DU BONHOMME MISÈRE
complissement à Dieu. Or Misère avait pour tout bien un poirier « qui fournissait seul presque la moilié de la subsistance de ce bonhomme. » Le jour même où il avaitreçu les illustres voyageurs, Misère était tout chagrin d'avoir trouvé son arbre dépouillé de ses plus beaux fruits : « Je ne demanderais, dit-il, tout en proie à son chagrin, rien autre chose au Seigneur, sinon que tous ceux qui monteront sur mon poirier y restassent tant qu'il me plairait, et n'en pussent descendre que par ma volonté. » Après une courte oraison des bienheureux apôtres, le souhait de Misère est exaucé. Bientôt le voisin, méchant et larron, qui volait les poires, est pris ; Misère, vrai bonhomme dans toute l'acception du mot, le laisse partir, après s'en être moqué , avec les fruits dérobés , en lui disant seulement : « Allez, voisin, et n'y retournez plus. » Bien des années après Misère a vieilli : la Mort, avec sa faux, entre un soir dans la cabane du pauvre paysan et lui ordonne de partir. Misère qui, comme le bûcheron de La Fontaine, malgré ses souffrances tient à la vie, songe à user de stratagème pour obtenir du répit, et prie la Mort d'aller lui chercher une poire sur l'arbre oîi, cassé comme il est, il ne peut grimper. La Mort, qui ce jour-là est de bonne humeur, monte à l'arbre et se trouve prise au piège : il faut composer, et, pour redescendre, elle promet à Misère de ne venir le prendre qu'au jour du jugement dernier. D'oîi il résulte que Misère « restera sur la terre tant que le monde sera monde. »
M. Champfleury, qui vient de rééditer ce petit chefd'œuvre de littérature populaire, hésite sur l'origine et sur la date de sa publication : pour nous , nous croyons que cette légende est d'origine française. C'est bien le paysan de notre pays, le Jacques Bonhomme, si patient et