DES PRINCES ET DE L'ORMÊE
soldat, moitié ministre, s'assurer des dispositions de ses coreligionnaires français et au besoin les exciter, la Fronde hordelnisc avançait à grands pas vers son dénoûment par suite de la soumission de Du Doignon. C'était du reste un singulier allié : lorsqu'il avait vu que les affaires de Condé commençaient à mal tourner, quittant M. le prince chez lequel il dînait à Tonnay-Charente, au moment où l'on allait se mettre à table, «sous prétexte de satisfaire un besoin, » il monte à cheval, passe la rivière sur le pont de bateaux et s'enfuit à toute bride vers Brouage, son gouvernement. C'était la seule place importante de la Saintonge et de l'Aunis; aussi n'épargna-t-il rien pour étendre et perfectionner les constructions de l'ingénieur d'Argencourt ; 14 vaisseaux et 7 galères stationnaient constamment dans le port.
« Ses gardes étaient au nombre de 109, montés comme des Saint»
Georges; la garnison était forte de 400 hommes déterminés, ramas d^ pillards et de vagabonds qui répandaient la terreur dans le pays environnant par leurs déprédations et leurs violences, rançonnant fermiers et marchands. »
Retranché dans ce fort inexpugnable, Du Doignon résolut de se rendre indépendant ou de se faire acheter chèrement; il essaya de s'allier aux Anglais, puis à Philippe IV d'Espagne, sans pouvoir y réussir, malgré les bonnes dispositions des deux puissances, qui désiraient vivement posséder un pareil gage entre leurs mains.
Ces échecs, en réduisant Du Doignon à ses seules forces, ne lui enlevèrent rien de son orgueil et de son assurance; lastlreté de sa position lui permettait d'arrêter une armée devant Brouage assez longtemps pour que la cour, au milieu de ses embarras, songeât à négocier; c'est ce que fit Mazarin lorsqu'il reconnut l'impossibilité de réduire