‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 43 sur 503 · LETTRE DE LA GARNISON · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA GARNISON

réalité qu'une remontrance, et où on se plaint surtout (le l'impôt connu sous le nom de subsistance ou subvention^ comme à Pontoise ^ Ces impôts, levés principaiement pour l'entretien des troupes, n'étant pas exactement payés, amenaient des désordres dont la lettre suivante nous donnera une idée; elle est du 26 novembre 1645, et adressée par une partie de la garnison de Saint- Qaentin aux gouverneurs et offlciers municipaux de cette ville. Comme on y ajouterait difficilement foi, dom Grenier, qui l'a recueillie, note soigneusement que «l'original est es mains du gouverneur, et que sa copie à lui est conforme à celle qui est déposée dans les archives de la tour de l'hôtel de ville de Saint-Quentin, armoire noire, 43 bis. » On comprend toutes ces garanties d'authenticité dont s'entoure le copiste quand on a lu cette singulière lettre. Tout commentaire est impossible, nous citons ;

« Messieurs les magistrats,

« Le désespoir où nous sommes réduits est si extrême qu'il nous a contraints à entreprendre une affaire qui ne nous sera pas trop difficile à mettre à exécution, mais qui vous sera extrêmement préjudicieuse et dommageable, si par votre prudence vous n'y mettez ordre et n'empêchez (en nous faisant contenter) la résolution que nous avons prise. Vous n'ignorez pas, messieurs, que depuis cinq mois nous gardons votre ville, veillant nuit et jour à la conservation d'icelle sans en avoir reçu aucun payement, vous savez que nous ne pouvons pas user nos corps et mettre nos vies à l'abandon, au service du roi et de vous, sans être dignement salariés et payés de nos peines, comme S. M. l'entend, et cependant depuis cinq mois nous servons pour le pain, ce qui réduit les soldats à cette extrémité que plusieurs sont contraints de se mettre fc voler, dont vous ressentez les incommodités; d'autres se débandent et vont chercher parti ailleurs, ce qui peut grandement préjudicier à la conservation de votre ville ; d'autres sont résolus, en cas que vous n'y mettiez ordre et que dans peu on ne nous apporte ce qui nous est

|. Voir celte pièce. Raynal, Histoire du Bern/f t. IV,

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