‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 472 sur 503 · DE LORENZO TONTI · texte numérisé non relu

DE LORENZO TONTI

des couvents. L'homme à expédients reparaît au milieu des doléances : il forme d'autres projets , l'établissement d'une nouvelle compagnie des Indes, qui pourrait procurer à l'État de 40 à 50 millions ; il conseille des plantations de mûriers sur toutes les grandes routes du royaume, pour dispenser de l'achat des soies étrangères. Tout à coup Tonti disparaît de la scène du monde : une letU'e datée de la Bastille (4 mars 1675) apprend, sans qu'on en sache la cause, qu'il gémit depuis sept ans dans cette prison, avec ses deux fils, et que sa famille vit abandonnée dans la dernière misère. Il ne demande pas sa liberté— il sait peut-être qu'il ne pourrait l'obtenir , — il désire seulement que Colbert, au nom de Dieu et par vénération pour la mémoire de Mazarin, continue d'avoirpiiié de lui etne laisse pas les siens sans assistance : t II doit 1,600 livres à l'administration de la Bastille pour ses dépenses et celles de ses fils; les 600 livres qu'on lui a données dernièrement ont été employées à l'habiller, lui et ses deux fils, à leur fournir du linge. Sa fille est chargée du reste de la famille, qui est réduite à la dernière misère.» C'est la dernière lettre qu'on ait de lui; il disparaît ensuite. On sait seulement qu'un de ses fils fut un officier distingué, et se signala contre les sauvages en Amérique *.

La vie agitée de l'inventeur une fois connue, voyons en quoi consistait son plan : il était du reste conçu plutôt dans l'intérêt du gouvernement que dans celui des particuliers. Il s'agissait, au fond, d'un emprunt volontaire que

1. Depping. Correspondance administrative soms Loms XIV, t. 111, iatroduction xxiià xxvi, et p. 17 à 22, (Bibl. imp., volumes verts C).

b58 COMBINAISONS DIVERSES

Tonti voulait effectuer, en offrant aux particuliers l'appât d'une grosse rente future. C'était une véritable association de personnes qui, au moyen de versements individuels, formaient une masse commune, destinée à être répartie à une époque déterminée entre les associés survivants. Cette opération était basée sur la probabilité de mort à chaque âge de la vie; elle offrait aux prêteurs des chances de bénéfices considérables en cas de survie, c'était en réalité une forme nouvelle de loterie. Le grand avantage du roi était, selon Tonti, d'abord d'obtenir facilement des emprunts, puisque « sans bourse délier, S. M. héritait des revenus de chaque classe par la mort du dernier d'icelle et se verrait par là dispensée du payement de l'intérêt sans rembourser les fonds. » En 1653, Mazarin, revenu aux affaires, reprit le plan de Tonti qui lui souriait fort. La môme année, un édit en ordonnait une première application, pour une somme en rentes de l,0i5,000 livres ou de2o millions en capital. La combinaison était celle-ci : l'emprunt devait se composer de 10 fonds de 10:2,500 livres de rentes chacun; les prêteurs étaient répartis, selon leur âge, entre ces dix fonds ou séries, comprenant, la première, les enfants des deux sexes, depuis leur naissance jusqu'à l'âge de 7 ans; la deuxième, les enfants de 7 à 14 ans; les huit autres, les âges supérieurs jusqu'à 63 ans et au-dessus, par séries d'ans. Chaque prêteur devait être admis dans la classe déterminée par son âge, en échange d'une somme de 300 livres, dont l'État s'engageait à servir l'intérêt annuel sur le taux du denier vingt (5 p. 100). Dans chaque classe, mais dans chaque classe seulement, la part des morts devait bénéficier aux survivants. Cet édit n'eut pas de suite, le parlement ayant refusé

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