LA FRONDE BOURGEOISE
les brillantes années de Louis XIV, mais qui devait apparaître avec Louis XV dans toute sa réalité.
Le peuple, ne pouvant soupçonner l'impuissance radicale de ces cours souveraines, ne voyait dans leur soumission aux très-exprès commandements du roi qu'une obéissance contrainte par la violence, et dans la victoire royale qu'un inique abus d'autorité; il appelait de ses vœux une organisation meilleure, qui donnât à ceux qu'il regardait comme ses défenseurs un pouvoir presque illimité pour faire le bien, et surtout pour arrêter le mal, dont il souffrait depuis si longtemps et chaque jour davantage. Aussi pour soutenir le Parlement était-il prêt à subir les plus cruelles extrémités. D'ailleurs, malgré l'ignorance générale dans laquelle vivait le pays des événements extérieurs et des accidents de la vie des autres nations, la révolte heureuse du Portugal, l'insurreclion de la Catalogne, celles de Naples et de Sicile étaient trop voisines de la France, pour que quelques échos des cris de liberté ne fussent pas arrivés à ses oreilles. L'exemple de l'Angleterre surtout agitait tous les esprits, remuait toutes les imaginations : là, un Parlement, défenseur des droits publics, avait lutté contre son maître et l'avait vaincu; l'exil avait rejeté sur la terre de France la fille de Henri IV, exemple vivant de la fragilité des couronnes et de la force des peuples.
La Fronde, à l'origine, est donc .toute bourgeoise et parlementaire, c'est-à-dire plus défensive qu'agressive; rien ne ressemble moins encore à la lutte que les ordres du Parlement : « Le prévôt des marchands pourvoira aux approvisionnements des halles et fera retirer à vingt lieues à la ronde de la capitale les troupes cantonnées dans les villes et villages avoisinants, et qui