DÉGUISÉE SOUS DIVERS TITRES. M
mener dans les cœurs la charité éteinte par cette longue misère. « Au nom de Dieu, faites, dit l'écrivain en terminant, un eflort pour prévenir ces malheurs; ouvrez votre bourse aux pauvres moribonds, empruntez, engagez, etc. » Toujours les mêmes adresses pour les aumônes.
Pour achever d'émouvoir les cœurs, viennent les espèces de relations détaillées; l'une est intitulée : Réflexions sur ces paroles de J. C. : t Vous aurez toujours des pauvres avec vous. »
« Il y a obligation de conscience de vous représenter de nouveau la famine qui est dans quelques provinces... En Berri , la pauvreté est inconcevable, et elle augmente à mesure que les aumônes diminuent ; elles ont été trop courtes jusqu'à présent pour des besoins si grands et si pressants. On a trouvé dans deux paroisses quatre personnes mortes de faim et presque tous sont dans le môme danger... les plus accommodés mendient. On leur a distribué quelques semences, mais plusieurs, pressés par la faim, les ont mangées ; la plupart des terres sont en friche, il faut qu'ils meurent si on ne les nourrit au moins jusqu'à la moisson de la semence qu'on leur a donnée. Rien n'est plus pitoyable que de voir ces pauvres ; ils ont des visages secs, livides et pâles comme des morts. La noblesse s'en va être aussi réduite à l'aumône et déjà plusieurs la demandent, et les maisons religieuses se ressentent fort aussi de cette disette générale... Les gens de bien qui visitent les pauvres chez eux assurent que la misère est extrême , ils sont prêts à donner leur sang et leur vie pour cette vérité. Plusieurs endroits du Poitou sont dans la même indigence, les habitants vivent d'iierbages comme les bêtes, et si quelques-uns ont un peu de pain, il n'est que de son ou de noix... Il s'est trouvé un gentilhomme de fort bonne maison qui a été contraint h demander part à ces distributions charitables pour lui, sa femme et six enfants ; il y avait trois jours qu'ils n'avaient vu de pain, et était dans le désespoir de l'extrémité où il avait appris que la nécessité avait réduit une de ses filles, et cherchait à se mettre en service pour s'empêcher de mourir de faim. Quant à la Beauce, qui était autrefois un des greniers de Paris, elle est maintenant en divers endroits sans pain, et sans espérance de rien recueiUir en plusieurs lieux... On a depuis peu visité 56 villages du Gàtinais où l'on a trouvé plus de 800 familles qui font 2,500 personnes dans une extrême pauvreté, le tiers de leurs maisons sont comme des crèches de Bethléem... Celui qui leur apporte des secours dit qu'il n'est pas croyable combien ils