DE LA CHAMPAGNE
on trois ans quatre sièges et cinq fois le passage des ennemit ') , I<:4 paysans dos villages environnants se traînent nu-pieds jusqu'à llcHliel pour clierclier quelque nourriture ; ils auraient bien besoin de chaus- BOf:s, du sabots et de bois. Les curés ne sont pas en meilleur état, ainsi que les religieuses. » A Sainte-Menehould, la situation était intolérable pour les habitants comme pour la garnison; les habitants cherchaient par tous les moyens à s'enfuir déguisés, les uns en religieux, d'autre» en paysans, quelques-uns aimant mieux se précipiter du haut des murailles que de vivre plus longtemps sous la tyrannie de Montai. La garnison elle-même, réduite par suite de pertes ou de désertion, n'osait sortir dans la crainte des habitants qui pourraient profiter de leur absence pour les laisser dehors, et soutirait mille privations; s'il faut en croire une correspondance de la Gazette, Sainte-Ménehould fut réduite un instant à 53 habitants.
« 3 janvier 1653. — Les laboureurs des environs de Sainte-Men©bould, Châlons, Vitry et Saint-Dizier sont dans la dernière misère et incommodité, ne jouissant plus de leurs biens; M. de Montai, gouverneur de Sainte-Menehould, leur a envoyé dire de venir déclarer ce qu'ils peuvent avoir de grains à MM. de Châlons (qui ne voulaient pa* se soumettre à la contribution) et de l'amener, faute de quoi ils seront pillés et brûlés ; ils sont dans le désespoir et disent qu'il faudra prendre ce parti si on ne leur donne un prompt secours, en reprenant Sainte- Menehould. — 19 août. — La garnison fait constamment des courses du côté de Châlons, enlevant vaches et moutons. A Châlons, on crie fort, disant qu'il faudra composer si on ne reprend Sainte-Menehould ; ils sont tous ruinés et n'osent sortir pour recevoir rentes, ni vaquer à leurs affaires : on a fait prisonniers dix des plus puissants de Châlons et dix-neuf personnes d'âge depuis huit jours, ce qui permet au xsoldats de Montai, par les rançons, de s'entretenir en argent; ils viennent encore de prendre quatre gentilshommes avec tous leurs bestiaux. Les paysans et même les villes crient miséricorde, disant qu'ils sont abandonnés... Il n'y a plus à Sainte-Menehould que 300 soldats qui restent, parce qu'ils ont la liberté de piller, mais qui ne tiendraient pas quatre jours si on les assiégeait. * •
Montai, Persan et les autres officiers de Condé ne fai-
1. Arch. imp., KK, 1072, Relations, etc. M. Ch. Pauffin, maire de Réthel et ancien magistrat, prépare une histoire importante de cette ville; on ne peut se faire, si on ne les a vus, une idée de l'énorme quantité dj» documents ou copies de documents authentiques qu'il possède sur cctti, ville; quelques-uns ont été publiés dans le Cabinet historique <ie M. L. Paris, et confirment notre récit. Voir aussi Gazette, année Hi'ù'i, Nouvelles de Sainte-Menehould, 16 février, nnwis, i mai.
4C6 CIRCULAIRE DE CONDB
saientque suivre l'autorisalion que leur donnait leur chef (le faire hardiment la maraude d'hommes, pour se procurer de l'argent, comme en fait foi la circulaire qui suit ;
« Louis de Bourbon, pritice de Condé, etc.
« L'état présent où nous nous trouvons, par la nécessité où nous ont réduit nos ennemis de cherclier notre sûreté contre les violences et mauvais traitements qu'ils nous préparaient sous le nom et l'autorité du roi, voulant que, selon l'ordre et les droits de la guerre, ceux gui sont entrés dans notre parti tâchent de faire des prisonniers du ?io»jbre de ceux qui nous sont contraires^ nous avons jugé qu'il pourrait arriver que dans les courses qu'ils feront, ils rencontreront plusieurs personnes pour lesquelles nous nous reconnaissons obligé d'avoir une considération très-particulière, tels que sont MM. des Compagnies souveraines établies dans la ville de Paris, puisqu'ils ont le titre et le caractère de principaux officiers du roi, auxquels par cette raison nous serons toujours plus disposés de rendre les services que leurs qualités et mérites particuliers exigent de nous, que d'approuver que, sous notre nom, il leur soit fait aucun déplaisir, nous avons par ces présentes déclaré et déclarons que nous tiendrons et réputerons de mauvaise prise, pendant le temps que notre raallieur nous tiendra en l'état où nous sommes, tous MM. les officiers du Parlement, Chambre des Comptes, grand Conseil et Cour des aides do Paris qui pourront être rencontrés ou arrêtés par ceux qui serviront sous nos ordres, leur défendons de les arrêter en quelque lieu qu'ils les puissent rencontrer, et leur enjoignons de les laisser aller, venir et séjourner en toute liberté sans leur méfaire en quelque manière que ce soit, môme de leur rendre tous les respects et services qu'ils voudraient rendre à notre propre personne, et sera notre présente déclaration publiée dans les places que nous tenons, en l'armée que nous commandons, et partout ailleurs où besoin sera, afin qu'il y soit obéi, et qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.
« Fait au camp de Liiers, le 12 juillet 1657 '.
« Signé : Loois «e Bohubon. »
On se décida enfin à faire le siège des villes de Mouzon, Rocroy, de Rélhel, de Sainte-Meneliould pour arrôter les
1. Cette lettre fut faite après un avertissement donné à Condé que le Parlement allait s'assembler pour pourvoir à la sûreté publique : ub de ses membres avait été arrêté par les gens de Condé dans le dessein de mettre la division entre le conseil du roi et les cours souveraines. Bi'ol. imp., mss. RccupH historique, t. VII, p, 228. Recueil Thoi-j/.