‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 129 sur 503 · DÉSARROI DES FINANCES · texte numérisé non relu

DÉSARROI DES FINANCES

escorte de i,200 hommes armés. En une seule fois, ils ont amené plus de 1,500 muids du sel; la vente s'est faite publiquement et « au son du cor; » c'est en vain que capitaines, archers et commis des gabelles essayent de s'y opposer : ils sont repoussés, chassés de leurs postes, dont plusieurs ont été pillés et démolis; les bateaux destinés à la surveillance sont coulés à fond. Dans une autre circonstance, 52 bateaux à sel avaient passé à Blois, malgré la résistance des autorités ; les soldats de la gabelle, ayant appris qu'un peu au-dessous de la ville on débitait le sel d'un de ces bateaux, se rendirent maîtres des délinquants. Mais les habitants les délivrèrent pendant qu'on les conduisait en prison, maltraitèrent le lieutenant général à coups de pierres; plusieurs gardes furent blessés ou tués, et menace fut faite de mettre le feu à la demeure de tous les fonctionnaires. Bientôt le succès enhardit les contrebandiers, et une espèce d'association fréta 200 bateaux de sel, escortés par 2,500 hommes armés c de canons en fonte verte; » ce sel fut vendu ouvertement dans les villes, foires et marchés de la Beauce, du pays Chartrain, Dunois, Vendômois, Gâtinois et même dans Paris. En Picardie, Champagne, Soissonnais, les gens de guerre faisant métier de contrebandiers s'assemblent jusqu'à € 600 chevaux à port d'armes pour escorter le sel » qu'ils répandent partout; ces « méventes » ruinent les finances et particulièrement les rentes de l'hôtel de ville de Paris, établies sur la ferme des gabelles. Afin de remédier à ces désordres, le roi lève quatre cents hommes à cheval « pour courre sus aux faux-sauniers, visiter les villes, châteaux, places, » institue deux conseillers des aides comme commissaires pour se transporter à la tête de ces cavaliers partout où besoin sera, et faire le procès aux coupables

i6t CONTREBANDE DE L\ GABELLE.

iouverainement et en dernier ressort^ s'en saisir, même par le canon, mines et autres moyens qu'ils jugeront nécessaires; et cela nonobstant tous prétendus privilèges et exemptions; ordre est donné à tout fonctionnaire de leur prêter main-forte *,

Une autre pièce nous montre un des commissaires dans l'exercice de ses fonctions : le 19 octobre, sentence rendue contre des faux-sauniers; après amende honorable faite à genou, en chemise, la corde au col, une torche en pain, devant l'église et la porte du grenier de Senlis.un faux -saunier est pendu et étranglé, deux exposés au carcan, condamnés à trois cents livres d'amende, aux frais du procès montant à deux cents livres. Tous les autres pondamnés conjointement à 5,000 livres d'amende et envoyés aux galères à perpétuité. — Le 4 novembre, la Gazette nous apprend une nouvelle exécution ; 120 contrebandiers de la Capelle et d'Irson s'étant retirés avec du sel près de Château-Thierry, sont attaqués dans les trois maisons où ils se sont retranchés après une lutte de six heures, les faux-sauniers sont contraints par le feu mis à leurs demeures de se rendre ; 60 chevaux, 80 \ minots de sel furent saisis ainsi que 26 prisonniers qui doivent être fustigés, envoyés aux galères ou pendus. En octobre 1650, nouvelles plaintes au sujet de l'enlèvement de plus de 600,000 boisseaux de sel, favorisé dans les provinces de Saintonge, d'Aunis, de Poitou, par les officiers, même par des ecclésiastiques. En Saintonge, cette contrebande était faite ouvertenient par le chevalier de

1. Ordonnance du 6 juillet 1649,31 pages. Arch. imp., coll. Rondonneau, par ordre de matières. Gabelles, carton 423; Gazette de France,

no 133, année 1649; registre — -- (conseil d'État), sect. administrative.

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