DU GÉNÉRAL ERLACH
cher en avant et déclara par écrit qu'elle se joindrait Sa Turenne si on ne la payait; tous les capitaines signèrent la déclaration; l'artillerie, de son côté, éleva aussi des réclamations. La cour envoya M. de Choisy pour traiter avec cette armée en insurrection : grâce à l'intervention d'Erlach, et, vu la difficulté des circonstances, les soldats renoncèrent à la moitié de leurs prétentions, à condition de recevoir l'autre moitié en cinq termes différents, et de pouvoir quitter le service du roi si on ne leur tenait parole. Cet arrangement inespéré valut à d'Erlach les félicitations les plus empressées de la cour; Mazarin lui fit présent sur sa cassette de deux '■ mille pistoles, et Letellier l'assura du payement de ses Groupes. Malgré la solennité de l'engagement, les événe- ' ments, plus forts que les ministres, et la détresse com- Iplète des finances empêchèrent de faire honneur aux échéances. On ne peut se faire une idée de cette pénurie : 1 après le siège de Cambrai, dit la correspondance d'Erlach, ; on n'avait plus d'argent pour faire ferrer les chevaux. Dans une pareille situation, les désordres devaient reparaître, et plus graves encore que parle passé. Le chagrin alors s'empara d'Erlach; consumé par une fièvre lente, il se fît transporter à Saint-Quentin, puis à Péronne, et de là gagna son gouvernement de Brisach, où il mourut le 26 janvier 1650, à l'âge de cinquante-quatre ans. Trois jours avant sa mort le roi le nommait maréchal de France ; mais la nouvelle arriva trop tard, et cette éclatante distinction ne décora que son tombeau. On lui devait, lorsqu'il mourut, pour arriéré de ses grades ou pour avances faites à ses troupes, 200,000 livres; malgré les pressantes réclamalions de la veuve d'Erlach, celle-ci n'avait encore (riiin reçu le 12 février 1652, ainsi que le témoigne une lettre
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OÙ elle redemande cette somme pour établir ses filles et entretenir honorablement sa maison. M. de Longueil, surintendant des finances, tout en reconnaissant la dette, déclara ne pouvoir l'acquitter.
Un fait que nous rencontrons dans le journal si précieux de notre notaire de Marie, vient confirmer l'impression produite sur nous par la correspondance d'Erlach. Le 12 mai 1649, l'armée d'Erlach, composée de treize mille hommes avec douze pièces de canon, pendant un séjour d'un mois aux environs de Marie ou à Marie, « fit fort peu de dégâts, en conséquence des défenses qu'en avait faites ledit Erlach. » Cette modération, que MM. Fleury et Maynard traitent de « caprice de douceur inexplicable, » s'explique tout naturellement par la discipline qu'exige et qu'obtient ce malheureux d'Erlach de soldats qui viennent de recevoir leur solde, mais que lui refusera bientôt celte même armée le jour où la solde manqua, et où pour vivre il fallut piller le paysan. Pour nous, nous avouons qu'en face de cette correspondance, nous ne pouvons que plaindre d'Erlach; nous ne nous sentons pas le courage de lui appliquer l'épithète de bandit, inséparable de son nom dans les récits de ces historiens qui se sont fait l'écho de la rancune des malheureuses populations. Nous n'hésitons pas à faire remonter la responsabilité de tous ces actes horribles, noajf plus au général, mais au malheur des temps et au gou*^ vernement lui-même qui le réduisait à cetle triste position, àMazarin, à Anne d'Autriche, à Louis XIV; et cette justification ne s'adresse pas seulement à d'Erlach, mais à son lieutenant Rosen-Worms, qui devint son successeur dans le commandement des Allemand3, au maréchal Duf Plessis-Praslin, dont la correspondance annonce la plus