‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 395 sur 420 · S14 DERNIÈRE INTERVENTION CHARITABLE · texte numérisé non relu

S14 DERNIÈRE INTERVENTION CHARITABLE

tienne, « motivée, dit la préface, sur les circonstances.* • C'était donc une demande tout à la fois timide et pressante de toute l'autorité des grands docteurs de l'Eglise qui, par leur insistance, font presque un précepte, un dogme du conseil évangélique. Avec quelle chaleur, quel feu ne doit-il pas solliciter la bienfaisance des Dames de Chanté. Trop tôt, hélas I dans la dernière assemblée générale de charité (11 juillet 1637), Vincent abandonnant son langage d'humilité ordinaire, les avait louées comme d'une tâche terminée, et exalté cette œuvre si extraordinaire de femmes qui soignaient, chauffaient, habillaient el nourrissaient un royaume entier. « La Providence s'est adressée à quelques dames de Paris; cela ne voussemblet-il pas singulier et nouveau? L'histoire ne dit point que chose semblable soit arrivée aux dames d'Espagne, d'Italie ou de quelque autre pays. » La correspondance de Vincent montre que, malgré le bon vouloir de ses auxiliaires, leurs ressources sont diminuées, presque épuisées; qu'elles ne peuvent rien. Un des missionnaires songe alors à écrire au roi et demande conseil à son supérieur. La réponse du saint nous a paru curieuse :

« Quoique le roi ait fait espérer quelque aumône, on ne tient pourtant rien, parce que les rois promettent facilement, mais ils oublient [encore plus facilement, mots effacés, mais parfaitement lisibles sur l'original) d'accomplir leurs promesses, à moins d'avoir des personnes :\ leurs pieds qui les en fassent ressouvenir souvent. Or nous n'en avons pas ici qui aient assez de charité pour les pauvres et de liberté vers Sa Majesté pour leur procurer du bien. Il y a quelques années que madame la duchesse d'Aiguillon n'approche pas la reine pour lui en parler, et nous ne savons à qui recourir... Le bon Dieu vous veuille bien garder d'écrire à Leurs Majestés pour aucun établissement de missionnaires, ce serait assez de cela pour leur donner lieu de se moquer de vous et de nous. Ces œuvres ne se font pas en les demandant aux hommes, mais

1. La bibliothèque Sainte-Geneviève possède ce? deux éditions.

en représentant à Dieu les besoins des pauvres, afin qu'il ait agréable d'y remédier, »

Tous ses appuis ordinaires manquant à la fois, Vincent dut probablement songer dans cette détresse publique à la charité publique et faire en quelque sorte un pendant des premières Relations sous un autre nom. C'est à ce moment, noiis le croyons, et non pas en 16o2, comme le pense l'abbé Maynard, ni en 1662, comme l'a fait M. P. Clément, qu'il faut placer les placards cbaritables que le savant auleur de V Administration de Colbert a le premier trouvés et publiés. Le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659. pouvait faire croire qu'avec la guerre allaient cesser les maux du pays; malheureusemenl la France avait élé trop radicalement ruinée pour que deux ou trois mauvaises années de récolte ne se fissent pas rudement sentir, et ne devinssent une véritable calamité nationale : aussi le premier placard est-il fait pour détromper l'opinion publique... il est intilulé : Discours sur la conclusion de la paix, et doit être probablement de la fin de 1659 ou des premiers mois de 166U.

« 11 n'est pas encore temps de s'arrêter dans le chemin de la miséricorde et d'abandonner une si sainte entreprise; il faut encore quelques nouveaux efforts pour cet hiver; il faut se rehausser par une charité nouvelle... les vignes et les seigles ont gelé en Champagne, les fourrages sont si mauvais qu'ils ont causé la mort à la plupart des bestiaux ; la récolte des blés n'a pas été abondante en PicardiL' ; la calamité qui règne par tous ces lieux-là excède sans exagération celles des années précédentes (1636-57), où nos armées faisant leur séjour en Flandres, ils n'avaient qu'à en souffrir les passages. 11 est donc de la dernière nécessité de ne pas refuser à ces pauvres affligés ce dernier soulagement... Les pauvres des provinces ont vécu avec beaucoup de peine durant les premiers mois de l'hiver, se servant du peu qu'ils avaient recueilli; maintenant ils n'ont plus rien. On écrit à Paris de tous côtés leurs misères extraordinaires et particulièrement celles de Bourgogne, de Picardie, de Lorraine, du pays Messin (Metz) et de l'Angoumois.

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