‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 100 sur 503 · T) CARACTÈRE BOUFFON · texte numérisé non relu

T) CARACTÈRE BOUFFON

seul prétexte qu'ils prennent aujourd'hui pour colorer par une espèce de défense leur entreprise... Je vois avec des larmes de sang que l'on continue toujours dans le même dessein, et qu'au milieu de la solennité des fêtes de Pâques où nous sommes, on ne laisse de faire des assemblées du Parlement, de presser tous les préparatifs de guerre, de chercher des fonds pour le payement des soldats et l'entretenement d'une armée. Le Parlement a commencé à se taxer lui-même à la somme de 300 livres pour chaque officier, et va ensuite exhortant tous les autres corps à vouloir contribuer à tous les frais à proportion de leur puissance et de leurs facultés; ils font mine de toucher à l'argent du roi... Voilà au vrai, monseigneur, l'état déplorable où nous sommes qui m'afflige et me désespère 1. »

Paris, se sentant si bien soutenu, se livre à la joie : ce n'est pas une guerre civile, c'est un vrai carnaval ; les armes sont le burin et la plume, qui ne lancent que caricatures, épigrammes ou pamphlets ». Une gravure des premiers jours (8 janvier) représente la Fronde sous ce titie : le Salut de la France dans les armes de Paris. C'est un vaisseau aux voiles fleurdelisées en pleine mer, rempli des principaux chefs de la Fronde; dans la mer, d'un côté, Mazarin, accompagné de ses monopoleurs, s'efîorçant de renverser la barque par des vents contraires à sa prospérité; de l'autre, le maréchal d'Ancre (reconnaissable à l'ancre qu'il tient pour harponner le vaisseau) s'efforce aussi de la faire sombrer, et fait signe à Mazarin de lui prêter main-forte pour accomplir son dessein. La cour y répondait par la figure piteuse de Jean-Robert, enrôlé

i 1. Ms., Arch. imp. KK, 1217; l'abbé O'Reilly, Histoire de Bordeaux. 2. Voir les Recueils de mazarinades aux bibliothèque impériale, Sainte-Geneviève, de l'Arsenal, Mazarine, ceux des villes de Chartres et d'Amiens, la Bibliothèque historique du Père Lelong', et surtout, ce qui en donnera une idée aussi nette, sans fatigue, les trois volumes de la Bibliographie des mazarinades, publiée par M. Moreau pour la Société d'histoire de France ; un Choix de mazarinades, deux volumes du même auteur et pour la même Société, et divers Courriers de la Fronde édités toujours par M. Moreau (bibl. Jannet), etc., et le cabinet des estampes de la Ribl. imp.j collection Fonlette.

DR LA FRONDE A PARIS. lîl

à la guerre de Paris, ou le Capitaine Picard composant à lui seul sa compagnie, et s'elTorçant d'ôlre martial sous son large feutre insolemment posé, avec ses grands yeux écarquillés et sa stature d'estafier; ou bien Beaufort couvert de plumes comme un coq, ou le bourgeois de PariSj monsieur On, grand flâneur, bavard infatigable, éternel gobe-mouches, à oreilles immenses et profondes, toujours occupé de nouvelles politiques, l'œil collé sur une longue-vue, cherchant à voir ce qui se passe au loin, même en satisfaisant les besoins les plus bas. Les pamphlets ne sont pas plus sérieux : le boutTon, la forfanterie dominent. Un colonel de la milice de Paris, qui a pris pour épigraphe ces mots delà Ligue : « Un Dieu, une foi, un roi, une loi; » s'écrie : c Nous avons ordonné à tous nos soldats de porter des bottines, afin que le sang de ceux que nous tuerons (qui fera des ruisseaux) n'entre point dans nos souliers. »

Quelques pièces cependant, sous cette ironie, laissent déjà deviner les maux du pays : e 0 la douce guerre, ô

la bonne guerre pourlag et le filou! ô la triste guerre

pour le bourgeois renfermé dans sa ville comme captif! ôla rude guerre pour le marchand rencontré dans la campagne! et derechef: 0 la cruelle guerre pour les bœufs, vaches et moutons, de plus de six lieues à la ronde! » La guerre, en efl"et, avait éclaté. Condé, comprenant \ bientôt qu'il ne s'emparerait pas de Paris, résolu à le I vaincre par la famine et la privation de son pain mollet de Gonesse, avait tenté le blocus : à cet effet, il s'était I rendu maître de Lagny, de Corbeil, de Saint-Cloud, de l Charenton; la prise de ce village fut la seule affaire sé- ! rieuse de celte guerre de « pots de chambre et de cailloux,» comme l'appelait M. le prince. Son armée, trop faible

m PAIX DE RUEIL

pour investir complètement la place, ne pouvait empocher l'entrée des vivres que les paysans des environs apportaient en venant s'y réfugier; les prix se maintenaient modérés (deux sous la livre le pain blanc, un sou celui des pauvres, c'est-à-dire huit sous et quatre sous de notre monnaie). Cependant la lassitude gagnait tout le monde; le commerce n'allait plus; des millions avaient été dévorés par les seigneurs et les nobles amazones. Condé, qui avait peu brillé dans cette guerre, nouvelle pour lui, inclinait à la paix; la cour, de son côté, s'effrayait de l'extension de la révolte, qui peu à peu gagnait partout. Les meilleurs généraux, Turenne entre autres, penchaient ou se déclaraient pour la Fronde; l'Espagne, heureuse de nos troubles, faisait des propositions magnifiques de secours aux révoltés ; elle offrait 18,000 hommes et déclarait reconnaître le Parlement pour arbitre de la paix. Heureusement la magistrature était française avant tout, et l'aversion que, à son honneur, elle témoigna toujours contre l'étranger, fit échouer ce projet dangereux. Enfin, la mort de Charles I" sur l'échafaud (9 février), en effrayant la cour et le Parlement, disposa tout le monde à un accommodement : le Parlement, reconnaissant que le peuple . était trompé par la noblesse qui, sous prétexte de bien public, ne cherchait qu'à « perpétuer le désordre pour bouleverser l'État, » chargea Mole d'ouvrir les confé" rences.

Une émeute oîi l'intrépide président courut les plus grands dangers le poussa encore à terminer cette lutte; aussi, moins d'un mois après le commencement des pourparlers, et sans avoir réellement rien obtenu dans ces discussions confuses. Mole, outre-passant les pouvoirs qu'il avait reçus, signait, le 11 mars, le traité de Ruei

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