiques mémoires se trouvent encore aux Archives. Si des frontières on se transporte au centre, c'est la môme situation : le Berri, le Nivernais, le Bourbonnais, le Périgord, la Saintonge, le Poitou, l'Anjou, la Touraine, l'Orléanais et la Beauce avaient aussi beaucoup à souffrir des marches et contre-marches des soldats. La guerre civile existait encore en Bourgogne et en Guienne; dans la première, une place tenait en échec toute la province : les partisans de Condé, ciiassés du château de Dijon ^ s'étaient retirés à Bellegarde ou Seurre, dont le voisinage de la Franche-Comté les mettait à portée des secours de l'Espagne. On ne saurait se figurer les maux qui résultèrent pour le pays du siège de cette petite ville en lisant les histoires générales, l'abbé

i. Dijon, quoique déioarrassé des gens de guerre, est loin d'avoir retrouvé le calme et la prospérité : l'hôpital, qui regorge de malades, ne peut les contenir tous; des milliers d'autres encombrent la -ville. Les membres du Parlement se chargent pour leur part de 500 (20 janvier 1652); on forme une chamhre des pauvres, dont les conseils se tiennent le mardi et vendredi de chaque semaine, les autres sont remis à la charité des maisons religieuses et des séculiers aisés; mais bientôt, comme on ne trouve pas assez de bonne volonté, on a recours à une sorte de billet de h>yyrnent, et ordre à ceux qui le recevront de nourrir les pauvres qui en étaient porteurs, sous des peines sévères. Des conseillers de la cliamhre des pauvres, à la tète desquels étaient Michel Miilière el Philibert Delamarre, devaient entendre les plaintes des pauvres au sujet de ces billets, et en donner à ceux qui n'en auraient point eu; la ration tixée pour les pauvres était une livre et demie de pain et un potnge. Le mal ne s'arrèlant pas, Millotet, maire de Dijon, fit une consultation des médecins, qui tous ont donné jioui' causes du fléau la misère et les immondices qui encombraient la ville (27 novembre 1052). Regist. ms. du Parlement de Dijon, t. 111, fo 821, fonds Serilly, 391.

4fi8 LE SIÈGE DE SEURRE

Courtépée, Description générale du duché de Bourgogne; (loin Plancher, Histoir^e de Bourgogne ; et même Guillemot, Histoire de Seurre. Voici quelques détails plus précis qui feront mieux apprécier la situation :

« Le 23 mars 1652, messieurs les élus généraux des États de Bourgogne écrivirent à M. de Bielle, élu de la noblesse et député en cour, pour l'informer des nouveaux maliieurs arrivés à la province : « Les ennemis (les partisans de Condé), disent les élus dans leur lettre, ayant bnUé entièrement quatorze villages au voisinage de Seurre (suivant un mémoire envoyé à l;i chambre des élus le jour d'hier), qui sont Pagny le Chastel, Fagny l'Église, La Bruyère, Cluimblane, Toutenant, Longepierre, Jalanges, Saint-Georges, Chaselles, Mont, Chivn^, Labeivement li; Duc, outre d'autres qu'ils ont brûlé depuis, ces boute-feux élant encore en campagne et continuant ces horribles dégâts, le tout ainsi qu'il a été mandé par oindre exprès de Monseigneur le jjrince, que le commandant dudit Seurre a reçu de brûler toute la province sUl lui était possible. Ledit sieur de Bielle peut juger par ces incendii^s auquel on n'apporte aucun empôchfnrient, en quel état sera la province dans peu... joint à la grande disette et famine qui sont encore en cette province et qui font que tous les villages seront abandonnés et déserts... »

« Au mois de mars 1653, les élus de Bourgogne décrétèrent qu'un grand nombre de communes seraient déchargées de ce qu'elles devaient de leurs cotes de l'année 1652, eu considération des passages et logements des gens de guerre. ' »

Dès 1631, la Bourgogne, sur les jetons qu'elle faisait frapper, se représente couchée à terre avec cette légende à Louis XIV : « Te sîante, resurgam. » Aux petits États, tenus à Beaune cette même année, le duc d'Épernon, si peu sensible aux maux de ses administrés, les reconnaît en dis;int : o Je sais l'état de la province, je sais la misère où elle est réduite; je sais qu'il y a grande disetle; je sais les malheurs des particuliers; » et néanmoins ces communes épuisées et dévastées sont obligées, le 18 avril 1653, par ordre d • d'Épernon, de fournir 3,000 hommes avec des

1. Extrait inédit du registre des délibérations des élus de Bourgogne.

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