TRISTESSE DU POÈTE BURLESQUE LORET
binent pas après de mourir souvent de faim, ne pouvant presque plus rien trouver. Toutes les armées sont également dans le môme désordre, et c'est à qui pis fera... On essaye de renvoyer de Paris des paysans pour serrer les grains; mais h mesure qu'ils serrent, les gens de guerre les viennent battre et dérober, et mettent tout en fuite... Les grands et les souverains qui souffrent pour l'ordinaire très-peu en ce monde doivent trembler en voyant les autres tant souffrir. »
Loret, dans sa Muse historique, confirme les prix élevés de toutes les subsistances à Paris; encore sa lettre est du 12 mai (on se souvient qu'il faut quadrupler ces chiffres pour trouver l'équivalent de notre monnaie) : le beurre vaut 20 sols la livre ; l'œuf 3 sols ; l'aloyau de bœuf 30 sols, le pain de ménage un écu, un morceau de fromage, 10 sols... Il y a plus de 100,000 mendiants à Paris, en présence de tous ces maux, la muse burlesque du pauvre chroniqueur, qui jusqu'à ce moment a ri de tout, l'abandonne, et il l'avoue ingénument.
Quantité de gens pourront dire
Qu'il vaudrait autant rien n'écrire
Que d'écrire si tristement;
Mais qui pourrait faire autrement?
Le feu, comme dedans du chaume,
Se répand par tout le royaume;
On voit l'État qui va périr
Si Dieu ne nous vient secourir.
Et quoi ! durant cet incendie.
Faut-il faire la comédie,
Et jouer le plaisant rolet
De Philipin ou de Jodelet?
Qui le voudra faire le fasse...
Pour moi, durant cette disgrâce
Où tous les bons Français ont part.
Je ne puis devenir raillard;
Si quelques-uns s'en formalisent.
Que mes rimes point ils ne lisent. •
Les habitudes régulières des temps de calme ne peu-