‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 78 sur 420 · FUITE DE LA COUR A SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

FUITE DE LA COUR A SAINT-GERMAIN

les tempêtes soufflèrent de nouveau : « Il semblait que tous les esprits étaient surpris et enivrés de la fumée des vendanges, et tout présageait des scènes au prix desquelles les passées n'ont été que des verdures et des pastorales. » Mazarin, manquant d'argent, emprunte à 12 pour 100; le Parlement ordonne une enquête, Gondi fait prêcher contre cette « consécration publique de l'usure, » et Mazarin est déclaré le « juif le plus convaincu qui fût en Europe. » Le Parlement menace le ministre d'un arrêt de bannissement; Mazarin répond en rassemblant huit mille hommes autour de Paris, rattache à sa cause Gaston et surtout Condé, en lui concédantpouren jouir souverainement les places de Jamelz, Dun, Glermont et Stenay, c'est-à-dire une partie de la Lorraine récemment conquise. Telle était la misérable situation du pouvoir : il cédait les lambeaux de la France pour ne pas donner au pays des garanties qui auraient affermi la paix et l'ordre, et ruiné pour toujours l'autorité de ces grands qu'il achetait si cher.

Forte de ces appuis, et désireuse de donner une leçon au Parlement, le 6 janvier 1649 la reine sortit furtivement de Paris avec ses deux fds, son ministre et toute sa maison, ne s'arrêtant qu'à Saint-Germain, où, faute de préparatifs, elle ne trouva que des chambres délabrées et de la paille pour tout lit. I^'espoir de la vengeance lui fait supporter ce dénùment absolu : immédiatement les troupes de Flandre reçoivent ordre d'avancer à marches forcées, et le Parlement est i-eléguè à Montargis, avec menace de voir ledit ordre appuyé par 25,000 hommes.

Arrêtons-nous un instant, et avant d'exposer les actes du Parlement, étudions sa situation morale '. Créé dans

■1. Voir sur ce sujet ; Beugnot, les préfaces des Olim du Parlement;

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