LÉGENDE
si bon, qu'une injustice et une cruauté de plusieurs siècles n'ont encore pu lasser; une triste résignation perce seule dans le récit. Tant que durera ce régime administratif dont il ne peut apercevoir ni prévoir le terme, il n'ose espérer la fin de ses maux^ et il s'efforce d'en rire; il y a plus de tristesse que d'amertume, plus de mélancolie que de haine dans ces lamentations. C'est bien l'opinion qui doit ressortir de notre étude.
La plus ancienne édition qu'on connaisse de cette légende, publiée à Troyes chez la veuve de Jacques Oiidot et Jean Oudotfils, remonte à 1719, au milieu des misères de la Régonce de Louis XV, six mois avant la terrible peste de Marseille. D'après cei tains indices qu'il a trouvés, M. Ghamplleury présume que cette légende avait dû faire partie de la collection de Nicolas Oudot dès 1665. Ce fait est capital pour nous; les petits-fils recommencent dans les terribles années de la régence de Louis XV ce que leur grand-père a dû publier pendant l'époque non moins malheureuse de la régence de Louis XIV. D'où pouvait
1. Tel devait, en effet, être le sort du peuple français sons l'ancien régime; ce régime eùt-il duré encore un siècle, le discours de Mgr La Fare, cette condamnation de l'ancienne monarchie, prononcée à son dernier jour par un de ses plus ardents défenseurs, eût toujours été vraie : « Sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des preuves non équivoques de sa patience... C'est un peuple martyr, à qui la vie semble n'avoir été laissée que pour le faire souffrir plus longtemps. » Ce langage fut tenu en chaire, au roi, en présence de toute la cour, de tous les députés du royaume, le 4 août nSO, à la cérémonie religieuse de l'ouverture des États généraux. Nous n'avons retrouvé ce discours dans aucune' histoire de la Révolution : ces paroles ne peuvent être suspectes danla bouche de Mgr de La Fare, qui, à l'assemblée constituante, se montra un des adversaires les plus opiniâtres des réformes, émigra dès le commencement de 1791, fut pendant les vingt-quatre années d'exil chargé de la correspondance des Bourbons, ne rentra en France qu'en 1814 pour être comblé d'honneuis, comme un des plus fidèles du parti, devint cardinal-archevêque de Sens, aumônier de la duchesse d'Angoulême, fut choisi pour prononcer le discours au sacre de Charles X, etc.