I :i/.on et des Guémenée, le duc de Rohan-Cliabol, le lui
la et, par une munificence royale , refusa d'en recevoir [irix. Ce Rohan-Chabot devait d'autant plus de recon-
II lissance à Condé que c'était par le crédit de ce puissant irotecteur que le Parlement avait prononcé en sa faveur dans le fameux procès contre Tancrède de Rohan, que la . vieille duchesse de Rohan présentait comme son fils, afin de punir sa fille Marguerite de son union avec ce bel ollicier de fortune. Chabot.
La famille de Condé croyait pouvoir compter sur lui ; mais la reconnaissance de l'ancien premier maréchal du tluc d'Orléans avait diminué avec les dangers de sa position depuis la mort de son rival Tancrède, tué dans une iMarmouche de la première Fronde; aussi, à la vue des succès de la cour en Normandie, en Bourgogne, ne rél)ondit-il aux sollicitations pressantes de Lenet que par des vœux, sans prendre le moindre engagement. Il est vrai qu'il laissait La Rochefoucauld faire une tentative pour pénétrer en Anjou et surprendre Saumur. La province avait beaucoup souffert de ces conflits et, pour n'en citer qu'un exemple, les religieuses du couvent de la Fidélité à Saumur avaient été forcées par la guerre et l'épuisement de leurs ressources à se retirer dans l'abbaye de Fontevrault, et, à leur retour, n'avaient trouvé qu'une ville en ruine, foudroyée par rartillerie de la citadelle *.
Le Poitou avait été également troublé par les diverses
1. Eugène Berger, la Fronde en Anjou, dans la Revue de l'Anjou et du Jdaine-et-Lot're ; Bodln, Recherches hidoriques sur Saumur ; Vie de madame Gautron, prieure de la Fidélité', 1C89; sur Tancrède de Rohan, *oir un roman historique de ce nom par M. Henri Martin,
toi MISÈRE DU BERRI,
tentatives de La Rochefoucauld, qui s'était môme avai jusqu'à Lusignan; mais le maréclial de La Meiller.i l'avait obligé à la retraite. C'était pour la cour une c< quête importante; au centre du royaume, cette provii serait devenue redoutable entre les mains de la factinM. Le Berri avait aussi sa part des malheurs publics : li'troupes royales s'avancèrent de tous côtés en se livrant au pillage autant par nécessité que par habitude. I.r gouverneur, Saint-Aignan, avait en outre formé un ré; iment de trente compagnies, qui, disséminé dans les i roisses, vivait à leurs dépens; les habitants de Bouri se plaignaient en vain : le gouverneur faisait de bell'^ promesses, mais les désordres continuaient toujours. \)v son côté, la garnison frondeuse de Montrond Saint-Amanl multipliait ses courses dans un rayon assez éloigné, 1 1 allait môme jusqu'aux portes de Moulins, ainsi que Ir prouve une lettre de M. de Saint-Géran, gouverneur i][\ Bourbonnais, auministreLetellier*. Le Bourbonnais souffrit tellement que le souvenir en est resté dans la mémoire rancunière des paysans, qui se sont transmis la durable impression de ces souffrances par la tradition, seule histoire qu'ils connaissent encore. C'est aux dévastations (les Polonais qu'on rapporte toutes les ruines qu'on rencontre dans le Bourbonnais, et dont la mention se
1. Archives du dépôt de la guerre, lettre du 14 septembre 1650. — Raynal, Histoire du Berri. Pour l'épisode des Polaques, voir le Cabinet historique de M. L. Paris, lettre de M. Meilheurat (mai et juin 1800), et notre réponse (novembre 1860). On trouve dans le même recueil une anecdote curieuse qui fait connaître les habitudes de Saint-Géran : « Ce maréchal étant en son lit de mort fit son testament, dans lequel il ordonnait plusieurs restitutions. Une infinité de gens à qui il avait ôté le bien, ayant appris les bonnes dispositions du maréchal, vinrent la trouver pour avoir aussi leur part en ces restitutions. Mais Saint-Géran, voyant que pour restituer à tant de personnes son bien n'y pourrait suffire, déchira son testament et mourut sana avoir restitué à qui que ce soit. »
DU DOURBOiNiNAIS. W5
douve naïvement racontée dans les Registres paroissiaux du Donjon. (Voir l'Appendice du chapitre XI, p. 553.)
«Le i" février 1650, il passa par le Donjon environ 2,000 cavaliers que l'on dit être l'une des armées de M. le prince, qui avaient passé à Vichy et sont allés vers Bellegarde , conduits par M. do Coliny. M. le gouverneur et M. de La Ferté ont fait battre le tocsin par- !out pour empêcher les autres... Les habitants du Donjon et des paroisses depuis Vichy jusques à Digoin ont été commandés à prendre les armes et à se défendre et empêcher que les gens de guerre do M. le prince qui venaient par l'Auvergne ne puissent passer par le Bourbonnais pour aller à Bellegarde. Suivant ce commandement, les habitants ont fait de fortes barricades, se sont bien armés, faits de bons corps de garde et veillé jour et nuit, tellement que nos ennemis s'en sont retournés, et peu de temps après les habitants, fracti bello fatis que repulsi, ont abattu leurs barrières, quitté leurs corps de garde et retourné leurs armes au râtelier trop tôt, car le 16 mars 1650 sont arrivés au Donjon trois compagnies de cavalerie, qu'il faut nommer tyrans cruels et diables, lesquelles ont demeuré sept jours au Donjon et y ont fait les plus grandes extorsions, rançons et excès que personne ait connu ni oui dire. On dit que c'est M. le gouverneur et M. de Gaumin^ intendant à Moulins, qui nous ont envoyé ce déluge, afin de contraindre le pauvre peuple de payer toutes les tailles encourues depuis 10/i7, i6/i8, 1649. »
Un arrêté du Conseil du 16 août 16S0 nous montre r.^uvergne pleine d'agitations : de tous côtés,des assemblées illicites où on enrôle secrètement des soldats ; pour réprimer ces mauvaises dispositions, la cour permet au comte de Noailles, lieutenant général en la province, de lever un régiment de cavalerie et un d'infanterie, qui, comme toujours, vivront aux dépens du pays, et pour la levée desquels la province doit fournir une somme de iO,000 livres *,
Si nous nous rapprochons de la Guienne et de la Provence, ces deux théâtres d'une guerre acharnée et sans
J. Registre du conseil d'état E1C9C, f" 98. — Ms., Arch. imp.