LES BOHÉMIENS
lage organisé parmi eux : stables, poulaillers, greniers, tout est saccagé ; tout leur est bon pour assouvir la cruelle faim qui les ronge; le maigre chat domestique fait nombre avec les poules, les moutons, les lapins. Le premier bois voisin permet de profiter de ces larcins : la halte est à la fois le repos et le repas. Devant ces feux flamboyants, comme femmes et enfants se pressent pour préparer le festin! Les animaux sont dépouillés, les broches installées: sans souci du lendemain, chacun ne pense qu'à l'abondance du moment; aux figures sombres ont succédé des visages gais et joyeux. Il faut voir et revoir ces quatre pièces des Bohémiens, dont les scènes si diverses, si nombreuses, échappent à l'analyse. Une étude longue, souvent répétée, permet seule d'en saisir à la fois l'ensemble et les détails pittoresques : on sent alors que c'est la réalité que l'on voit; et si, à des siècles de distance, nous en sommes frappés, quelle devait être l'impression produite sur les contemporains qui, chaque jour, assistaient à des drames semblables !
Avec les Misères de la guerre, Cal lot entre dans le cœur même de son sujet. L'artiste d'abord exécuta son œuvre en six petites planches qu'on appelle les Petites misères de la guerre; mais un attrait invincible l'attirait vers ces tristes peintures qu'il voulait sans doute faii-e passer à la postérité comme une malédiction, il revint à son travail, le tripla en grandeur et en nombre : ces dernières gravures sont connues sous le nom de Grandes misères de la guerre. Quoique le premier jet ait paru , l'année même de la prise de Nancy par les Français en 1633, rien n'indique dans l'exécution qu'il s'agisse plutôt des Lorrains que d'un peuple quelconque, et le patriotisme de l'artiste est cependant connu. On sait sa réponse