CONTRIBUTIONS RUINEUSES
villages d'où ils tiraient leur nécessaire, étaient réduits en contribution, sous la condition de ne mener à Cliâlons ni grains, ni vins, ni bois, ni autres denrées, que les censiers du sieur de Germinon qui sont au village de Pargny, quoique composés, ayant amené du blé à Châlons, avaient été pris, leurs chevaux , harnais et grains menés à Saintc-Menehould; après conseil tenu, ils se décidèrent à composer moyeunaut 10,000 livres par an t. »
Les mômes faits se rencontrent partout ; à Montdidier, les Espagnols veulent s'emparer de la ville et la donner en pillage à leurs soldats; elle fut sauvée par une heureuse circonstance. Un descendant de là maison de Gondé par alliance se trouvait possesseur du fief des grandes Tournelles où se trouvait l'armée de Gondé et des Espagnols ; le député de Montdidier eut soin de le rappeler k Gondé, qui demanda pour la rançon de la ville cent muids de vin et cinquante mille rations de pain. Il y avait impossibilité de satisfaire à celte demande; pour en convaincre l'intendant de Gondé, on lui fit voir les greniers et les caves de la ville presque vides, et la demande fut réduite à cinquante muids de vin et dix mille rations de pain; mais avant de repasser la Somme, les Espagnols, pour se dédommager de cette proie qu'on leur avait ar-
l. Arch. imp., f» 518, KK, 1072. L'excellente Histoire de Châlons sur-Marne, par M. Edouard de Barthélémy, parle de contributions do Chàlons bien au delà de 1653; la dernière sauvegarde signée de Condô est datée du 1»' mars 1658 (archives de l'hôtel de ville de Châlons); mais les actions du prince ont baissé, on ne paye plus que 600 pistoles : le comte dp Vaubecourt, gouverneur de la ville, excusait sa contribution par ce mot : « Il vaut mieux se redlmer des fers et des ruines par argent que d'encourir le dommage. » Le roi, de son côté, demandait aussi à la malheureuse ville; en 1657 on décida que Châlons payerait 48,000 livres pour les octrois au lieu de 30,000, et le conseil de ville, pour y faire face, décréta, entre nouveaux droits, que chaque pièce de sergtj sortant de Châlons serait taxée de 10 sols, ce qui excita une révolte dea drapiers, sergers, fileurs, cardeurs et peigneurs de laines; les demeurea du lieutenant de la ville, du gouverneur, des échevins furent pillées, quelques-uns de ces personnages blessés, d'autres tués (septembre 1657),
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radiée, pillèrent et brûlèrent une soixantaine de bourgs ou villages*.
Nous croyons inutile de confirmer cette circulaire et la lettre de Fabert, par de longues enquêtes, pour les diocèses de Soissons et de Laon et pour Château-Porcien, qui ressemblent à celles que nous avons déjà vues tant de fois. Nous les résumerons par quelques mots énergiquement éloquents dans leur concision, qui se trouvent dans la déposition de Charles de Vau, échevin de Laon : a Ils allaient (les soldats français) tuant, pillant, faisant prisonniers et emmenant tout ce qu'ils avaient à la rencontre, » et par ceux d'un correspondant des Relations : « En Picardie, en Veraiandois, il ne nous reste que des yeux pour pleurer. »
La Champagne est encore peut-être plus malheureuse que la Picardie : le séjour constant des ennemis dans les places fortes de Rethel, de Sainte-Menehould, de Rocroy, ruine la province; dans les registres du fonds Champagne aux Archives, on ne trouve que lettres respirant la désolation.
On écrit de Rethel, 18 octobre :
« Les Pères de la Mission, qui n'ont point abandonné ces quartiers y recommencent leurs travaux plus généreusement que par le passé par la vue de leurs nouvelles misères. Ces charitables Pères vont visiter et fortifier les pauvres curés; outre ces travaux ils ont sur les bras les soldats malades, mourant sous les deux halles de la ville, et les bourgeois de Rocroy qui se sont sauvés en ce lieu après perte et prise de tout. On en a évacué un grand nombre sur Reims avec secours de route, mais l'hôpital ne peut plus les recevoir à moins d'une forte indemnité mensuelle. — Novembre et décembre. — A Réthel, la désolatioo est au delà de celle des années précédentes (la ville a soutenu
1. Manuscrit appartenant à M. Cbaudon, maire de Montdidier, cité dans les Archives de Picardie, par Dusevel, t. II, p. i65. Voir aussi, du Dit' me savant picard, Lettres sur le dépuitc/nent de lu Sotfime.