‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 260 sur 503 · SIEGE D'ANGERS · texte numérisé non relu

SIEGE D'ANGERS

pour qui que ce soit. » Après le duc, le chef du peuple fut un certain docteur Voisin, boute-feu célèbre qu'on retrouve mêlé à tous les épisodes de la Fronde en Anjou : la noblesse se divisa entre le parti de la cour et la Fronde. Les gens de justice et le clergé s'attachèrent généralement au roi ; aussi, profitant de l'absence que fil l'évêque Arnauld, Rohan lui ferma les portes d'Angers et lui interdit tout retour, puis fit un coup d'État contre la magistrature. Ayant appris que le présidial d'Angers s'était assemblé pour faire acte d'adhésion à Mazarin, il se transporta au palais où il fit arrêter le lieutenant général Boylesve, frère de l'évêque d'Avranches et tout dévoué comme celui-ci à Mazarin.

De pareils faits appelaient nécessairement l'attention de la cour, qui alla s'installer à Saumur, pendant que trois colonnes de troupes commandées par d'Hocquincourt, de Broglie et de Navailles pénétraient en Anjou : le pays eut bientôt à souffrir de ces singuliers protecteurs, recrutés pour la plupart en Allemagne.

« Tout le pays entre Saint-Léonard, Trélazé, Saint-Augustin, Sainte- Gemmes, Saint-Barthélémy, Songes, Saint-Laud , fut dévasté parles anciens vainqueurs de Magdebourg; toutes les fermes, toutes les maisons de campagne qu'ils rencontrent sur leur chemin sont pillées ei brûlées; les amis mômes n'étaient pas épargnés : la maison de plaisano Enautard, de l'évêque d'Angers, fut saccagée par eux. »

Cependant frondeurs et royalistes avaient les yeuK fixés sur Angers. « Il semblait, dit La Rochefoucauld, qu( toute la France fût en suspens pour attendre l'événement du siège. » Là en effet était le véritable nœud d( la situation : le duc d'Orléans empruntait même auî gens de sa maison, afin de se procurer 100,000 écus,né'j cessaires à Beaufort pour aller au secours de Rohan ; i

fallait donc que celui-ci tînt assez longtemps pour permettre au roi des Halles de venir se mesurer avec le vrai ,roi. On ne doutait pas que dans ce cas Mazarin, pressé 'de tous côtés, ne fût obligé de renoncer à son plan de marche sur Paris, et dût même quitter la partie; si, au contraire, Mazarin était vainqueur, fort de ce succès 'il prendrait l'ofTensive et poursuivrait à outrance ses ennemis. Le Journal de Dubuisson donne mille détails sur cette préoccupation de la France et surtout de Paris ; la ville était inondée de papiers où les bruits les plus contradictoires couraient au sujet d'Angers *. La vérité était que de nombreux renforts arrivaient de tous cùiés à d'Hocquincourt.

A la vue de ces préparatifs et de toutes ces terribles tioupes que la renommée de leurs excès rendait encore l-Iiis redoutables, l'effroi se répandit dans Angers: la terreur fut au comble lorsqu'on vit que le grand archidiacre Garande, qui apportait des lettres de pardon et d'amnistie de la part du roi, n'avait pas été écouté par Rohan; une députation de 800 bourgeois ou dames les plus considérables de la ville, conduite par madame de Leffre- 'tière, ne fut pas plus heureuse auprès du duc; l'émeute M nie l'intimida, et Angers capitula le 28 février. Le 3 mars, le Pont de Ce, où s'était jeté de Rieux, demandant 1^0.000 livres pour faire sa soumission, fut pris, et la iiison passée au fil de l'épée par les Polacres de Navailles. Dès lors la province était soumise et n'avait plus qu'à subir les exigences du vainqueur, et surtout la colère implacable d'Anne : la ville d'Angers fut taxée

1. Pour cette affaire d'Angers, qui ne dura que vingt-trois jour», •M. Moreau cite plus de vingt pamphlets différents dans sa Bibliographie des mazarinades.

à une contribution de guerre de 130,000 livres et étail menacée du pillage ; l'intervention de son évêque la sauva : un matin que la reine se présentait pour communier dans l'église oii ce prélat officiait: « Recevez, dit-îl,| en lui présentant l'hostie, recevez votre Dieu, qui esl mort sur la croix en pardonnant à ses ennemis. ■» Cette supplication éloquente et solennelle adoucit la reinemère, et bientôt la contribution fut réduite des deux tiers A Baugé, une autre intervention, celle de mademoiselle de Melun, princesse d'Épinay, retirée dans cette vilh comme sœur hospitalière dans l'hôpital de Saint-Josepl qu'elle y avait fondé, préserva cette ville du pillage; beaucoup d'autres maisons religieuses furent moins heureuses : les unes ne durent leur conservation qu'à Aei\ rançons considérables, un grand nombre furent pillées,, comme l'abbaye du Perray, le prieuré de l'Evières'; partout la campagne était ravagée à plusieurs lieues à lîi ronde des villes où tout corps de troupes s'était arrêté J aussi les chroniques locales parlent-elles de bandes ai' 200,000 pauvres qui vinrent solliciter la charité publiqm à l'occasion du jubilé. Les désordres étaient si grande! qu'on avait été obligé de reculer la publication du jubilé universel accordé par le pape Innocent X en 165( jusqu'en 1653^. Nous avons trouvé le même retard pouii le diocèse de Paris, où le jubilé ne fut célébré qu'en avrii|

La cause des princes éprouvait d'autres revers ei Guienne : Condé, après avoir fortifié les places de la Dor

1. M. Berger parle d'un manuscrit curieux, l'histoire de ce prieuré qui renferme les plus tristes détails sur ces scènes de barbarie.

2. Histoire de l'église et du diocèse d'Angers, par l'abbé Tresvaux' ancien vicaire général de Paris, 1858, t. U.

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