PRESSENTIMENT
Le vicomte de Monclave assista au service et convoi funèbre du capitaine Milot avec une fatigue extrême, suite des pénibles émotions de la matinée. Il était profondément préoccupé par sa désespérante situation de fortune ; mais, quand il reportait les yeux sur le cercueil qu’il accompagnait, c’était toujours avec cette même surprise de voir l’homme plein de force passer en quelques jours de vie à trépas... surprise qui n’était au fond, sans qu’il s’en doutât lui-même, qu’une vague terteur de succomber ainsi au moment où il y songerait le moins.
Cette lassitude, cette pesanteur de tout son être, lui fit trouver d’une longueur infinie la messe mortuaire et le chemin de la Madeleine au Père-Lachaise.
t Au moment où le cercueil fut déposé d'ans la terre, ce rou-
' lemeri des tambours voilés de crêpes, et ces détonations, qui
accompagnent les funérailles militaires, agirent encore d’une > manière extraordinaire sur ses nerfs, lui qui était l’homme le
plus difficile à émouvoir et le plus matériel du monde.
Le convoi redescendit la vaste colline où est assise la ville des morts. Le vicomte laissa les assistants s’éloigner et s’assit sur un banc, préférant se reposer un instant et rentrer seul.
Le cimetière était assez désert ce jour-là, et l’endroit où se trouvait Monclave, moins passager que les autres, restait dans une complète solitude.
L’allée de cyprès, au bord de laquelle il était assis, tracée en ligne droite, découvrait toute sa longueur infinie; la perspective absolument uniforme présentait partout les pointes d’arbres noirs, mêlées aux cimes des colonnes et des pyramides; le sable, parfaitement uni, n’était troublé d’aucun pas; le ciel, d’une teinte d opale, était aussi uniforme et calme;
. l’immobilité des nuages était complète comme celle des arbres.
Monclave était porté à la n^éditation pour la première fois de sa vie.
n y avait comme une existence intérieure de pensées et de sensations qui s'éveillait tout à coup en lui ; ses idées s'éclairaient; il voyait, à la lueur d'un jour nouveau, tout ce qui s’était jusque-là présenté à lui.
II songeait toujours à sa fortune évanouie, mais ce n'était plus comme la veille en alignant des chififres et en s’arrêtant au total , il récapitulait l’emploi qn’il en avait fait, et il se demandait si ses grands biens égoïstement dissipés avaient été payés par assez de satisfactions personnelles, si son honneur sacrifié avait été payé par assez de voluptés, enfin, s’il avait bien fait de suivre la route commune des hommes opulents et débauchés.
Et lui qui jusque-là avait été si insensible aux influences extérieures, qui, de même que les animaux marchant à quatre pieds, n’avait jamais une fois levé ses regards vers le ciel, il se sentait pénétré, devant ce tableau majestueux de la tombe des hommes, d’une indicible tristesse.
Au fond de l’allée solitaire il vit venir un ecclésiastique qui suivit quelque temps ce chemin ; puis, comme il approchait, tourna dans un autre sentier.
C’était la chose la plus simple du monde de voir un prêtre dans un cimetière, et Monclave crut sentir, à cette vue, une lame froide lui traverser le cœur. La haute taille, le port, la démarche noble et digne de ce prêtre, lui rappelaient celui qui lui était un soir apparu, le reportaient aux funestes moments où il avait été sur le point de commettre le plus odieux des crimes.
C’était la troisième fois dans la journée que le hasard ramenait devant lui ce souvenir, qui venait le troubler, le persécuter et, à ce qu’il lui semblait, lui apporter de sinistres menaces.
Il songeait même en ce moment au portrait de la marquise de Monclave, morte autrefois sous la main de son aïeul, et dont il avait, ce soir-là même, incendié l’image; il lui avait semblé un instant la voir dans l’une des blanches figures de marbre qui perçaient le feuillage, lui reprochant d’avoir reproduit l’œuvre de destruction cruelle et anéanti tout ce qui restait d’elle.
Le vicomte se leva brusquement, dans la crainte de revoir le prêtre à la robe nuire, la femme à la figure pâle, et sortit à pas rapides de l’enceinte du Père-Lachaise.
Il prit un cabriolet de place et fut en trèa-peu d'instants à la rue Saint-Florentin.
La bande joyeuse de madame de Miroville et de ses compagnons partait pour la campagne.
Tout le monde était bien repu d’un bon déjeuner, bien vêtu
i >our la circonstance, les femmes en mousseline indiscrète et égère, les hommes en coutil, avec veste et chapeau de colon, et tous un peu échauffés par le coup du départ.
— Venez donc, vicomte I lui cria-t-on de tous c£t^. Nous allions partir sans vous I
— Oui, nous allons aux bois. .. Les fraises en sont cueillies... — Mais c’est égal. . . vous savez... Dans les bois sont de doux mystères l
— Puis au retour une promenade sur l’eau I... El vogue la nacelle!...
—Oui, vivent les prés, les ruisseaux, les bois, les ânes! —Vive tout le champêtre !
— Hais arrivez donc, vicomte I
Cette gatlé était d'un Contraste insupporlahle pour Monclave dans la situation d’esprit où il se trouvait.
•--J’ai grand besoin de déjeuner, messieurs, mesdames, ditil. Partez sans moi, j’irai vous rejoindre.
—Mais coénment nous retrouverez-vous ?
— Ce n’est pas difficile... chez Leduc... le meilleur restaurant... vous y serez plus longtemps que dans les bois.
—Alors... à souper!... car il est probable que nous coucherons là-bas.
—Oui, à souper.
— Saùs manquer.
—Comptez sur moi.
Ils partirent et Monclave respira largement, en se promettant bien de les laisser aller se promener sans lui.
Il avait emprunté une pièce d’or pour sa journée à l’une de Ses Connaissances qui se trouvait au convoi ; il alla d’àbord déjeuner au café de Paris, et y prit, en effet, un copieux repas.
Ensuite, il passa le reste du jour à fumer étendu sur les chaises placées en dehors de l’établissement, et à parcourir en tous sens les boulevards.
Le 8oir> il loi en coûtait de rentrer à l’hôtel de la rue d’An-
joa, avec toutes les pensées pénibles qui devaient l’assaillir an retour, et qui étaient là plus vivantes qu'ailleurs.
11 se décida à passer la nuit dans sa petite maison^ qui était l’appartement de madame de Miroviile.
Donc, à dix heures, le vicomte rentra là. Il s'installa dans la chambre à coucher, et prit des journaux pour finir la soirée.
Les domestiques allumèrent la lampe, préparèrent le Ut, puis ils allèrent se coucher.
Monclave, en robe de chambre, commença sa lecture.
Les bruits cessèrent peu à peu dans la maison, pois dans la rue.
Cependant, le vicomte n’était pas absolument seul ; les deux singes de madame de Miroviile, qu’en l’absence de leur maîtresse on ne s’était pas occupé de mener coucher, restaient encore à jouer dans la chambre.
L’on de ces animaux, Nestor, le favori d’Ântonine, était un singe de nuit à la pelure noire, rehaussée par le ruban rouge qu’il portait au cou.
Gambade, donné par Laverrière, pour tenir compagnie au premier, était un affreux animal au poil roux, plus grand que son camarade, mais ne faisant que l’égaler en activité et >
en vigueur.
Tous deux profitaient largement par leurs jeux de la veillée qui leur était accordée.
A mesure que le silence Se faisait autour de loi. Monclave *
devenait plus distrait de sa lecture.
Les inquiétudes, les pesants soucis, qui ont bien plus de force dans la nuit, prenaient en lui la puissance poignante de oes heures pleines à la fois d’exaltation et de recueillement.
L’aspect de cette chambre de la courtisane lui rendait plus visibles aussi ses désordres et ses folies.
Il voyait ce lit de satin rose recouvert de dentelles, ces tentures de soie, ces glaces, ces dorures, ces riches tapis... puis cette toilette, surmontée d’un voile d’Alençon, et couverte de flacons de vertneil, enfermant dee parfums qui valaient des flots d’or... ces écrins entr 'ouverte... ces cachemires roulant jusque sous les pieds.
Celte chambre était bien l’abtme bordé de fleurs où sa fortune s’était engloutie; mille ornements étaient à la surface; mais au fond gisaient la ruine, le désespoir, toutes les horreurs du gouffre sans fond.
Et Monclave se demandait ce qui flottait encore an-dessos pour le consoler... il trouvait bien peu de chose.
Tandis que le vicomte se livrait à ces pensées, le singe Gambade se reposait, et Nestor, tranquille aussi pour le moment, se tenait immobile dans un coin.
Il avait son idée.
Assis sur sa queue, les deux pattes de devant croisées sur sa poitrine, la tète rentrée dans l'aititude d’un dieu indien, voici à quoi il pensait :
Lorsqu'il avait touché le matin aux lettres cachées sur la commode, sa maîtresse, jusque-là si idolâtre de sa personne, l’avait rudement soufQeté ; c’était donc du mal qu’il avait fait là; et, puisque c’était du mal, il devait tâcher de le faire encore.
L’instinct de Nestor u’était pas extraordinaire ; les animaux sentent généralement ce qui est bien et ce qui est mal : les bonnes bêtes pour faire le premier, les singes pour faire le second.
Quand on étudie les mœurs de ces animaux-là, leur malice incarnée, leur aptitude continuelle à faire des sottises, on pense que ce sont quelques diables que Satan mécontent d’eux a envoyés dans le corps d’un animal passer quelque temps sur la terre.
Dès que Nestor eut pris sa décision, il sauta sur la commode, jeta à bas les fleurs artificielles, s’empara prestement des lettres qui étaient au fond de la corbeille de laque.
Puis, après avoir accompli diverses cabrioles, il vint à M. de Monclave selon son habitude, et, en faisant la révérence, il lui remit poliment les lettres qu’il tenait.
Le vicomte instinctivement fronça le sourcil. Il voyait un paquet de lettres chez madame de Miroville qui , ainsi qu’il le savait bien, n’avait l’habitude d’en conserver aucune.
Pour son malheur, Monclave jusque-là n’avait jamais eu le moindre soupçon sur la fidélité de sa maîtresse ; il était l’homme le mieux trompé; la dupe la plus parfaite qui existât au monde.
Placé justement en cet instant sous la lueur de la lampe, il déposa son journal, et se livra à l’occupation difficile d’ouvrir l’un de ces papiers froissé, broyé, déchiqueté par lœ dents et les ongles du smge.
C'était une lettre d’amour I
D’amour cavalier, leste, insolent, tel qu’on l’adresse à de telles femmes. ■
La foudre tombait réellement sur la tête de Monclave ! Une jalousie bestiale, féroce, le déchira de toutes ses tortures, il devint tour à tour pourpre et livide, ses cheveux se dressèrent, es lèvres se couvrirent d’écume.
Ils se renversa en arrière, se tordit dans son fauteuil en exhalant des cris sourds , et se tourmentant dans des convulsions effrayantes.
En quel moment découvrait-il qu'il n'avait pas possédé seul la courtisane ? lorsqu’il venait de s’assurer qu’il avait sacrifié à cette possession tout ce qu’il avait au monde, toute son existence à venir 1
Après le premier moment d’écrasante surprise, il eut le courage de revenir à ces lettres, de les parcourir toutes.
Non-seulement on faisait l’amour à sa maîtresse, maison se raillait de lui, il était moqué, bafoué, honni... rien ne manquait à sa rage.
Et point de signature !
Il cherchait à relire encore, et ses doigts frémissants déchiraient le papier au lieu de l’ouvrir... il cherchait à reconnaître l’écriture, et son œil trouble ne voyait plus rien... il cherchait à se souvenir du sens des phrases qui eût pu l’éclairer, et sa pensée refusait de le servir.
Enfin, le vicomte repassa dans son esprit le nom de tous les hommes qui venaient chez madame de Miroville, et, comme il arrive d’ordinaire, il oublia le seul qu’il eût fallu nommer.
Pourtant, il vit un petit billet moins chifTonné que les autres, et, comme il ne s’y trouvait que quelques lignes, il pensa avoir la force de le lire.
C’était un billet qui accompagnait le don d’une pendule et de deux vases de porcelaine, style Pompadour...
Et celui-là enfin était signé Laverrière !...
Ce présent, on s’en souvient, avait été fait avec l’argent emprunté par Laverrière au vicomte.
Il se leva, marcha à pas précipités Il prit les lettres, les
déchira en mille pièces , les jeta par terre , les broya sous le talon de sa botte... 11 marcha encore, maudissant son aveuglement, son excès de bêtise, frappant son front, qui devenait bleu et saignant sous les coups de ses poings crispés.
Il songea à aller chercher Laverrière pour le tuer ; mais il lui fallut bien s’avouer que , dans son délire, il était incapable
de âe condaire, de marcher dams les rues, de trduvdr la maison de son adversaire..
Cependant il appelait de tons les cris de son âme Laver-
rièrel... Ântonine! peu lui importait mais quelqu’un à
tuer, à déchirer... du sang à voir couler I...
Brisé de ces smgoisses, il vint retomber sur une chaise longue.
— Oh ! dit-il, je me demandais tout à l'heure ce qui surnageait sur l'abtme où s'étaient engloutis mon honneur, ma fortune; Je le sais maintenant; il y reste pour moi le ridicule, la confusion, la honte la plus cruelle à dévorer I
Il versa quelques larmes et tomba dans une torpeur mortelle.
Cependant, dans ce demi-anéantissement, il rappelait à sa mémoire tous les instants, toutes les nuits où il s’en allait confiant, et où on avait dû le trahir. Aidé par les détails qu’il avait trouvés dans ces lettres, il voyait son malheur comme s’il en eût été témoin, et tous les aiguillons d’une horrible jalousie lui déchiraient le cœur.
Dans le silence de la nuit, il entendit, non loin de lui, le son d'une cloche.’.... un son qui tombait à coups lents, incertains, inégaux.
Monclave pensa que ces tintements se produisaient dans son cerveau, parce qu’il devenait fou ; car, en effet, dans beaucoup de cas de folie, le malade croit sans cesse entendre des sons de cloche.
Mais le vicomte retomba dans ses sombres méditations et le bruit revint. De minute en minute, ces sons, auxquels il trouvait une impression sinistre, résonnaient à Son oreille.
Ils tintaieùt à côté de lui, au dehors de la maison, comme Si la cloche eût été suspendue dans l’air.
Le vicomte reconnut que ce son était bien réel, mais il ignorait d'où il venait, et ü était incapable de chercher à le reconnaître.
Le silence revint ; quelques instants se passèrent dont le vicomte ne mesura pas la durée, dévoré , torturé par mille déchirements intérieurs , livré à des transports de jalousie dont le supplice croissait à chaque pensée nouvelle.
Le calme alors était complet dans la chambre et au dehors ; on aurait entendu frôler l'aile d'une mouche dans l’air.
Au milieu de ce silence , Monclave entendit le bruit d’une clef tournée dans la serrure de la porte d’entrée.
Cette fois , le vicomte ne pensa point que ce fût une illu-
sioD ; toutes les portes intôrieurps étaient restées ouvertes pour donner de l'air, et il distinguait parfaitement le bruit grinçant du fer du côté de l’entrée.
Il se dressa à demi en s’appuyant au bras de son fauteuil, et écouta. ti
La porte fut ouverte et refermée, des pas rapides avancèrent, résonnant dans l’antichambre, dans deux salons situés à la suite l’un de l’autre, puis à la porte de la chambre...
Et Laverrière entra.
Monclavene lui donna pas le temps d’être surpris de le trouver là, à la place de celle qu’il cherchait. Un tigre n’est pas plus prompt à s’élancer sur sa proie qu’il ne le fut à sauter à la gorge de cet homme, à le saisir à deux mains au collet de son habit.
Laverrière n’avait pas besoin d’explications. '
Un coup d’œil lui montra ses lettres déchirées et éparses par terre; un éclair de sa pensée lui montra que le vicomte était instruit de tout, et connaissait les plus petits détails de ses amours avec Ântonine comme lui-méme, que toute dénégation était impossible, et que le mieux à faire était de prendre les choses avec une audacieuse assurance.
Monclave, accroché à son habit, le secouait avec violence, en faisant entendre un sourd rugissement.
Cependant il parvint à se dégager do son étreinte.
— Holà 1 monsieur, dit-il, plus de convenance, s’il vous •
plaît !... Je vous ai pris votre maîtresse... mais ce n’est pas une
raison pour que nous soyons ici à nous colleter comme deux crocheteurs.
Monclave haletant ne pouvait rien répondre.
Aussi Laverrière se posa en face de lui, et continua avec une superbe impudence.
— Eh bien < oui... Je vois que vous savez tout... à quoi servirait de nier? Votre maîtresse est à moi depuis longtemps. A cette heure, elle est ordinairement seule chez elle... Je suis monté... voilà tout...
Le vicomte le regardait avec des yeux hagards et sortant de leur orbite. Cette tranquillité insolente, si cela était possible, augmentait encore sa rage.
— Je ne sais comment vous vous trouvez ici, reprit Laverrière du même ton. Ântonine ne devait aller que demain à
Montmorency; et la lumière que j’ai vue dans sa chambre à coucher m’a confirmé dans l'idéo qu’elle était ici... Je me suis promené sous la fenêtre pour attendre, comme de coutume, le signal... Un instant après, la cloche placée au balcon du salon pour amuser le singe, et qu’Antonine agite d’ordinaire pour m’avertir que vous êtes parti, s'est fait entendre... Ce sera le singe lui-niéme qui l’aura sonnée... car je ne pense pas que vous soyez instruit de ce détail... Quoi qu'il en soit, à cet appel, je suis monté, je suis entré avec ma clef... et me voici.
Cette tirade fut débitée avec une merveilleuse impertinence.
A ces mots soulignés par la prononciation, comme de coutume.. ^ avec ma clef... à ces details de trahison que Laverrière se plaisait à donner, il est impossible d’exprimer ce que ressentait Monclave ; c’était un mélange de colère et de honte qui l'anéantissait.
Il ne pouvait que proférer dans des cris à demi étouffés :
— Misérable I scélérat ! infâme I
— Voyons, monsieur I... pas d’injures, je vous prie, dit Laverrière d’un ton hautain. Je viens voir votre maîtresse, et je vous trouve à sa place.... La rencontre est désagréable, ridicule pour tous deux Mais enfin, vous le voyez, moi, j’ac-
cepte la situation telle qu’elle est... C’est encore le moins grotesque, il me semble... ainsi, tâchez de m’imiter.
Et, en effet, il avait raison.
Le malheureux Monclave, trompé, volé, dépouillé dans son amour et dans ses biens, était encore dominé par Laverrière, et, dans cette scène, toute la part d’humiliation était pour lui.
— Maintenant, continua le beau dandy, nous dénouerons l'aventure comme il vous plaira. Je vous laisse le choix des moyens.... excepté de nous battre à coups de poings comme deux goujats dans la rue.
Comme âlonclave, la tête bouleversée, ne répondait rien, il poursuivit :
—Le silence serait sans douta ce qui conviendrait le mieux... 11 faut toujours faire rendre le moins de bruit possible au ridicule... Si vous y tenez absolument, un duel pourrait aussi en finir, et, au moins, ce serait le fait de gens comme il faut.
Ce mot de duel réveilla Monclave comme un éclair qui vint briller à ses yeux.
Il reprit tout à coup sa raison et son courage.
— Ouil s’écria-t-il, un duel l... un duel où vous n’échapperez
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pas!... où je vous tiendrai devant moi I où je serai sûr de vous tuer!
— Eh bien I monsieur, dit Laverrière, demain je serai à vos ordres.
— Non pas demain I dit Monclave avec plus de violence. Misérable I vous vous sauveriez celte nuit I ,
Laverriére se mit à rire avec mépris.
— Monsieur, dit-il , vous êtes en délire, sans quoi voilà une parole que vous auriez payée cher... Mais je dédaigne les propos d'un fou... Si vous ne voulez pas attendre jusqu’à demain, il faut donc nous battre celte nuit.
— Oui ! à l’instant même I répondit le vicomte.
—C'est difficile... une chambre à coucher n’est guère un lieu de cartel... puis nous n’avons ni armes ni témoins.
Il réfléchit et ajouta :
— Cependant il ne nous serait peut-être pas difficile d’arranger les choses.
— Dites I dites 1 s’écria Monclave.
— Il y a derrière la ipaison une cour parfaitement isolée
surtout à cette heure... Des épées? j’en ai chez moi, où je
m’amuse habituellement à faire des armes... Des témoins?
à la rigueur, on peut s’en passer.
— C’est bien ! dit précipitamment Monclave. Alors, venez ! venez!...
— Un moment... les armes sont chez moi.
— Allez les chercher.
— Mais vous craignez peut-être que je ne me sauve en chemin... Alors il faut prendre la peine d’y aller vous-même.
Monclave savait bien qu’il lui était impossible de se soutenir jusque-là ; il ne se sentait de force que pour combattre et tuer son odieux ennemi.
— Allez-y monsieur, dit-il d’une voix haletante, mais songez que je vous attends. .. avec impatience.
Laverriére regarda la pendule , dit qu’il serait de retour dans dix minutes, et sortit.