‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 390 sur 503 · LA RÉACTION S'ORGANISE · texte numérisé non relu

LA RÉACTION S'ORGANISE

anglaise, des grandes compagnies, ou ces époques désolées des guerres de religion? — Le commerce est interrompu, les foires et les marchés abandonnés, les coches ne vont plus, les routes n'offrent aucune sécurité, les lettres interceptées par les divers partis parviennent rarement k leur adresse. La nation tout entière semble déshabituée du travail ; l'atelier est désert, les ouvriers chôment partout et traînent sur les pavés des grandes villes à la disponibilité de l'émeute. Les propriétés son devenues une proie toujours offerte au plus fort, on ne peut plus les habiter tranquillement et on n'en tire aucun revenu, heureux si encore on peut se faire exemptei des charges et des impôts sous lesquels le propriétaire plie écrasé ; le trésor, qui ne reçoit plus rien, ne peut payei les rentes. Le brigandage public et privé s'exerce partoul impunément, les mœurs à tous les étages se sont relâchées; la justice est impuissante à réprimer tous ces excès; c'est le magistrat qui tremble devant le criminel. Les campagnes en friche ne présentent que ruines et désert; la mauvaise nourriture amène des maladies aussi terribles que les pestes et encombre les hôpitaux appauvris et sans ressources; en un mot, partout, dans tous les rangs, à tous les degrés, ce n'est que désordre, crime, anarchie. Et cet état de choses durait déjà depuis prés df quatre ans; une telle calamité ne pouvait se prolongei plus longtemps sans amener l'anéantissement complet de la société française. Ou la France devait peu à peu s'affaisser et disparaître du premier rang parmi les peuples, ou une réaction puissante, efficace devait s'organiser; mais, hélas! comme on l'a vu plus d'une fois, la nation payera ce secours de ses dernières libertés.

Déjà cette réaction est à l'œuvre et s'organise sourde-

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nent : à la tête sont deux de ces esprits inquiets, agités, lui, comme l'abbé Fouquet et son frère, le procureur-géu rai Nicolas Fouquet, semblent nés pour l'intrigue et ,ûuenl un grand rôle dans les époques de trouble; ils ei vent à réunir en faisceau tous ces fonctionnaires dé- •oiuagés, sans force parce qu'ils agissent isolément, le iiarêchal de l'Hôpital, le prévôt des marchands, son fils inseiller Labarre et le premier président Mole. Une .ividû partie de la volumineuse correspondance de Maza- ;iii, que nous avons pu étudier soit aux bibliothèques impériale et MazarJne, aux archives de l'empire, :;oit dans Jes copies que la bienveillance de M. Chéruel a mises à 'inotre disposition, nous a laissé entrevoir quelques coins It ce vaste champ d'intrigues. Les Mémoires sur la vie publique et privée deFouquet, déjà publiés par M. Chéruel, et les Lettres de Mazarin, du môme éditeur, si vivement attendues, ne laisseront plus aucune obscurité surce point. Mazarin avait encore un auxiliaire plus puissant, le j clergé. M. l'abbé Maynard s'est trompé lorsqu'il a cru reconnaître les éléments d'une opposition religieuse contre le favori d'Anne d'Autriche dans quelques passages des Carnets de Mazarin publiés par M. Cousin. Il s'agit simplement d'une lutte de position entre le cardinal et l'évêque de Beauvais Potier, soutenu de ses amis j d'une revendication d'influence par certains chefs de communautés tels que la supérieure du Val-de-Gràce; M. Maynard a grossi les proportions de quelques petits faits, accidents de cour, qui tous d'ailleurs se rapportent au commencement de la régence et lorsqu'il s'agit de se rendre maître du terrain. Un clergé hostile se fût conduit bien autrement; il se fût rappelé facilement les scènes et les prédications de la Ligue, qui remontaient à

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peine à cinquante ans. Où voit-on rien qui, de près au de loin, ressemble à cette démocratie religieuse, dont M. Labitte a si vivement retracé le tal}leau ? A cette preuve négative ajoutons des faits positifs qui prouveront éfidemment l'erreur dans laquelle une politique toute d'actualité, nous le craignons, a entraîné le récent historien de saint Vincent de Paul.

Quatre jours seulement après que le roi s'est enfui Paris, le 10 janvier 1649, le journal de Dubuisson nous montre les archevêques de Bordeaux, de Toulouse, les évêques d'Avranches et d'Aix et jusqu'à e deux ou trois douzaines » de prélats proposant de s'assembler chez l'archevêque de Paris pour s'entremettre * de quelque accommodement entre le ministre et le Parlement. «Cette proposition a probablement reçu un commencement d'exécution, puisque le 14 janvier on refuse la sortie de Paris aux « ecclésiastiques qui veulent aller à Saint- Germain proposer un accommodement; » les mêmes tentatives du clergé se renouvellent encore le 17 ; essa; à trois reprises une médiation entre Mazarin et le Parlement, à cette époque de fureur générale contre le ministre, peut, ce nous semble, être compté comme une preuve di sympathie.

Si, le 23 janvier, le Coadjuteur fait un discours frondeur et parlementaire à l'église de Saint-Paul, on peut facilement opposer maint sermon antifrondeur, entré autres celui de l'abbé Lingendes (6 mars) oîi Beaufort crut se reconnaître dans le tableau passionné de la révolte d'Absalon, ce qui amena de si longs démêlés, là 18 février, le zèle que montrent les prélats en faveur de la cour et de Mazarin, amène l'arrestation momentanée des évêques de Dol et d'Aire ; une mazarinade croit même

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