EN GUIENNE
Sarlat, Marmande, Périgueux, etc.; encore toutes ces villes étaicnt-elk's dans le plus triste état, par suite de la misère et des divisions intestines :
« Conti, dit la Gazette, 23 janvier 1653, ne marche plus ici qu'avec 55 gardes qui le suivent partout et demeurent toute la nuit dans sa maison, à cause de la défiance qu'il a de la populace, bien que, pour se concilier son amitié, il ait accordé depuis peu une ordonnance portant rabais d'un quartier des loyers, ainsi qu'avaient fait les jurats. »
Mesure politique imitée de Paris qui pouvait s'expliquer par la ruine complète du commerce; les navires n'osant point charger de vin à cause des défenses faites par lesOrmistes de payer les droits dans les bureaux établis à Blaye et autres lieux suspects, et à cause de la contagion presque en permanence pendant ces troubles et qui menaçait tout le pays dune dépopulation générale. En trois jours (septembre 16o3), on ferma plus de quarante maisons elles couvents des carmélites et des récollets; la famine venait encore se joindre à tous ces fléaux de la guerre et de la peste, le pain se vendait à Bordeaux plus de huit sols la livre, les campagnes étaient ravagées par les courses des troupes qui n'avaient plus d'autre moyen de vivre que le pillage'.
1. Gasef/erfe France, 23 janvier 1633, 13 février, 20 mars, 30 avril, etc. La situation est la même dans le Langueiioc : depuis 1631, la disette et la pesle y sont en permanence; on est réduit à placer les malades dans les collèges abandonnés. Pour subvenir aux charges, on établit un nouvel impôt sur tous les objets de consommation déjà si chers (février 1633); chaque pièce de gros bétail payait à l'abattoir 12 livres de droit, on se taxe, et à peine obtienl-on, par ce moyen, 8,000 livres par mois, somme tout à fait insuffisante pour la nourriture et les soins qu'exigent les indigents et les malades. Tout le Midi est aussi malheureux. Ou voit la pesle dans le Rouergue depuis le 28 novembre 1632; à Agen, que le l'arlemeut de Bordeaux abandonne pour la Héole, la moitié de» habitants péiit; la population des villages environnant?, réfugiée dans la ville pour échapper à la famine causée par les gens de
A80 LETTRE DE MAZâRIN A CANDALE.
Une dépêche de Mazarin au duc de Candale nous dispensera de citer tout autre document pour faire apprécier l'étal de Bordeaux, la situation de la cour et de l'armée royale, enfin la manière dont on faisait la guerre :
« 4 mai 1653. — Bordeaux est incommodé par toutes sortes de privations, et une lettre de Lenet à M. le prince, que l'on a interceptée, prouve que ceux de Bordeaux ne croient pas avoir liâte d'être secourus... Il semble qu'il ne serait pas inutile de menacer d'abord d'arracher les vignes et de brûler les maisons des champs, pouvant arriver que cela causerait quelque bon mouvement dans une ville dont la richesse consiste en cette sorte de bien... Quant au pain et à l'artillfirie que vous demandez, on a donné là-dessus tous les ordres qui pouvaient dépendre d'ici dans l'état présent des affaires, où je vous puis dire, sans exagération, que jamais il n'y eut tant de peine h. pouvoir trouver de l'argent, et cela est si vrai que notre campagne sera de beaucoup retardée, faute de pouvoir fournir aux troupes une assistance médiocre pour les tirer de leurs quartiers, quoique l'arcliiduc, M. le prince et le duc de Lorraine fassent tous les efforts imaginables pour se hâter d'entrer en France par deux endroits différents, avant que nous puissions être en état de leur résister... Vous devez cron-e qu'à moins que les choses soient impossibles, je les entreprendrai toutes avec joie pour vous faciliter les moyens de réussir dans votre emploi , y étant porté par des raisons si fortes qu'il ne peut y en avoir de plus puissantes sur moi, puisqu'il s'agit du service du roi et de votre gloiie particulière (allusion au projet de mariage du duc avec une nièce de Mazarin); mais à vous parler franchement, vous ne devez pas attendre qu'on vous envoie de l'argent d'ici, tandis qu'on n'a pas seulement de quoi pourvoir à la dépense ordinaire de la maison du roi et aux choses absolument nécessaires pour soutenir l'effort des ennemis du côté des Flandres. C'est pourquoi il faut que vous tâchiez à trouver des fonds, à vivre dans la province môme, et que vous fassiez en sorte qu'elle fournisse à l'avenir les moyens de faire la guerre i. »
Gomme à Paris, le clergé intervint pour demander au
guerre et logée dans des cabanes élevées en dehors des murs, meurt de misère; à Monlauban, l'épidémie emporte plus de 8.000 personnes; le Queicy en est tout dévasté. Voir Aldeguier, Histnirn de Toulouse; Gaujal, Histoire du Roue7'gue ; Boudon, Histoire du département de Lot-et-Gnronue; l.ebret, Histoire dv Mo daubun, etc. 1. Bibl. inip., uis. 361. Gaignières, t, LX.