ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
Conœurs quinquennal pour le prix Morogdes sîw le paupérisme.
« La Commission (MM. Guizot, Charles de Rémusat, Cli. Giraud, Léonce de Lavergne, Ad. Garnier, S. Dumon et Odilon Barrot), avec regret, n'admet pas à concourir pour le prix Morogiics l'ouvrage de M. Feillet, La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul. C'est cependant une œuvre considérable (plus de ;J00 pages), offrant un grand mérite par la vivacil6 des couleurs dont l'auteur a animé ses tableaux et SOS récits; mais, décrivant bien la misère d'autrefois, il n'oflre pas les moyens de remédier au paupérisme présent, et ne remplit dès lors pas une des conditions essentielles du concours. Néanmoins, à raison des nobles sentiments qui ont inspiré ce livre, et du mérite incontestable des recherches historiques qu'il contient, la Commission propose de le mentionner très-honorablement. » (Séance du 13 avril 1863.) — Deux mois après, dans la séance publique annuelle, le président, M. Ch. Giraud, confirmait d'une manière plus expressive le jugement de la Commission et de l'Académie : « Le livre de , M. Feillet : La Misère au temps de la h'ronde et saint Vincent de [Paul, a été particulièrement remarqué par l'Académie. Réunissant à des recherches neuves, exactes et piquantes, l'inté- ?rêt du récit et de l'exposition, il a trouvé dans le monde un |.accueil très-favorable ; c'est un succès légitime. Mais, malgré l'autorité d'un tel suffrage, il ne se rapproche point assez du but du concours, en vue duquel il n'a point été composé.
C'est un épisode inléressant de l'histoire de la Fronde; c'est un épisode plus attachant encore de l'histoire générale de la misère en France ; mais, quelle que soit l'estime qu'il inspire, il s'éloigne trop de l'intention de M. de Morogues pour être couronné, et l'Académie n'a pu que le mentionner très-honorablement. »
Rapports sur les études historiques a M. le Ministre DE l'Instruction publique (à l'occasion de l'Exposition universelle de 1867), par MM. Geffroy, Zeller et Thiénot, maîtres de conférences d'histoire à l'École normale.
« Un livre surtout, La Misère au temps de la Fronde et (■aint Vincent de Paul, par M. Alph. Feillet, nous paraît mériter un éloge spécial. L'auteur est entré dans une voie nouvelle qui doit, à l'avenir, être celle de tous les historiens. Trop Iontemps, on n'a parlé que des rois, de leurs débats, des grands capitaines et de leurs victoires; M. Feillet s'est occupé surtout de l'intérêt qui doit dominer toujours, celui de la généralité des Français, celui du peuple, des paysans des campagnes comme des bourgeois des villes. Quels ont été pour la masse des citoyens les profils ou les douleurs du combat? Quel pouvait être le résultat final de la lutte, c'est-à-dire quelle en fut la moralité? Juger l'histoire en interrogeant ceux sur lesquels elle a pesé, c'est s'adresser au plus sûr, au plus légitime des témoignages. A cette largeur, à cette générosité de méthode, M. Feillet a ajouté le rare mérite de ne point outrer son système en le poussant trop avant; sans cela, il ne mènerait qu'à la déclamation forcenée et aux abîmes. Il n'a laissé de côté ni les princes, ni les ministres, ni les chefs de parti qui conduisent les événements; il n'a point dédaigné les événements eux-mêmes, bases solides de son récit. » (P, 2 1 0.)
(Thiénot,)