‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 59 sur 503 · GABELLE · texte numérisé non relu

GABELLE

douaniers pour tenir la main à l'exécution de ces arrêts ; leur nom même est resté comme un terme injurieux : le gabelou. On comprend que la contrebande du sel fût populaire; le faux-saunier, ou le contrebandier des gabelles, avait toutes les sympathies des paysans et des bourgeois; on l'aidait autant que le permettait la terreur qu'inspirait tout ce qui touchait au sel. Au milieu des désordres de la Fronde, nous verrons quelle préoccupation grave cette question des gabelles ajoutait aux nombreuses inquiétudes du gouvernement, la contrebande armée avec cavalerie et canon s'exerçant en plein soleil, et exigeant des corps d'armée entiers pour la réprimer.

D'après des dépouillements officiels, la contrebande, année commune, occasionnait dans le pays trois mille sept cents saisies dans l'intérieur des maisons, et l'arrestation sur les grands chemins, de deux mille trois cents hommes, mille huit cents femmes, six mille six cents enfants, mille cent chevaux, cinquante voilures; la gabelle fournissait environ le tiers du nombre total des forçats du royaume, trois cents environ, et les prisons, pour le même délit, n'avaient guère moins de dix-sept à dix-huit cents habitants; «aussi, dit un rapport ministériel, l'agriculture est abandonnée pour suivre une carrière qui promet de plus grands et de plus prompts avantages, la contrebande du sel ; les enfants se forment de bonne heure et sous les yeux de leurs parents, à l'oubli de leurs devoirs, au mépris de la loi. > — « La gabelle, comme le ùisût Monsieur en 1787, à l'Assemblée des Notables, en voyant dérouler sous ses yeux un tableau dont il n'avait pas jusque-là soupçonné l'existence, la gabelle était une « machine infernale^ un impôt irréformable. » Il n'y avait qu'à l'anéan-

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