‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 163 sur 503 · DES GENERAUX ET DES ARMÉES · texte numérisé non relu

DES GENERAUX ET DES ARMÉES

50,000 écus. Fabert, intime ami de Mazarin, qui dans ses moments de détresse lui confiait son neveu et ses nièces, Fabert lui-même, dans une lettre du 12 janvier 1652, se plaint de n'avoir reçu, depuis sept ans, ni gages ni pension.

Les armées sont aussi éprouvées et aussi misérable^ en face des ennemis que devant les factieux : on peut en juger par cette lettre que M. Servient, sorte d'intendant militaire, adresse au chancelier au sujet de l'armée d'Ita-

' lie. Après avoir exposé l'état des troupes, qui depuis un

' an n'ont rien reçu, il ajoute :

1 • Quand la charité et la justice ne feraient pas secourir des troupes [i qu'on peut dire Ctre sans argent, sans pain, sans armes et sans souliers, b dont les officiers sont sans bagages, vous jugerez, monseigneur, que la ^ prudence et la bonne politique ne veulent pas qu'on les laisse périr, dans le besoin qu'on peut en avoir contre les ennemis étrangers et contre ceux du dedans ; et qu'outre plusieurs grands et plusieurs corps con« sidérables qui sont mal affectionnés, les peuples n'étant pas mieux intentionnés qu'il ne faut, h cause des tailles et impôts dont ils sont chargés, ce serait jeter le manche après la cognée, si au lieu de conserver au moins les gens de guerre favorables par quelque sorte de bon traitement, la continuation d'une misère qui n'est pas supportable les faisait déserter les armées et en môme temps remplir le royaume de mécontents dont la crierie et le dégoût peuvent favoriser les mauvais partis qui ont déjà paru et môme en exciter et former de nouveaux. . . I l\ est bien assuré aussi que les Espagnols ne se porteront à un traité do paix glorieux pour nous, tant que notre faiblesse et notre misère leur feront espérer la prise de Casai ou la débande de nos alliés, ou quelque désordre nouveau dans le royaume par le dégoût et la désertion des gens de guerre. Par toutes ces considérations, je vous supplie de con- I; Iribuer en ce qui dépendra de votre autorité, afin que les troupes soient promptement assistées des secours nécessaires ; et comme le pain est la l(| première chose, il vous plaira de faire que messieurs des finances en ex- ' jljpédlent sans délai, encore ai-je crainte que la diligence qu'on apporte à Ijnous envoyer ce secours de pain, en attendant celui des deniers, n'arrive trop tard et après le débandement des troupes, ce qui serait uno -'perte très-considérable en elle-même et par les suites qu'elle pourrait avoir. »

Page 1