SCÈNE III
Les mêmes, DEUX CONSTABLES et leur escorte, SOLDATS portant des lorehes, UN QUAKER. (Ce dernier est confondu parmi les hommes de police.)
I* r constable, montrant Deans. C’est bien lui !
IP constable. Par saint George, drôle, tu nous as donné assez de mal ; surpris en flagrant déiit, tn n’auras pas, que je crois, i’impudenre de nier. Éh prison, voleur !
job. Voleur!...
deans, à ses enfants -qui l’entourent.
Ecoutez, enfants, loi surtout, Job, qui es l’aîné et pourras le mieux ;me comprendre ; je ne prétends pas excuser ma faute, mais vous dire pourquoi je l'ai commise : pour un honnête homme, comme je le suis, la punition n'est rien, le mépris est tout, et je ne veux pas que vous me méprisiez ! Ne m’i* mitez pas, car j'ai fait une chose coupable ; mais ne rougissez pas de l’action elle-même , plus que je n’cu rougis devant vous. (,i ux Constables.) Sans nourriture depuis plusieurs jours, entouré d'enfants qui criaienlla faim, près d'une femme à l'agonie.. . elle est mort» maintenant, messieurs ! ( Ecartant du geste les Constables gui s’approchent du grabat.) Paix à son ûtne !... J ai passé dans cette cabane de longues heures d'angoisses etdedésespoir 1 Puis l’excès du malheur m’a rendu un peu de courage, et je suis parti pour la ville, avec la folle espérance de trouver de I l’ouvrage !... J’ai frappé à toutes les portes, i j’ai prié, supplié, pleuré, j’ai montré mes bras vigoureux et vanté mes robustes épaui les; partout on m'a répondu : Passez votre 1 chemin!... Ici, la tète perdue, le cœur i éteint, oubliant qne j’étais un homme, j'ai demandé à plat-ventre la part du chien , j'ai l offert de m’atteler à une voilure comme un I cheval, et de traîner une charrue comme un bœuf .. On m’a ri au nez!. .. Là, j'ai raconté | ma misère avec des sanglots dans fa voix, j’ai arraché mon cœur et je l’ai montré saignant ! à ceux qui passaient : on m’a traité de mendiant!... Eu bien, oui, mendiant!... Quand on a des enfants affamés et une femme muurante, quand on n'a pas d’ouvrage, on a le droit de tendre la main !... Donc j’ai mendié!... mais rien! toujours rien!... Alors, en passant devant l'étal d’un boulanger, le veitige m’a pris et j’ai volé un pain!... Que 1 me fera-t-on? je suis prêt à tout; mes en-
fants ont mangé I... Répondez : que me ferat-on?...
i* r constable. Pardieu ! on te pendra 1
JOB. Mon père!
deans. C’est pour m'effrayer que vous le dites.
1" constable. Ma foi non , la loi est formelle.
deans. Et que deviendront mes enfants?
Il* constable. Cela ne nous regarde pas.
deans. Mais ils n'ont plus de mère!
I er constable. Dam ! tant pis!
deans. Jla mort les tuera !
il* constable. A moins que quelque chrétien charitable...
deans. Hélas 1 >
t" constable. Cet hélas veut dire que lu n’y comptes guère; tu as raison, les bonnes âmes sont rares.
'ÉE quaker, s’avançant. Vous vous trompez, monsieur.
I** constable. Quel est cet homme?
U* constable. C’est le quaker du faubourg.
I" constable. Comment êtes-vous ici , sir quaker ?
le quakeii. J'ai vu ce malheureux voler le pain cl je me suis mêlé parmi vous quand vous l’avez suivi.
1 *' constable. Dans quel but?
LEQUAKER. Vous allez le savoir. (A Deans.) Vous ites coupable, mon ami ; mais si je ne vous excuse pas, je vous plains de toute mon âme.
deans. Ali ! monsieur 1
LE quaker, aux Constables. Vous comprenez que je ne veux ni vous tenter ni vous séduire; mais enfin, ne pourriez-vous le laisser à sa famille?
l" constable. Non... d’ailleurs nous ne sommes pasdes juges, nous.
LE QUAKER. Et il est certain que les juges le condamneront!
1" constable. Sans aucun doute; les vols «ont dev.nus trop fréquents et il faut en Gnir avec celte...
le quaker, vivement. N’achevez pas!
Il' constable, à Deans. En route 1
le quaker, d Deans. Puisque je -ne peux vous sauver, je veux du moins que vous emportiez une consolation l-Cclui qui vous parle n’est ni riche ni puissant... il n’a qu’une bien petite rente amassée par son travail, et comme il lui faut peu d’argent pour vivre, il donne le reste ï ses frères... Quelques grands du monde l’ont parfois aidé dans de bonnes œuvres, et il espère que leur protection ne lui manquera pas encore aujourd’hui. — Voilà donc ce que je vous promets après ce que j’ai vu ici : Vos enfants seront élevés par la charité publique jusqu’à ce qu’ils soient d’âge à gagner leur vie; quant à moi , qui suis trop pauvre pour me charger de tous , j’adopte, devant Dieu, l’alné qui héritera de moi comme un fils de mon sang.
deans. Est ce un rêve?.. . Oh I monsieur, monsieur 1... A genoux, petits, et montrezvous dignes de ce bienfait ! (Les enfants s'agenouillent devant le Quaker.) jor. Je vous le jure, mon père !
1" CONSTABLE, bas à l’autre. Ces quakers ont des lubies... Est-il bon de se charger de cette marmaille!
il' constable. C’est qu’il y en a... Ces gens du peuple n’y regardent pas.
deans, d part. Mais alors je ne veux pas du déshonneur ! je ne veux pas du supplice !
[Haut.) ■ Adieu, Jobl adieu, tousl... (Au Quaker.) Votre main, monsieur !
1"' CONSTABLE, d Job qui l’implore.' C’est impossible... (A Deans.) Suivcz-nous!
deans. Vous suivre!... jamais 1 (Il se frappe avec le couteau.) le quaker. Grand Dieu i deans. Meg, ai tends-moi ! ... pauvre âme !
(Il tombe auprès de sa femme.) les enfants. Non père ! mon père 1 I" constable. Niort !
le quaker. Le malheureux !
U' constable. Il ne s’est pas manqué, ma foi !... Allons faire notre rapport! (Tous sortent, excepté le Quaker.)
job, au Quaker. Vous restez, vous, monsieur?
t e quakeb. Pour prier avec vous sur ces deux cadavres et vous aider à creuser leur fosse!... .