‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 35 sur 503 · MISÈRE DE LA. LORRAINE · texte numérisé non relu

MISÈRE DE LA. LORRAINE

un Forgatsch, un homme dur et intraitable un Lamboy, » comme nous entendrons en Picardie dire un d'Erlacii, et en Bourbonnais un Polaque *.

Nous voudrions pouvoir nous arrêter dans ce triste inventaire; mais il faut continuer, toujours redire les mômes choses, seulement en changeant de lieu.

En Lorraine, les relations font frissonner d'horreur*.

« Les pauvres gens meurent de faim ; l'on vend la livre de pain plus d'un franc. On les voit manger du chenevé pur tçut à fait... Certains villages étaient tellement déserts que les loups faisaient leurs retraites dans les maisons... Bientôt habitués à la nourriture des cadavres, ils pénétraient dans les maisons habitées, où ils ravissaient et dévoraient principalement les femmes et les enfants... Les glands et les racines devinrent la nourriture ordinaire... Il y en avait qui allaient à la chasse des hommes comme on va à la chasse aux lièvres... Plusieurs sont morts de malefaim... Les charognes et les botes mortes sont recueillies des pauvres gens comme de bonnes viandes. La plupart des villages ne comptaient plus que deux à quinze ménages; plus de 80 étaient abandonnés et ont fini par disparaître...

« Dans plusieurs lieux, les religieuses cloîtrées manquèrent de mourir d'inanition, et la cloche destinée à révéler au public le péril de la communauté ne cessa de tinter pendant des mois entiers.

« Les registres des receveurs depuis 1633 sont remplis de mentions desquelles il résulte que la dépopulation allait toujours croissant. Le prix du blé ne diminuait pas à cause de l'impossibilité d'ensemencer les terres ou de rentrer les récoltes, et quoique la peste eût disparu, la mortalité était aussi grande....

« Les usines se ferment l'une après l'autre ; des industries autrefois florissantes furent entièrement perdues pour la Loiraine, les verreries

1. M. Saint-Marc Girardin a bien voulu nous indiquer une autre tradition qui existe encore à Morsang-siir-Seine, près de Corbeil : le trou aux Lorrains. Ce nom, qu'on ne savait à quelle époque rattacher, doit, selon le savant académicien, rappeler le souvenir du terrible passage de Charles de Lorraine dans ces contrées pendant la seconde Fronde.

2. Voir le tome V de la savante Histoire de Lorraine, par Di^ot ; H. Lcpage, Dépopulation de la Lorraine au dix-septième siècle; d'Haussonville. Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, t. II.

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