IGNORANCE EN ADMINISTRATION
ils étaient intéressés dans les revenus du nouvel impôt, aussi celle classe d'individus fourmillait elle à la cour, dans la ville *. Comme le rapporte de Retz dans ses Mémoires, « on ne refusait rien, « et La Feuillade disait qu'il n'y avait plus que quatre mots dans la langue française : « La reine est si bonne! » Un des traits qui peint le mieux le désordre de cette époque nous a été conservé par Madame, mère du régent : « Au commencement, ditelle dans une lettre (6 août 1718), la reine ne savait rien de rien; elle donna un jour à sa première femme de chambre, la Ber.uvais, les cinq grosses fermes, dont le produit fait vivre toute la cour. Lorsqu'elle vint au conseil et proposa la chose, tout le monde se mit à rire, et on demanda à la reine avec quoi elle comptait vivre; lors(|u'on lui eut expliqué le fait, elle fut tout étonnée; elle croyait n'avoir donné qu'une ferme qui s'appelait les Cinq fermes. Cette anecdote est trés-vraie, le vieux chancelier Letellier, qui assistait à la séance du conseil où la reine fit cette proposition, me l'a racontée; elle-même en a souvent ri depuis et reconnu son ignorance. On a sur la régence d'Anne, ajoute Madame, bien d'autres historiettes de ce genre. »
Celte bonté ne pouvait continuer que par la ruine de tous : villes et campagnes, nous l'avons vu dans un chapitre précédent, répondaient en gémissant aux rires et à la joie de la cour. Mazarin, à bout de ressources, dut commencer à refuser; dès lors sa perle, un instant ajournée, fut jurée par tous.
A la fin de l'épitaphe qui accompagne l'oraison funèbre prononcée par monseigneur Nicolas Grillie, évoque et
]. Le donneur d'avis aux partisans, sortant du Cabinet des idées,
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comted'Uzès,pourleservicesolenneIcélébréen l'honneur de Louis Xllf , par ordre du clergé de France, dans l'église des Augustins de Paris, on lit cette phrase significative : « Soixante-trois rois l'ont devancé dans son empire, mais lui seul l"a rendu absolu, et ce que tous ensemble n'ont su faire en douze siècles pour la grandeur de la France, il l'a exécuté en trente-trois ans pour la gloire des Français *. »
C'est contre ce pouvoir absolu, incarné dans Richelieu, qui « des marches du trône foudroyait les humains plus qu'il ne les gouvernait » et plus lard dans Mazarin, que la Fronde veut réagir ; elle n'est qu'une coalition contre le ministériat , comme disent quelques Mémoires de l'époque 2. Malheureusement cette ré.«is!ance au pouvoir absolu n'est qu'un prétexte, qui couvre une lutte d'intérêts, d'intrigues, de complots.
La noblesse qui, depuis la mort de Biron, avait vu si souvent les prisons se fermer sur ses membres, et plus d'une tête tomber sous la hache du bourreau, voulait demander compte de toutes ces incarcérations, de tout ce sang répandu; le peuple écrasé par les taxes, oubliant de longs siècles d'oppression féodale, était disposé à faire cause commune avec ses tyrans de la veille, alors victimes comme lui de la centralisation, cette grande machine, qui s'organisait [lartout; le Parlement, furieux de la
1. Bibl. Sainte-Genevièye. X, 530. Recueil d'Oraisons funèbres.
2. Entre autres le Journal des guerres cimies de la Fronde. (Ms. inédit, Bibl. M;iz., in-f», n» ']7Go.) Ce journal e-t d'autant [ilus important que l'auteur, Dubuisson-Aubenay, était gentilhomme du secrétaire d'Etat Uuplessis-Guéneg-aud, et par consikjuent parfaitement renseigné; nous lui ferons de fréquents emprunts : c'est un des meilleurs guides pour l'étude de la Fronde. 11 serait à souliaiter que la Société d'iiistoire de France entreprit la publication de ces intéressants mémoires.
VRAIE CAUSE DE LA FRONDE. si
perte de ses privilèges anéantis ou méconnus, semblait donner un caractère de légalité à la résistance.
Un passage d'une remontrance de cetle cour souveraine (21 janvier 1649) met parfaitement en lumière cette vraie cause de la Fronde :
« L'élévation d'un particulier en trop haute puissance est contraire aux règles de la bonne police en toute sorte de gouvernement et spécialement aux monarchies qui ont pour loi fondamentale qu'il n'y a qu'un maître en titre et en fonction, de sorte qu'il est toujours honteux au prince et dommageable à ses sujets qu'un particulier prenne trop de part en son affection et en son autorité; celle-là doit être com- ;iiuniquée à tous, l'autre n'appartient qu'à lui seul. D'ailleurs votre Parlement avait sujet de croire que la propre expérience de la reine votre mère lui serait une garde fidèle pour la garantir de cet accident, ayant vu, pendant son mariage, en deux notables exemples du maréchal d'Ancre et du cardinal de Richelieu, combien l'élévation d'un sujet en trop de faveur et d'autorité avait été difforme, jusqu'à quel point elle avait été redoutable au roi et intolérable à ses peuples... Elle avait vu sous le gouvernement de ces puissances les compagnies les plus célèbres avilies, les personnes de toutes conditions opprimées, sans respecter les royales, non pas même la sienne et celle de la feue reine votre aïeule-, bref, il n'y a rien eu de si sacré qu'elle n'ait vu profaner par leur insolence et ambition, il n'y a rien de si cher à l'État qu'elle n'ait vu sacrifier à leurs intérêts. . Toutes ces considérations nous étaient des gages assurés que, pendant cette régence, nous ne pourrions tom.bcr en de semblables malheurs... Mais il est arrivé que Mazarin, élevé par le cardinal de Richelieu, nourri dans ses maximes ambitieuses et formé par ses artifices, succédant à son ministère, a succédé de même à ses desseins i. »
Au début, on le voit, ce n'est pas contre l'étranger, mais contre le ministre, élève et continuateur des desseins
1. Arch. iuip., ms. U, 333. Ane. regist. du Parlement. Voir aussi Choix de mazarinades, par M. Moreau, des nombreuses pièces qui tiennent le même langage et particulièrement Requête des trois États /irésen'e'e à messieuis du Parlement, 1648, t. I, p. 28, 35, et Raisons d'Etat contre le ministère, etc., VAnuthcme et l'excommunication d'un ministre d'État, etc., tiré de l'Écriture sainte, p. 63, 65; Lettre d'avis à MM. du Parlement , écrite par un prpvincial (4 mars 1649), etc.