DE SAINT VINCENT DE PAUL
abandonnant son langage d'humilité ordinaire, les avait louées comme après une tâche terminée, et avait exalté cette œuvre de femmes qui soignaient, chauffaient, habillaient et nourrissaient un royaume entier. « La Providence s'est adressée à quelques dames de Paris ; cela ne vous semble-t-il pas singulier et nouveau ? L'histoire ne dit point que chose semblable soit arrivée aux dames d'Espagne, d'Italie ou de quelque autre pays. » La correspondance de Vincent montre que, malgré le bon vouloir de ses auxiliaires, leurs ressources sont diminuées, presque épuisées ; qu'elles ne peuvent rien. Un des missionnaires songe alors à écrire au roi et demande conseil à son supérieur. La réponse du saint nous a paru curieuse :
« Quoique le roi ait fait espérer quelque aumône, on ne tient pourtant rien, parce que les rois promettent facilement, mais ils oublient (encore plus facilement, mots effacés, mais parfaitement lisibles sur l'original) d'accomplir leurs promesses, à moins d'avoir des personnes à leurs pieds qui les en fassent ressouvenir souvent. Or nous n'en avons pas ici qui aient assez de charité pour les pauvres et de liberté vers Sa Majesté pour leur procurer du bien. 11 y a quelques années que madame la duchesse d'Aiguillon n'approche pas la reine pour lui en parler, et nous ne savons à qui recourir... Le bon Dieu vous veuille bien garder d'écrire à Leurs Majestés pour aucun établissement de missionnaires, ce serait assez de cela pour leur donner lieu de se moquer de vous et de nous. Ces œuvres ne se font pas en les demandant aux hommes, mais en représentant à Dieu les besoins des pauvres, afin qu'il ait agréable d'y remédier. »
Tous ses appuis ordinaires manquant à la fois, Vincent dut probablement songer dans cette détresse publique à la charité publique, et faire en quelque sorte un pendant des premières Relations sous un autre nom. C'est à ce moment, nous le croyons, et non pas en 1652, comme le pense l'abbé Maynard, ni en 1662, comme l'a fait M. P. Clément, qu'il faut placer les placards charitables que le