AGE D'OR DES COURTISANS
pieuse témoignait à son guide, les cadeaux singuliers (|u'elle lui faisait. On se figure facilement l'envie et la malignité des courtisans, cette « belle matière à méditalion, » comme dit un contemporain, lorsque se répandit dans les antichambres du Louvre celte nouvelle accusatrice : « La reine a donné un lit au cardinal ^ »
Pour excuser, justifier, faire accepter le choix de son avori, la reine fut obligée d'acheter la noblesse, tellement obérée, qu'on avait dû, sous Louis XIII, créer dans son intérêt un bureau de mont-de-piété à son usage spécial; de lui livrer la France en proie. Ce fut l'âge d'or des courtisans; Anne d'Autriche ne songea qu'à fêter son joyeux avènement, semant autour d'elle argent et faveurs, donnant tout à tous, ne refusant rien à personne : le duc d'Orléans el le prince de Gondé arrachèrent des trésors, l'un pour payer ses dettes, l'autre pour remplir ses coffres-forts; le moindre courtisan demandait, exigeait et sortait satisfait. Avec ces muniticences, le trésor, déjà endetté à la mort de Louis XIII, n'eut bientôt rien à donner : on accorda des privilèges, des monopoles à exploiter ou à vendre ; chacun imaginait les taxes les plus incroyables, les plus bizarres pour s'en l'aire attribuer le proUt : une dame de la cour obtint de la irgente un droit d'impôt sur toutes les messes qui se célébraient à Paris. Il y avait des conseillers bénévoles sous le nom de donneurs d'avis; quand leur idée était adoptée,
1 . Voir ms. de Gaudin. Arch. des affaires étrangères, coll. France, cité par M. d'Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraitie, t. Il; les Lettres de Mazarin à la reine, publiées par M. Ravenel pour la Société d'histoire de France, et les Carnets de Mazarin, que M. Cousin a commentés dans le Journal des savants, sont venus confirmer tous ces propos malins, et ne laissent aucun doute sur la nature de la liaison qui existait entre Anne d'Autriche et son ministre.