LA VEILLE DES BARRICADES
rets généraux qui étaient en souffrance; mais Anne, « incapable de comprendre ce que c'était que le public, » croyait que son premier devoir de reine régente était de transmettre à son fils un pouvoir absolu, intact, et de reprendre sa revanche de sa défaite.
Les barricades détruites, les troupes royales renvoyées de Paris, l'ordre avait été rétabli partout, et, dit de Retz, « Paris paraissait plus tranquille que je ne l'ai jamais vu le vendredi saint. » La lévolte semblait s'être évanouie comme un rêve; mais en réalité, la situation n'avait pas changé : le Parlement, dans la joie de sa victoire, enflé des applaudissements populaires, à travers les souvenirs classiques de son éducation latine ou grecque, se regardait, comme le sénat romain, ou comme les éphores de Lacédémone, « institué pour modérer l'extrême puissance des rois et s'oppoper à leurs dérèglements. » La bourgeoisie conservait une grande détiance de la cour; de son côté, la reine entretenait dans son cœur la blessure faite à son orgueil royal, et gardait un amer ressentiment de son humiliation. Les outrages du peuple achevèrent de l'irriter, elle ne paraissait plus en public sans être insultée : on chansonnait partout les amours de dame Anne et de Mazarin ; les libelles insolents commençaient à s'imprimer et à se répandre.
Sur ces entrefaites arriva de l'armée le vainqueur de Rocroy et de Lens, mécontent de n'avoir pu poursuivre ses succès faute de Targent que lui refusait le Parlement; d'ailleurs, l'éducation princiére de Condé l'éloignait naturellement de ces « gens de chicane » que la noblesse méprisait et redoutait tjut à la fois; en même temps il espérait lout pour son avide ambition et celle de SI famille, d'une régente et d'un ministre dont il serait