LUTTE POUR LES PRIVILÈGES
de Richelieu, que se dirigent tous les coups; et il n'y aurait rien de plus simple et de plus facile à saisir que la Fronde, si les intérêts divers et multipliés de toute cette noblesse dont les brillantes individualités ne pouvaient et ne savaient former un corps; si les velléités ambitieuses des compagnies souveraines mêlées à quelques désirs de réformes sincères et justes; si les aspirations vagues, mal formulées, des classes bourgeoises, si les passions de ces nombreux acleurn, et surtout les habiles et intéressés Mémoires n'étaient venus brouiller l'aspect général de cette étrange guerre civile et donner le change à la postérité sur le but et l'importance de la dernière échaulîourée féodale. La lutte, qu'on ne s'y trompe pas, est entre le pouvoir absolu et les privilèges de toute espèce ; quant à la liberté, il n'en est question que par accident, par ricochet. « Le seul cardinal, a dit un juge éclairé, confident de presque tous les partis, la princesse Palatine, le seul cardinal savait ce qu'il voulait : de l'autorité et de l'argent; les autres désiraient en général l'expulser, mais ils se proposaient encore plus de l'embarrasser pour en obtenir quelque avantage. Plusieurs s'agitent sans objet, par un besoin de mouvement et parce que l'intrigue était de bon air. Quelques grains de vengeance, toujours mêlés à beaucoup d'intérêts particuliers, furent la première cause du mouvement général; tel qui déclamait contre le cardinal Mazarin eût fait des vers à sa louange pour mille écus de pension, un autre pour un gouvernement, et ainsi de suite jusqu'au premier et au plus acharné des frondeurs. » Dans une pareille lutte, on le comprend, l'historien ne peut prendre parti dans l'un ou l'autre camp; il n'a qu'un sentiment de pitié pour les pauvres victimes écrasées dans celte guerre d'intérêts.