LÉGENDE
Tour, évêque du Puy, l'éloge du citoyen se trouve dans un mot de de Lamoignon : directeur de l'assistance publique au nom du gouvernement, comme premier président, depuis 1658, il avait pu apprécier par lui-même pendant ces deux terribles années la charité du prêtre qu'il connaissait si bien de réputation par les récits de sa mère et de sa sœur : « Toute la France, écrit-il à propos de cette triste nouvelle, a perdu en la mort de M. Vincent, et j'ai, en mon particulier, beaucoup de sujets d'être sensiblement touché d'une si grande perte. » « Les pauvres, dit de son côté la reine mère, viennent de faire une grande perte. » Cette douleur générale, dont nous pourrions rapporter cent autres témoi gnages (le prince de Conli, la reine de Pologne, l'ancien général des galères devenu le P. oratorien de Gondi, etc.), prenait sa source dans le découragement général qu'éprouvait la société tout entière à la vue de ce paupérisme persistant, endémique, et toujours plus envahissani; sentiment dont il existe une traduction naïve : la Légende du bonhomme Misère, qui, nous le pensons, doit dater de cette époque, et par laquelle nous finirons cette longue et triste élude :
Un jour deux pauvres voyageurs arrivent trempés jusqu'aux os dans un village. Après avoir vainement demandé l'hospitalité à un riche bourgeois du lieu, ils sont conduits par une misérable lavandière, qu'ils rencontrent lavant son linge au bord d'un ruisseau, chez un paysan, le Bonhomme Misère. Malgré son extrême pauvreté, celuici les reçoit du mieux qu'il peut, et veut même leur céder pour coucher l'unique botte de paille qu'il possède. Au moment du départ, les deux voyageurs, qui ne sont autres que saint Pierre et saint Paul, disent à leur hôte généreux de faire un souhait, dont ils demanderont l'ac-