REVERS DE CONDÉ
(Irij^ne, avait couru en toute hâte au secours de Conti, menacé dans Agen. Sa présence rendit quelque gloire à ses armes; Saint-Luc, lieutennnt-général de Guienne, fut obligé de se retirer dans, la ville de Miradoux, dont Tonde fit le siège ; l'énergie de cette place la sauva. A it de résistance, les commandants abattirent les mai- 1 sons en face de la brèche, et remplirent des fosses profondes de bois et de matières combustibles qu'on devait , enflammer à l'approche des assiégeants. Ceux-ci s'arrô- Ijtèrent, et bientôt l'arrivée d'Harcourt les obligea de ;| se retirer sur Agen, où Condô ne pénétra avec $es h troupes que par le secours d'un chanoine, Causse; devant i( une hostilité qui allait jusqu'à élever des barricades, il dut ,{ se retirer. Toutes ces guerres amenaient de nombreuses I ruines, les hostilités locales en profitant souvent pour î s'exercer impunément : l'histoire de la petite ville de tj Langon peut en donner une idée. Rivale de Bordeaux fi pour le commerce de vin, Langon devait se trouver dans ;i le parti contraire, aussi était-elle restée fidèle au roi; les il Bordelais, après un rude assaut, s'en emparèrent en 1649, pillèrent la ville, et pour achever de la ruiner, ré- ' pandirent le vin emmagasiné. Délivrée par d'Épernon, frtte petite ville fut repris?, le 15 juillet, par Conti; ! > habitants terrifiés fuient au château de Fargues et dans l'abbaye de Rivet. Sous l'administration d'un nommé ' Galapian, dont le nom est resté dans ces contrées comme un objet d'horreur, ce fut un régime de terreur organisé'; enfin Marin parvint à s'en emparer de nouveau au nom du ' roi. Les habitants, en rentrant dans leur ville, firent conî stater, par une enquête régulière, l'état déplorable oii elle se trouvait; c'était la ruine et la désolation :
« Rue de la Mer, 10 maisons brûlées ou démolies;
« Rue Ronde, 7 maisons brûlées, les autres inhabitables;
« Rue Saint-Gervais, l'église et 10 maisons brûlées , les autres laissées sans portes, ni fenêtres, ni planches; rien que les murs;
« Sur la place, toutes les maisons ruinées, une seule à demi-con servée ;
« Rue Biron, 8 maisons démolies, les autres délabrées;
« Rue Brioti, 3 maisons démolies, les autres inhabitables;
« Rue Maubec, 6 maisons démolies, les autres en ruines, etc.
« Hors de la ville, dans les faubourgs, l'herbe croît sur les fondements de 24 maisons en ruine; dans la campagne, plus de 12 maisons brûlées ; l'église Notre-Dame a été dévastée, les couvents des Carmes et des Capucins, où les habitants s'étaient réfugiés, saccagés, et en face de tous ces désastres , le roi put à peine accorder quelques milliers de livres d'indemnité, et seulement longtemps après ^ l »
La diversion sur laquelle les princes avaient compté en Provence, grâce aux soldats qu'avait prorais l'Espagne, n'aboutit pas , faute de ces secours. Deux partis divisaient, comme partout, ce pays : le parti des princes ou Sabreurs^ appelé ainsi parce que leur chef, le baron Puget de Saint-Marc, en parlant de ses ennemis, disait toujours : « Je les sabrerai, » et celui de la cour ou des Canivets et des taille-plumes, parce qu'il était en grande partie composé des parlementaires qui, entraînés im moment par l'influence du président d'Oppède, étaient peu à peu revenus à la cour depuis la disgrâce du comte d'Alais. Au commencement, les Sabreurs étaient parvenus à s'emparer de l'hôtel de ville d'Aix, et faisaient ainsi incliner une partie de la Provence vers les princes. Une de ces circonstances imprévues qui se retrouvent à chaque pas dans toutes les révolutions, vint donner un autre tour aux affaires : un jour, tout à coup sur la place des Dominicains, où le baron Puget de Saint-Marc et le