‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 18 sur 503 · CARACTERE TRAGIQUE · texte numérisé non relu

CARACTERE TRAGIQUE

Roussillon, c'est-à-dire par toutes nos frontières, tout indiquait au grand ministre politique .l'ennemi véritable, qu'il fallait attaquer et briser. C'était d'ailleurs le delenda Carthago implacable : il fallait défendre la liberté et le droit européen contre l'oppression ou tomber, comme l'Italie, sous le joug militaire et abrutissant de l'Autriche. Mais en ouvrant les hostilités, Richelieu déchaînait sur nous cette horrible guerre qui n'avait eu jusqu'alors pour théâtre que la misérable Allemagne, la guerre de Trente ans, qu'on pourrait appeler plus justement Inexpiable : « L'histoire humaine, a dit M. Michelet, semble finie quand on entre dans cette période : plus d'hommes et plus de nations, seulement la brutalité de la guerre et son rude outil, le soldat... C'est son règne, et on lui livre le peuple, biens et vie, âme et corps, hommes, femmes, enfants. Quiconque a au côté un pied de fer est roi et fait tout ce qu'il veut. Donc, plus de crimes, et tout est permis. L'horreur du sac des villes et les affreuses joies qui suivent l'assaut, renouvelées tous les jours sur des villages tout ouverts et des familles sans défense. Partout l'homme battu, blessé, tué; la femme passant de main en main. Partout des pleurs, des cris! »

La moitié du dix-septième siècle va rappeler les horreurs du seizième, le siècle tragique par excellence, ce siècle de guerre, de ruines, de meurtres, de crimes, le siècle du connétable de Bourbon et de ses bandes à Rome, de Christian II, le Néron du Nord; le siècle du duc d'Albe en Belgique et de son tribunal de sang; le siècle de Montluc et du baron des Adrets, le siècle des massacres de Cabrières, de Mérindol et de la Saint-Barthélémy; le siècle de misère et de famine qui vit, comme au siège de Jérusalem, des mères 'dévorer leurs enfants.

DU XVIIe SIÈCLE. 17

Le xvii" siècle, qui inspira à Callotses éternels cauchemars de la Guerre, des Bohémiens, qui suscita Snayers, Opitz, qui fil blasphémer l'auteur du Siècle de fer, ne le cède malheureusement en rien au xvi" comme digne d3 pitié.

Les frontières eurent surtout à souffrir : Picardie, Champagne, Lorraine, Bourgogne, autant de déserts.

La Picardie, la Champagne et une partie de l'Ile-de- France, furent naturellement exposées les premières au fléau dévastateur. Ces provinces étaient limitrophes de la Flandre: pays de plaines découvertes où rien n'arrêtait la marche de l'ennemi, ni places fortes, ni larges rivières, derrière lesquelles une puissante armée pûi se retrancher et se faire tuer en couvrant Paris; sol fertile, fournissant en abondance tout ce qui était nécessaire à des corps de troupe, et de plus la grande roule pour prendre par un coup de main la capitale et finir ainsi la guerre dès le commencement. Si les ennemis pouvaient faire entrer ces considérations dans leurs conseils, Richelieu, par d'autres motifs, était amené sur le même champ (le bataille : près des frontières de Picardie, dans la Flandre, se trouvaient les places plus ou moins fortes de Douai, Arras, Cambrai, le Gâteau, Landrecies, Chimay et Avesnes, qui formaient pour l'Espagnol une enceinte continue de bastions dont il fallait se rendre maître pour conquérir la Flandre, c'est-à-dire les limites naturelles ou tout au moins le boulevard de la France. C'était donc sur ce théâtre étroit, resserré, que tous les efforts devaient se réunir, et que les armées lutteraient et vivraient; c'était, quel que fût le sort de la guerre, la ruine de ces malheureuses contrées, et dès ce jour commençaient pour elles vingt-cinq années d'indicibles douleurs,

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