‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 368 sur 503 · Conrart, Mémoires · texte numérisé non relu

Conrart, Mémoires

8. Marigny, lettre du 7 juillet, dans le Cabinet historique de M. Lbuii

Paris, et ms. Lenet, Bibl. imp. .....; ..j

allez! et si vous ne faites pas ce qu'il faut, nous vous tuerons au retour! > Ce qu'il fallait, c'était l'union du Parlement et de la ville avec les princes, proclamer le duc d'Orléans lieutenant général du royaume, Condé généralissime des armées, comme on fit au Parlement le 20 juillet suivant.

L'assemblée réunie attendait les princes, qui avaient fait annoncer leur visite, lorsque se présenta un trompette du roi apportant l'ordre de remettre la délibération à huitaine. La venue de ce messager redoubla le mécontentement des masses*, et « aucuns disaient tout haut que c'était des lettres composées à Paris, à dessein d'empêcher l'assemblée de prendre quelque généreuse résolution, et qu'il fallait jeter le Ifompette et ses dépêches dans la rivière. » Le roi, dans ces lettres, se plaignait qu'on eût reçu les troupes de Condé dans la ville : t Sa Majesté croyait certainement que c'était la canaille, et non l'ordre de la ville et la bonne bourgeoisie qui avait donné cette retraite, qui n'empêcherait pas que Sa Majesté ne continuât ses bonnes volontés à la ville, l'assurant qu'elle lui ferait monter des vaisseaux chargés de grain et venir le pain des environs, à l'ordinaire. >

t Pendant la lecture de ces lettres, à chaque période, on faisait des huées comme l'on en eût fait dans les halles. • Vers cinq heures, comme on n'avait aucune nouvelle <les princes, on envoya le maître d'hôtel de la ville au

1. Cette remise d'une séance où l'on devait délibérer sur les moyen» de remédier à la misère présente « met le peuple en colère, étant capable de faire mourir cent mille âmes. » Ce détail, emprunté à un manuscrit du marquis Amelot de Chaillou, a été cité par M. Cousin, p. 419, Appendice, Madame de Longuevilic }>pndunt la Fronde. C'<-?i la seule circonstance altéiunnti! qu'on puisse invoquer en faveur à^ a auteurs de cet horrible guet-apens, et le plaidoyer déguisé du ma.\\ ne l'a pas négligée.

A L'IlOriiL DE VILLE. 385

Luxembourg pour s'informer du retard; car déjà la plupart des membres, ennuyés d'attendre, se levaient. Pour l(>s occuper, le procureur du roi et de la ville, Germain Piètre, prit la parole. Dans l'exorde de son discours, comme prémisses à sa conclusion, Torateur montrait que souvent le royaume avait été sauvé de grands dangers par l'union du roi et de la capitale, et notamment pendant la régence de Blanche de Castille, mère de Louis IX (allusion transparente aux événements, et qui était pour ainsi dire un lieu commun que nous avons déjà rencontré dans le discours du Coadjuteur et dans plusieurs autres); puis, entrant au cœur de son sujet, il dit qu'il fallait courageusement représenter au roi que « l'Étal périclite; que sa bonne ville est en danger, agitée de toutes parts; que les magistrats sont dans l'impuissance d'arrêter les séditions qui s'élèvent tous les jours, et faire considérer à Sa Majesté qu'elle est enfermée dans ce vaisseau, aussi bien que ses sujets, avec toute sa fortune; qu'il en est le pilote et le maître, et, en cette qualité, chargé de le conduire... » Il concluait à supplier le roi de « nous donner la paix et sa présence, en nous ôtant la cause et le sujet de nos maux, pour raison de quoi le Parlement et le corps de ville avaient fait tant de remontrances. » Celte périphrase désignait probablement, dans la pensée de l'orateur, Mazarin ; mais son nom n'était pas prononcé. Le discours finissait à peine que < s'élevèrent plusieurs voix confuses qui firent grand bruit, et qui dura assez longtemps. Il y eut des personnes assez qualifiées qui dirent tout haut que, dans toutes ces conclusions, il n'y avait rien contre le cardinal Mazarin; que c'était la pierre d'achoppement contre laquelle il fallait former une union de toute la ville avec les autres

m) INCENDIE ET Massacre

compagnies, ce qui étonna fort les gens de bien. » On remarqua en môme temps qu'il s'était glissé dans la salle quantité de gens qui n'y étaient point appelés. Le procureur du roi, ayant obtenu le silence, montra dans un nouveau discours que tout ce qu'il avait représenté «était directement contre le cardinal Mazarin, et les voies qu'il fallait tenir pour abréger nos maux. » L'arrivée du duc d'Orléans coupa court à l'incident. Le bureau alla au devant de lui, et bientôt il fit son entrée avec les princes de Condé, de Guémenée, les ducs de Beaufort et .le Sully, et plusieurs autres personnes de condition, t tous ayant de la paille dans les mains ou à leur chapeau. Son Altesse royale comme les autres; » aussi le maréchal de L'Hôpital ne put s'empêcher de lui dire t qu'il entrafil avec les marques de la sédition dans la maison du roi*. • Son Altesse royale commença par remercier, en son nom et en celui du prince, l'assemblée du passage qu'elle avait

l. Ce fait important suffirait presque à lui seul pour démontrer l'existence d'un complot arrêté à l'avance. Comment ces princes, qui « descendaient de leurs carrosses, » auraient-ils eu à la main le signe du ralliement? — Talon et Conrart parlent é{jalement des observations sévères que le duc de Rohan adressa la veille à Condé contre son projet, maii inutilement; et les deux cents habits d'ouvriers loués la veille chez un fripier pour habiller des soldats, et ces chambres louées également dan» des maisons de la place de Grève, où l'on avait pratiqué dans les raufs des meurtrières qui répondaient juste aux fenêtres de rh<\tel de ville? Qui avait ordonné, préparé tout cela? Et ce Blanchart, capitaine du régiment de Bourgogne, tué dans la môlée, porté dans l'hôtel de Condé et enterré le lendemain à Saint-Sulpice; et cet officier de cuisine du prince de Condé pendu dans la suite pour la part horrible qu'il avait prise à la journée. La seconde relation donnée par M. Cousin dans l'Appendice de Madame de Longueville pendant la Fronde dit qu'on y remsrqua aussi des « laquais du duc de Beaufort, et que la plupart de ces canailles étaient attitrées par les princes. » Conrart, dans ses Mémoires, rapporte qu'il y avait environ huit cents soldats mêlés aux bateliers et gagne-denier» du quartier de la Grève, et que la dépense monta à 4,200 livres. Il n'y a donc là aucun des caractères d'une émeute spou tanée ou accidentelle, mais un guet-apens bien arrêté.

,1 vordé aux troupes, les priant d'agir de même à l'ave- II ir, en pareille occasion; Condé renouvela ces témoignages de gratitude et ces assurances de dévouement à Il ville. Le bureau les remercia de ces sentiments et It ur fit part de l'objet de la délibération. A cette nouvrile, les princes se levèrent de leurs places et « firent tjrandes montres de la paille qu'ils portaient avec des gestes qui ne pronostiquaient rien de bon, » A leui

rlie, quelques-uns des gens du prince commencèi> iità dire en murmurant « qu'ils n'avaient pas eu sujet de grande satisfaction de celte assemblée; » et beau-

ip de témoins rapportèrent plus tard que, pendant que vs affidés furent sur la place de Grève parmi le peuple, ou les vit donner de l'argent à des gens, auxquels ils dirent que « l'hôtel de ville n'était rempli que de mazarins, et qu"il fallait faire main basse*. »

C'était le signal de commencer les violences auxquelles on se préparait de longtemps, car, avant quatre heures^ (h'jà, tous les passages de l'hôtel de ville étaient aux mains

< factieux^ et le feu mis en deux endroits^ du côté de

nit-Jean. La greffière s'en étant aperçue, l'envoya dire à l'assemblée longtemps avant que Son Altesse royale fût arrivée; mais on n'en tint pas compte, « comme ayant

1 . Ce récit des Registres de l'hôtel de ville est plus fidèle dans les * !ies que celui de Conrart; il est peu probable que les princes aient osé r publiquement aussi loin que le rapporte ce chroniqueur : a Dès que . . princes parurent sur le perron qui est dans la Grève, ils dirent à la population : Ces gens-là ne veulent rien faire pour nous, ils ont dessein du tirer les choses en longueur et de tarder huit jours à se résoudre; ce sont des naazarins, faites-en ce que vous voudrez. » Cependant le Juiinial de Dubuisson-Aubenay attribue ce langage au comte de Béthune : « Ces messieurs assemblés demandent encore huit jours de délai pour fane l'union, et que partant c'était au peuple À faire ce qu'il aviserait Li-dessus. » Alors la canaille commença à criw qu'il fallait égorger et brûleries mazarin*.

voulu battre celui qui en apporta la nouvelle, que l'on fît passer comme raillerie. » A peine le bureau^ qui avait accompagné les princes, eut-il repris sa place, pendant que le gouverneur demandait, sous forme de proposition, si l'on procéderait à prendre les avis ou si l'on remettrait au lendemain, à cause de l'heure, « que l'on commença à tirer des coups de mousqueton et de fusil, tant du côté de Saint-Jean que dans les fenêtres de la grande salle du côté de la Grève, au milieu des cris : Union! Union! » L'attaque était < selon les règles de la guerre, » exécutée non pas seulement par des gens du peuple, mais par des soldats « choisis et qui agissaient comme ils eussent fait à l'attaque d'une place, » des coups î en ligne droite par les meurtrières construites dans les| maisons en face de l'hôtel de ville*, tirant régulièrement! et de front. « Plusieurs coups passèrent tout au travers de la salle, et portèrent jusqu'à l'autre côté de la cour, où les marques y sont toutes visibles; ce qui obligea la compagnie de se retirer de côté et d'autre pour tâcher à sauver sa vie, » cherchant, de concert, les lieux les plus reculés de l'hôtel de ville, ou bien se couchant tout à plat. Le signal fut, dit-on, « donné des fenêtres de la grande salle par un inconnu qui s'était glissé avec beaucoup d'autres » pour jouer cette tragédie*. Dès lors, la

1. Bechefer, le substitut du procureur général, dans l'enquête qui eoi lieu plus tard, remarqua dans « les chambres des deuxième et troisième étages des maisons vis-à-vis l'hôtel de ville, des trous faits exprès pour tirer droit dans les fenêtres. » L'avocat général Bignon lui dit « qu'il serait peut-être périlleux d'en informer particulièrement, d'en avoirj trop de lumière, qu'il valait mieux n'en point parler. » Reg. de l'hô-j tel de ville. j

2. Marigny, qui partit avec les princes de l'bâtel de ville, Remble confirmer ce fait dans sa Relation à Lenet : « Nous n'étions pas à vinglf pas dans la rue de la Moitellerie que l'on tira un coup de l'hùtel de ville, auquel le peuple, qui était dan» la Grève, répondit. »

m 1 relie de la journée se précipite : le feu est mis en iiH'me temps à toutes les autres portes de l'hôtel. C'est en V lin que le colonel des archers de la ville, ses officiers et archers, assistés des gardes du gouverneur, essayent, • avec toute la résolution que l'on peut attendre d'eux, » (le barricader les principales avenues; vainement aussi le curé de Saint-Jean s'avance avec son clergé, le saint-sa- I rcment en main : cette exhibition est impuissante à calmer la rage des assaillants; le vicaire qui le portait est mis en joue, et, au milieu des injures et des pierres, on Inrce le clergé à se retirer*. Dans l'assemblée, l'effroi, la terreur, le désordre, sont au comble; déjà on a abantl(»nné la grande salle comme trop dangereuse, par suite (les balles qui arrivent des maisons en face; les uns cherchent inutilement des armes pour résister, d'autres se cachent et cherchent à fuir, les religieux se confessent entre eux, et remplissent le même office pour tous ceux iliii veulent se mettre en état de bien mourir. Toujours les mêmes cris : « Union ! Union! » se font entendre.

On décide enfin le gouverneur, le prévôt des marchands, les échevins et d'autres, à signer une déclaration d'union dans la forme que veulent les princes. Le maître ih's requêtes, Miron, celui qui a battu le tambour pour les premières barricades de la Fronde, le 26 août 1648, se charge, malgré les prières de ses amis, de la porter; il espère que ses services passés doivent le mettre à l'abri du soupçon de mazarinisme, et que sa présence et l'écrit d'union qu'il apporte vont mettre fin à la sédition. A peine a-t-il paru qu'il est frappé, blessé, tué; « ce qui étonna beaucoup de monde. » A cette vue, le désespoir

1. a Sans ces démonstrations, disent les Registres de l'hôtel de vitle^ toute la compagnie et la maison de ville môme étaient perdus. t>

it.

succède à la terreur. Quelques députés ont cependant trouvé une issue, « hasardant le tout pour le tout; ils descendent des fenêtres qui sont au plus haut de l'hôtel de ville dans l'hôpital du Saint-Esprit, qui occupait l'aile gauche de l'hôlel; mais ils sont bientôt découverts, et une partie de la bande se porte de ce côté, fait ouvrir les portes de l'hôpital, qu'ils mettent au pillage, et arrêtent aussi les fuyards. Le receveur eut la plus grande peine à sauver sa caisse, et sa frayeur fut telle, qu'il en mourut quelques jours après. En vain le président Gharton, le second de Broussel, une des victimes du Te Deum do 1648, ainsi que Goulas (secrétaire du duc d'Orléans, qui, resté quelques minutes après le départ des princes pour affaires, avait été ensuite retenu comme otage dès que l'attaque avait commencé), écrivent en gros caractères sur des papiers le mot union et le jettent par les croisées; en vain l'assemblée met aux fenêtres de la salle où elle était un drap blanc, en signe de paix, la populace trouve moyen de l'abattre et le brûle*. La multitude ne veut riea écouter et redouble ses efforts : « aucuns des plus forts et des plus robustes avaient pris sur leurs épaules des solives qui sont d'ordinaire posées à terre, près le pied de

1. Une des relations publiées par M. Cousin, d'après le manuscrit de M. Amelot de Chaillou, rapporte un fait que nous n'avons vu nulle part, qui est absolument invraisemblable et qui n'est visiblement qu'un» excuse inventée le lendemain par le parti des princes, honteux doi événements : « Ceux du dedans ayant mis à une fenêtre une épt^e nue et un mouchoir, la paix ou la guerre, on aurait commencé à tirer contre plus qu'auparavant. » Nous le répétons, cette conduite insensée est impossible de la part de citoyens pacifiques, revêtus d'un caractère de magistrats, assiégés d'une multitude furieuse dont ils ont tout i redouter, et sans moyen de défense. Cette même relation ajoute un fait curieux : « Quand ce peuple avait tué quelque mazarin, un crochcteur ou autre le mettait sur ses épaules et allait le montrer dan» k't; rues.»

la croix de la Grève, vers la rue de la Tannerie, oii l'on met hors de la fange les sacs des échantillons de blô exposés aux marchands, et s'efforçaient de rompre avec les ' solives la grande porte de l'hôtel ; mais, la porte se trouvant forte, ils eurent recours à la paille et aux fagots, et mirent le feu tant à la grande porte qu'aux deux petites, qui furent bientôt consumées. Cela commença vers les quatre à cinq heures, que l'on vit la fumée de toutes les extrémités de Paris, oii l'on dit que c'était pour brûler les mazarins*.» Ce fut vers neuf heures que les portes furent ouvertes; dés lors on n'entend plus que ces mots qui servent en quelque sorte de ralliement et d'aiguillon : « A moi, Condé; à moi, Bourgogne*. » La résistance des archers et des gardes devenait dés lors impuissante : Blanchart, capitaine da régiment de Bourgogne, et vingt-cinq ou trente hommes de sa cabale, se jetèrent à main armée sur la grande montée; quelques-uns, et Blanchart de ce nombre, furent tués par les archers; mais l'émeute n'était pas moins victorieuse. « Les coquins font tous les désordres imaginables, ils fouillent et volent la gardérobe, aompent trois guichets d'armoire, prennent tout le

1. Dubuissoa. C'est Tiocendie dont le commenoement fut signalô par la greffière.

2. Mailly, Esprit de la Fronde, t. V, p. 432. Cet historien bourgui» gnon, tout dévoué à la famille des Condé, à qui il dédie son livre, dit à ce propos, « mots de ralliement assez singuliers, si c'étaient réellement les soldats du prince qui s'en servaient, quoiqu'il ne fût pas im-possible que dans la chaleur du tumulte cette imprudence ne lem échappât; u était pourtant assez croyable, ajoute-t-il aussitôt, qu'ayant tant d'intérêt à ne point se découvrir, il fallait en accuser les émis- ■aires de la cour, qui avait elle-même tant d'intérêt à rejeter tout l'odieux de cette «cène sur les princes. » Cette hypothèse de Mailly n'est pas admissible : comment supposer que la cour effrayât ses partisans et les jetât ainsi dans les bras des princes, ou bien fit assassiner «eux sur qui elle pouvait compter pour rentrer dans la ville? Comnoent à distance organiser avec cette précision une pareille journée?

linge et la vaisselle d'argent qu'ils y trouvent, malgré le grelTier Lemaire, qu'ils maltraitent horriblement ; ils veulent se faire conduire par lui au lieu où était l'argent des renies de la ville, menaçant, poignards et pistolets sur la gorge, de le tuer, quand il aurait mille vies. » Au bout d'une demi-heure de lutte, il parvint enfin à se racheter, moyennant 100 louis : ils le chassent de l'hôtel de ville pour être plus en liberté; car Lemaire seul s'opposait à eux. Dehors, ce fut encore pis pour lui: dès qu'il eut mis le pied sur le seuil de la porte, il reçut dix-sept coups d'épée ou de baïonnette et trois grandes contusions, dont il fut très-longtemps à guérir; il fut encore obi i,;^ de débourser pour se garantir de la mort, et enfin julc par la tourbe sous les piliers du Saint-Esprit.

D'autres furent moins heureux et moururent des suii( de cette journée; parmi eux, Legras, maître des requêir qui, à Orléans, s'était opposé aux princes et à Mademoiselle. Conrart rapporte que le meurtrier disait à chaque coup qu'il portait : « Si tu en es échappé à Orléans, tu n'en échapperas pas ici.» Suivant la relation publiée par M. Cousin, Legras, ayant composé de sa liberté avec un homme qu'il rencontra dans sa fuite, moyennant douze pistoles qu'il avait, fut conduit par ce coquin jusqu'au bas de l'escalier de l'hôtel de ville, où celui-ci, après avoir reçu son argent, lui bailla quatre coups de poignard, et un autre qui survint, deux coups d'épée sur la lète, et ensuite le dépouillèrent. N'étant pas mort sur l'heure, il fut porté par quelques spectateurs chez un chirurgien de la Grève, où il expira deux jours après. Ferrand, conseiller en Parlement; Yon, épicier, ancien échevin; Legrand, avocat au parlement et bailli de Saint-Victor; Savaii, Janvri, Leboulanger, auditeur des comptes, lue à

coups de poignard et de baïonnette; Pressant ou Froissant, marchand de fer de la place Maubert et marguillier (le Saint-Étiennc du Mont; Guillois, premier échevin, sont aussi au nombre des victimes. Pour se faire aider dans leur hideuse besogne, les émeutiers avaient ouvert lis prison.^ et fait sortir les malfaiteurs, qui se répandaient (le tous côtés. Fatigués de frapper, ils songent enfin à l( urs intérêts, et offrent de sauver du massacre tous ceux qui peuvent payer leurs tristes services. « Les uns compi( lenl le prix sur-le-champ, les autres le remirent au lendemain et l'effectuèrent dans la crainte d'un traitement jdiis terrible; il s'en trouva beaucoup qui, pour unetren- (aine de pistoles, échappèrent ainsi, portés sur le dos de leurs bourreaux, à travers la foule » qui, respectant en eux ses pareils, les laissa exercer en paix leur lucrative industrie*. Le conseiller de la grand'chambre, Doujat, qui cheminait avec Legras, fut enlevé dans une maison, et là promit dix louis d'or, si ceux qui le tenaient le rendaient sain et sauf à sa demeure, ce qui fut fait. Le président de Guénégaud promit dix pistoles à d'autres (jui le tirèrent de là ; mais au premier corps de garde du ( arrefour des rues de la Coutellerie, Jean-Pain-Mollet et Jean de l'Épine, ils le perdirent et furent contraints de l'abandonner dans les mains de plus forts qui le menèrent iiar la place aux Veaux et du Chevalier du Guet, vers la Monnaie ; se voyant près de son hôtel, il leur persuada de It' mettre en maison bourgeoise (chez M. de Sève de Plotaid), plutôt qu'en un cabaret, où ils le pensaient mener; mais il fallut encore composer et doubler la somme, et

1. Ce fut dans cette circonstance que le fameux perruquier Didier l'Amour, immortalisé par Boileau dans le Lutrin, sauva par la force de £uu bras quelques-uns de ses amis. Brossette, Commentaires,

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