‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 115 sur 503 · DU GÉNÉRAL ERLACH · texte numérisé non relu

DU GÉNÉRAL ERLACH

le maréchal de 1 Hôpital, gouverneur de ces provinces, écrit à d'Erlach qu'il connaît l'indiscipline de ses soldats, l'impossibilité de la corriger, et qu'il rendrait service à ces malheureuses contrées en conduisant son armée le plus vite possible en Flandre «pour la manger. » D'Erlach n'était pas moins affligé que l'Hôpital des excès de son armée; une lettre qu'il écrit à sa femme nous a semblé fort touchante :

« Nos gens se conduisent fort mal et pis que l'ennemi, de sorte que nous sommes détestés de toute la France, tellement que la bonne réputation que je m'étais acquise souffre beaucoup ; mais n'y pouvant rien changer, je m'en rapporte à Dieu, qui sait que tous ces désordres ne viennent pas de moi. »

Cette bonne réfutation dont s'honore d'Er lach en écrivant à sa femme est hautement attestée par la correspondance de Mazarin : le 19 décembre 1643, il félicite Erlach de la bonne discipline de ses troupes; en janvier 1644, l'officier suisse veut quitter le service de la France, et il semble que ce soit à cause de l'indiscipline ytiiérale de l'armée; les protestations de bienveillance (lu 'Linistre, les flatteries de la reine lui sont prodiguées liour le retenir :

« Il n'est plus question de songer à se retirer du service dans un temps où vous êtes le plus nécessaire à cette couronne, . . Il faut plus que jamais s'appliquer à remettre les affaires d'Allemagne, à quoi vous êtes une des personnes qui peut davantage contribuer, et pour lesquelles le maréchal de Turenne a ordre de ne rien résoudre qu'il l'ait concerté avec vous. Toutes nos dépêches sont chargées de vos sentiments, et nous n'avons rien tant à cœur que d'introduire l'ordre et la discipline dans l'armée, et de ne rien épargner pour cette fin ; nous recevrons toujours vos avis là-dessns... Je vous dis derechef que nous préparons pour cela des fon» déments si solides, et que nous prendrons si bien nos mesures ;\ l'avenir, que j'espère que les accidents que nous avons vus n'arriveront plus..»— k février. Semblables assurances sur la future discipline de

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l'armée; mais comme toujours, ce sont de vaines promesses, et le désordre se perpétue dans l'armée. »

C'est cette armée, fléau d'un pays ami, à cause de son pesant bagage, des femmes et des valets qui la suivaient (un seul corps, formé de cinq régiments infanterie et cavalerie, avait environ 1,500 femmes, servantes ou concubines, et 900 valets), que Mazarin fait hiverner en Picardie (province dont elle ignorait la langue, et dont elle ne pratiquait pas la religion, presque tous ceux qui la composaient étant Allemands et luthériens), dans une saison où il n'y avaitni vivres ni fourrages, ce qui faisait naître des prétextes de pillage et de violence. Pour comble d'imprévoyance, le ministre la laisse sans solde : d'Erlach est d'abord obligé d'engager tout ce qu'il possédait; mais bientôt, ces ressources épuisées, la détresse amène un régiment entier à déserter. Le beau régiment d'Erlach lui-même, que la cour avait tant admiré précédemment, donna les plus mauvais exemples, chassa ?es officiers et reprit la route du Rhin. On le poursuivit : une partie rentra dans le devoir, les autres s'enfuirent ou furent tués.

Ces dégoûts firent qu'Erlach, donnant pour raison le délabrement de sa santé et la détresse de ses finances (il n'avait pas à lui cent pistoles, dit-il), demanda un autre chef pour ses troupes et la permission de se retirer dans son gouvernement. On songea un instant à renvoyer ses soldats aux frontières; mais comment les ramener sans les payer, et surtout comment les conduire à travers des pays déjà ruinés par eux? Aussi Mazarin eut-il une conférence à La Fère avec d'Erlach et lui donna-t-il cinquante; mille écus pour toute son armée.

Une somme aussi minime ne pouvait mener loi; bientôt la situation empira, la cavalerie refusa de ma

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