DU DIOCÈSE DE LAON
lieu qu'en la ville de Guise et quelques autres lieux, comme il se pratique encore aujourd'liui, les sergents ne pouvant faire leurs charges sans grand péril de leurs personnes, tant par la crainte où ils sont de la rencontre des ennemis au delà de la rivière d'Oise, où ils font journellement ou plus souvent leurs courses, qu'à cause du mépris que les habitants de la campagne font à présent de justice. Tous les avocats, procureurs et praticiens présents à cette audience ayant été requis d'attester la vérité de ces faits, déclarent d'une voix unanime « l'cx- ■ posé ci-dessus contenir en tout point partout vérité. »
Nous verrons plus loin ce mépris de la justice se continuer dans presque toutes les provinces, tant de la part de la noblesse que des paysans, bien au delà de la Fronde, jusqu'aux Grands Jours, sous l'administration de Colbert.
Ce mémorial, ces enquêtes, ne sont pas, on nous l'accordera sans doute, de ces petits faits mutilés, pris on ne sait où, et qui, suivant l'expression énergique du philosophe Jouiïroy, « ressemblent à de lâches témoins prêts à déposer indifféremment pour ou contre la vérité; » nous n'avons qu'une crainte, c'est que la monotonie de ces récits ne fatigue le lecteur, et cependant nous lui demandons encore une longue patience.
Si nous consultons les rares historiens qui se sont occupés de la nation, nous trouverons les mômes détails:
« En 1636, les Croates de Jean de Werth avaient égorgé Jusqu'aux enfants au berceau, tué les femmes et amené en Artois un grand nombre d'habitans. La garnison d'Auxi-le-Château se livrait à de si affreux ravages qu'on ne trouvait dans les campagnes, à une ou deux lieues de Saint-Riquier, terre labourée ni semée, et que les habitans se reti'rèrent les uns dans les bois, les autres au delà de la Somme. Ceux de Maison-Roland, disent les notes manuscrites recueillies par un paysan du bourg de Domart en Ponthicu, furent obligés de quitter non-seulement leurs labours, mais de faire grands frais pour creuser des cai^ rières pour se mettre en sûreté ; ils furent tant fatigués et travaillés d'cH'roi que la plupart moururent de maladie, et qu'ils perdirent un grand nombre de chevaux pour les avoir retenus dans les carrières.w