REVOLTES EN FRANCE
aussi grosse et vingt fois plus rapide qu'en 1651. On ne voit passer sur la rivière que bois, paille, paillasses et lits. Il n'est pas jusqu'à la petite rivière de Bièvre qui n'ait fait rage dans le faubourg Saint-Marceau, où elle a noyé bien du monde et abattu bien des maisons. La Grève est si pleine d'eau que l'on n'eu approche que par bateau ; le i" mars, dans la nuit, une partie du pont Marie est tombée dans la rivière avec environ 50 personnes, deux arches du pont se sont enfoncées, elles soutenaient vingt-deux maisons ; les débordements firent aussi d'étranges ravages à Rouen « qui est à moitié dans l'eau.» Compiègne, La Fère, en souffrirent beaucoup ; à Amiens, l'eau emporta une partie de la citadelle. Beauvais faillit être submergé, il n'y eut que trois rues qui n'ont point été inondées 1. Ces malheurs, la famine qui s'ensuivit, puisque le blé, qui en 1657 n'avait coûté que 12 livres 9 sous l'hectolitre, valui pour le moins 17 livres, s'éleva à 19 livres li sons et dans quelques provinces au delà encore, ramenèrent promptement la peste qui sous l'ancien régime monarchique n'était jamais bien loin ; elle sévit rigoureusement depuis le printemps jusqu'à la fin de l'automne 2.
Cette misère amena des mouvements ou des lévoltes : déjà l'historien en rencontre en 16o4 et 1655 dans le Berri, sous l'impulsion dun couvreur nommé Crochet. Une nouvelle éclate en Sologne (1658), un des pays les plus misérables delà France. Pour vivre, ils sont réduite à imiter leurs oppresseurs, à faire des courses dans les provinces limitrophes ; ils vont jusqu'à trois lieues de Chartres et, le 5 juin, les registres capitulaires de cette ville nous parlent
« d'un guetteur, chargé de faire le guet nuit et jour pour avertir de l'arrivée des pauvres insurgés : ils étaient au nombre de 7,000 hommes et avaient 500 chevaux sous la direction d'un officier de l'armée. On chargea le vice-bailli de Chartres d'aller réprimer cette rébellion, mais, trop faible, il fut obligé de se retirer dans le château de Sully, oti les
1. Bibl. imp., ms., coll. de Champagne, t. XXXIII. — Lettres de Guy Patin, 26 février, ler-22 mars 1658 : « L'homme, dit Guy Patin dans un accès de désespoir classique emprunté à Pline, l'homme est un misérable animal à qui tous les éléments font la guerre. »
2. Histoire des pe 4 es et des e'pidémies, par le docteur ang-lais Edw. Bascome, 1851.