DU FAUBOURG SAINT-ANTOINE
liont de l'acscmbléc de l'hôtel de ville l'ordre de faire marcher 2,000 hommes de milice au secours de Condé; se fait accorder par le fils du vieux Broussel, gouverneur (le la Bastille, la permission de tirer contre l'armée royale les canons de la forteresse, que pointa le conseiller Portail. Par son acte audacieux, Mademoiselle enlevait à Turenne une victoire décisive, et retardait ainsi la chute de la Fronde.
L'humeur chevaleresque de Mademoiselle et le tendre intérêt qu'elle portait à Condé avaient seuls sauvé ce prince. Il ne s'y trompa point, et vit clairement que Parlement, hôtel de ville et gouverneur, avaient résisté autant qu'ils avaient pu, que la milice parisienne l'abandonnait en n'ouvrant la porte Saint-Antoine qu'à la suite de prières et de menaces. A la porte Saint-Denis, il avait fallu casser d'un coup de pistolet la tête du chef de poste pour que Condé pût continuer sa route. Son entrée n'avait pas contribué à relever ses affaires et son parti : c'était une armée en déroute, avec un long cortège de blessés, qui était venue chercher un asile, et une armée dans laquelle brillait plus d'un étendard rouge de Castillo, drapeau qui déshonorait et comprometlait la ville; enfin, à la suite de cette armée, se trouvaient de nombreux bagages, dépouilles de toutes nos provinces dévastées. La défiance était telle, à l'égard de ces soldats c pillards et paillards, » qu'on les avait logés entre Saint- Victor et Saint-Marcel, « dans un faubourg muré, gardé par la Seine et la Bièvre. » «L'on pouvait dire, selon l'expression de M. Michelet, qu'ils étaient dans Paris et qu'ils n'y étaient pas. » Condé était obligé de chercher son appui sur le rebut de la population, qui l'avait déjà servi dans la journée du 25 juin contre le Parlement.
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Depuis ce jour néfaste, la cour souveraine n'avait pas tenu de séance en son siège ordinaire; mais une grande assemblée était convoquée à l'hôtel de ville pour le 4 juillet; on devait, disait-on, y proposer la rentrée du rOi sans conditiom, et cette résolution eût réuni la plus grande partie des suffrages, si Gondé n'eût pas trouvé dans la ville un refuge inattendu. 3i0 membres avaient été invités à se rendre à cette réunion *.
1a journée s'ouvrit sous les auspices Içs plus menaçants : le matin, on avait trouvé affiché un « placard sanglant portant que M. le prince ayant fait voir ces jours comme il expose sa personne pour le salut de la ville, elle doit aussi s'exposer pour lui et courir sus à tous ses ennemis, la Chevreuse, le Coadjuteur, même M. d'Orléans, qui est si lâche que d'abandonner ce prince en ses généreuses résolutions, et qu'en un mot il faut faire main basse à tous los Mazarins. » Les séditieux mécontents ajoutent qu'il fallait « commencer par l'exécution, et puis alléguer leurs raisons*. » Aussi, soit que le secret de ce qui devait se passer eût transpiré, soit que tous éprouvassent le pressentiment vague d'une catastrophe immi-
1. Voici les noms et qualités des membres présents à celte triste journée : le maréchal de l'Hôpital, gouverneur; messire AnU Lefebvrc, prévôt des marchands; 4 échevins; 23 conseillers; M. l'archevôque de Paris; 3 députés du chapitre de Notre-Dame; 20 députis des diverses congrégations religieuses de Paris; 16 quarteniers ou chefs des quartiiM-; de la ville; 39 curés ovl vicaires des différentes paroisses; 190 memb; des ooura souveraines ou notables habitants de Paris; 12 représentai! des six grands corps de métiers (draperie, mercerie, épicerie, pelleterie , bonneterie et orfèvrerie). Voir cette liste complète avec tous les noms, t. III, Registres de l'hôtel de ville; elle est très-curieuse et peut rendre de grands services pour les recherches biographiques sur l'époque, et topographiques par les adresses et renseignements qu'elle donne.
4. Ms. Journal de Dubuisson-Aubenay, t. VI, p. 168 et suiv.; pour le placaitl, voir t. Vil, p. 965. Dernier avis donné aux Farisieas dans la crisa des maux de l'Ktat. Blbl. Maz.
DANS PARIS PAU L\ TERt\ElJft. m
iicnte, comme à l'approche des grands orages politiques, il y avait quelque chose dans l'air. Un des députés convoqués, marchand de la rue Saint-Denis, retenu par sa iiMiime, répondait : t C'est mon devoir d'y aller, puisque suis nommé; » mais, comme s'il allait au combat, ou l'iutôl à la mort, il se confessa et communia. Le 4 au riiatin, la journée commença à la place Dauphine; de nombreux rassemblements s'y formèrent, et au milieu d'eux des officiers et des soldats déguisés en hommes du peuple et chargés de diriger, d'échauffer cette multitude. Ils s'avisèrent, pour se reconnaître, de reprendre l'insigne, inventé, dit-on, par Mademoiselle à la sanglante journée du faubourg Saint- Antoine, et d'attacher des bouquets de paille à leurs chapeaux. Le rassemblement se met en marche, se dirigeant vers l'hôtel de ville, maltraitant sur son passage tous ceux qui ne portent pas la paille, rotte marque caractéristique des ennemis de Mazarin. L'effroi le fait prendre, les femmes à leur éventail ou à liîur coiffure, les hommes à la boutonnière ou au chapeau, les religieux à leur froc : tout le monde en porta, même les enfants, les gueux, et et jusqu'aux ânes et aux chevaux*. » « La procession de la Ligue n'était rien en comparaison, écrit Marigny à Lenet, et votre ormée n'est que fleurette auprès de ce que nous vîmes; la paille n'est plus paille, c'est fleur d'antimazarin 2» » Quatre compagnies de la milice bourgeoise étaient postées sur la Grève; mais la plupart des miliciens subissaient ou partageaient l'exaltation des bandes: « Allez! criait-on de tous côtés aux députés qui se rendaient à l'assemblée,