DESORDRES DES GENS DE GUERRE
de la préfecture de police) renferment les plus tristes preuves : en avril 1659, le Parlement défend aux soldats de s'attrouper, et à toutes personnes de rien acheter d'eux ; à cette époque encore ils pillent et volent ouvertement dans les maisons sous le moindre prétexte. Une bande entière, à trois heures après-midi, a osé, rue Phclippeaux, dévaliser une maison et obliger un charretier qui passait à charger les objets volés et à les mènera la place Haubert pour les vendre. Voir aussi sur ces pillages le Registre du Conseil secret, cote^ H, P 422, 18 août 1639, qui confirme tous ces désordres. Telle était la grandeur du mal, qu'une ordonnance de 1660 interdit à toute personne de porter pistolets, poignards, armes quelconques dans Paris, et organise une maréchaussée chargée d'explorer les campagnes des environs et d'y établir la police et la sûreté des routes.
Faut-il encore parcourir toutes nos provinces pour décrire une dernière fois les maux de nos pères? Celte fatigue, qui fait tomber la plume des mains de celui qui raconte cette funèbre époque, cette fatigue, les contemporains l'éprouvaient aussi, et ils continuaient de tenir leurs registres : t Au commencement de 1653, dit Lehault dès les premières lignes de son journal, année 1654, j'avais pris la résolution de quitter la suite de ce recueil... Je ferais encore volontiers le môme vœu d'abandonner la continuation de ce récit, que je poursuivrai néanmoins, afin que nos successeurs et neveux ne nous blâment point de ne leur laisser aucun héritage... » Imitons donc leur stoique courage; c'est pour l'histoire qu'écrivaient ces chroniqueurs, que l'histoire recueille jusqu'au bout leurs notes; il est bon et salutaire que les puissants sachent que l'histoire ne perd jamais ses droits,