MISÈRE DE LA LORRAINE
Pendant que Charles de Lorraine, avec les impériaux, mettait la Bourgogne à feu et à sang, la Lorraine, conquise par les Français et disputée à ceux-ci par Charles et les Impériaux, était encore plus malheureuse. En 1635 il y avait dans ce petit coin du royaume six armées à la fois : deux françaises sous les ordres du gouverneur de Nancy et du maréchal de La Force ; deux corps d'Impériaux de Gallas et de Jean de Werlh; l'armée de l'exduc Charles, et enfin les Suédois de Bernard de Saxe- Weimar, le tout montant à environ cent cinquante mille hommes, sans compter les femmes, les valets, les vivandières, qui étaient deux ou trois fois plus nombreux que les soldats, en sorte que tous ensemble ne formaient pas moins de quatre ou cinq cent mille bouches! La misère, la famine et la peste vinrent à la suite de ces grandes agglomérations, et avec elles la dépopulation de la Lorraine. Tout ce qui valait la peine d'être pillé de- Tenait la proie du soldat : le malheureux sort de Saint- Nicolas est en petit l'histoire de la Lorraine tout entière. C'était une petite ville de dix mille âmes que ses foires franches, son commerce de bijouterie, et surtout de fréquents pèlerinages avaient considérablement enrichie; tous les différents corps d'armée la visitèrent successivement, et bientôt les pillages, les meurtres, les incendies la réduisirent à quelques centaines d'habitants, ruinés à la suite de ces guerres et de tant de misères K
La peste, en 1631, avait exercé de terribles ravages dans la France entière; elle ne l'avait jamais complètement quittée depuis cette époque, et, vers la fin de 1636, elle reparut menaçante à Paris et dans les provinces: bientôt l'Hôtel-Dieu eut plus de seize cents malades; à Saint-Louis, à l'hôpital Saint-Marcel, le nombre était