‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 469 sur 503 · DU BONHOMME MISÈRE · texte numérisé non relu

DU BONHOMME MISÈRE

du mol, après s'en être moqué, le laisse partir avec les fruits dérobés, en lui disant seulement : « Allez, voisin, et n'y retournez plus. » Bien des années après, Misère a vieilli : la Mort, avec sa faux, entre un soir dans la cabane du pauvre paysan et lui ordonne de partir. Misère, qui, comme le bûcheron de la Fontaine, malgré ses souffrances tient à la vie, songe à user de stratagème pour obtenir du répit, et prie la Mort d'aller lui chercher une poire sur l'arbre où, cassé comme il est, il ne peut grimper. La Mort, qui ce jour-là est de bonne humeur, monte à l'arbre et se trouve prise au piège : il faut composer, et, pour redescendre, elle promet à Misère de ne venir le prendre qu'au jour du jugement dernier. D'où il résulte que Misère t restera sur la terre tant que le monde sera monde. »

Le peuple pouvait désespérer, mais il n'était pas permis à la société de le faire; pour elle, c'était le suicide. L'histoire mieux étudiée révèle chaque jour plus nettement les deux grandes lois qui la dominent: la continuité et le progrès. Rien ne sort de rien, et les maux extrêmes apportent avec eux leur remède ou la mort s'ensuit. L'homme tient à sa vie morale aussi bien qu'à sa vie physique par des attaches si profondes que dès qu'il sent la mort le menacer, il invente des armes pour la repousser. C'est ce que fit la société française à la suite de la Fronde. La plupart des villes qui avaient été prises au dépourvu par la grandeur du mal , dès que le calme revint un peu, établirent des hôpitaux pour soulager à l'avenir leurs malades, ou augmentèrent le nombre de ceux qui existaient déjà. Nous citerons en particulier Rouen, Château-Thierry (IG06), Poitiers (1637), Soissons (1660), etc. L'impulsion une fois donnée continua. L'i-

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nitiative janséniste se fit encore remarquer à Beauvais; le chanoine Hermant, un des intimes de Port- Royal et qui a écrit une Histoire manuscrite du jansénisme, établit à Beauvais un bureau des pauvres d'une organisation toute particulière et assez ingénieuse (165o). Mais tous ces établissements furent surpassés par l'Hôpital général de Paris, comprenant les cinq maisons hospitalières de la Pitié (faubourg Saint-Victor), de la Savonnerie, unie à la Pilié, de Scipion ou de Sainte-Marte (faubourg Saint-Marcel), unie également à la Pitié, de Bicèlreel de la Salpétrière. C'étaient des colonies pouvant recevoir de 6,000 à 7,000 habitants pauvres et destinées à débarrasser Paris des nombreux mendiants qui l'infectaient, le pillaient, et à la moindre alerte trouvaient un refuge dans les onze cours des miracles existant alors dans la capitale. Ces cours étaient des asiles impénétrables: chacune renfermait environ une population de plus de 3,000 habitants, dans les époques ordinaires ; personne n'osait y pénétrer, les attaquer, et la loi s'arrêtait impuissante à leur seuil.

Une grande part dans l'établissement de cette institution revient à Vincent de Paul ; d'abord son hôpital du Nom de Jésus servit de modèle pour l'administration; puis, avec l'aide de ses dames de charité, il donna une forte impulsion à l'entreprise. Aussi voulut-on donner à Vincent et à sa congrégation des Missionnaires la direction de cette œuvre charitable, importante ; mais, à la suite d'une longue délibération de « toute sa communauté assemblée, » il refusa (9 avril 1657), à cause, dit-il, « de beaucoup d'autres emplois qu'elle a et qui ne lui permettent pas d'en prendre de nouveaux.» Il se contenta d'indiquer au choix de l'administration, pour recteur de celte maison, un de ses disciples chéris, sonpre-

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