LE MAGASIN CHARITABLE
APFiHons nous dans ce triste examen, car il est imjio^siblede parcourir ainsi les 193 villages dont parle le .1/ g min. A côté de ces admirables serviteurs de Dieu et lie lliunianité souffrante, joignons quelques noms séculiers que nous fournit notre brochure ; le président de Mesmes, qui se dévoue au soulagement des villages de Moissy, Limoges, Fourches et Cramayau; à Morsan, madame de Vassan ; à Fleury, madame Joly ; madame la présidente de Nesmond pour Montfermeil, Villeparisis, Livry, Bondy; à Ris, madame de Ris. Honneur à ces âmes d'élite qui comprenaient si bien que propriété oblige^ et que la possession d'un manoir impose encore plus de devoirs qu'elle n'accorde de droits ! Donnons encore une place d'honneur à ces apôtres non moins dévoués de la science et de l'humanité, médecins, chirurgiens, qui vont s'enfermer dans ces tombeaux infects et ne demandent par jour, pour leur nourriture et salaire, que 15 sous!
L'économie la plus sévère présidait à toute cette œuvre charitable : tous les frais ordinaires de la conduite au magasin et des envois dans les campagnes, tant par bateaux, charrettes, ballots, crocheteurs, qui tranportaient, par semaine, de 5 à 6,000 livres de viande, etc., 2 à 3,000 œufs et toutes sortes de provisions et d'ustensiles, montaient à environ 40 francs par jour : ceux qui dirigeaient l'entreprise étaient de véritables administrateurs des pauvres, comprenant bien qu'ils maniaient les deniersi des malheureux : expression doublement vraie puisque les indigents versaient aussi leur obole, comme le prouve un touchant épisode emprunté à notre Relation, que lo narrateur n'a pu reproduire sans une profonde émotion : « On ne doit pas mettre en oubli le présent d'une pauvre femme qui, donnant sa garde-robe et ses souliers, relour-
450 LE MAGASI!^ CaAlUTÂBLË.
nait pieds nus; sur ce qu'on lui dit qu'elle avait plus besoin de recevoir que de donner, elle répondit, en simplicité de cœur,qu'erie donnait son meilleur, et fit connaître qu'elle avait plus de lumières que ces riches qui ne peuvent encore concevoir l'obligation de donner leur
superflu » Nous aussi, nous avons été souvent ému en
lisant ce noble élan de ces petites gens de Paris « qui toutes contribuaient, dit une lettre de Vincent, du 3 janvier 1653, en voyant ce tronc du Magasin charitable suffire presque à la dépense commune » tant il étaitsouveiit rem-, pli, « ce tonneau de sel de 8 ou 10 boisseaux, d'où l'on en '\ a tiré jusqu'à 120 et qui s'est toujours trouvé comblé à mesure, » cette corporation des bouchers fournissant près de 6,000 livres de viande gratuitement, ces bonnetiers qui ont généreusement répandu de l'argent et des objets de leur profession, et k côté cette « vaisselle d'argent* aux riches armes burinées, ces montres et autres pièces curieuses, dont, par un saint commerce favorable à la charité, l'on a trouvé le débit à l'égard des personnes à qui la qualité et la condition en pouvaient rendre l'acquisition de bienséance'. « Cette association des classes les plus extrêmes, si rare dans l'ancien régime, produit une somme de 12 à 13,000 livres par mois.
1. Parmi les donatrices de cette vaisselle d'argent, nous trouvon» ma* dame de Miramion; en 1650, dans sa maison, près de Saint-Nicolas des Champs, elle nourrissait et instruisait de petites orphelines. En 1651, e'.le distribuait plus de 2,000 potages; en 1052, la misère augmentant et •es revenus ne pouvant suffire, elle vendit sou collier de perles 24,000 fr.; )'n 1653 sa vaisselle d'argent eut le même sort*