‹ La misere drame en cinq actes, precede de l'Irlande, prologue en un acteChapitre 6 sur 40 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

WILLIAMS DICKSON, ELENA, SI» KKM- BLE, SIU PETERS, SIR GEORGE, Convives des deux sexes.

SIR KEMBLE. Allons, un dernier toast avant que ces dames n’aillent au salon .

SIR george. A lady Eléna Kcmble, la jeuneet belle épouse de sir Williams Dickson !

premier gentleman. A sir Williams Dickson , l’heureux époux de lady Eléna Kcmble.

deuxième gentleman. Longue vie et long bonheur aux nouveaux marital TOUS. Aux nouveaux mariés!

DICKSON. Merci de vos souhaits, parents et amis. (Tous les convives quittent la table.)

eléna, d sir Kemble. Ne tardez pas trup à nous rejoindre.

SIR kemble. Le temps de sabler quelques verres d’Oporto, quelques rasades de Whiskipuncb, et nous quittons la table.

ELÉNA, à part. Pourquoi ce jeune homme a : t-il refusé de venir? (Haut.) A bientôt donc. (Elle sort avec toutes les femmes.)

SIR kemble. Nous voilà seuls; à l’œuvre, francs buveurs I que les flacons sc vident et que les gosiers s’emplissent!... Ah ! c’cst un beau jour pour le vieux Kemble!... Votre main, mon gendre ! Mais à propos, si nos hôtes le permettent, j’ai quelques mots h vous dire en particulier.

DICKSON. Je suis à vos ordres, monsieur.

(Ils vont tous les deux à l'écart et se parlent bas.)

pbemier gentleman. Savez-vous que Dickson fait là une bonne affaire!

sir george. La fille est fort riche!

sir peters. D’accord ; mais 'Williams est un habile homme... Il joue à la Bourse comme un démon, et je ne connais pas de spéculateur plus heureux.

deuxième gentleman. De plus, il a pris ï bail, comme Middleman, presque toutes les terres du comté, et il gagne des sommes folles à ce méticr-là.

sir peters. Oh! ceci eu plus douteux...

La misère est au comble en Irlande et les fermiers tenanciers lie payent pas.

sir george. Je vous garantis que Dickson se fait bien payer, lui.

troisième gentleman. On dit, en effet, qn'il les pressure de la bonne façon.

premier gentleman. Le moyen de tirer quelque chose d’uue éponge sans la tordre !

troisième gentleman. C’est on ne peut plus juste.

deuxième gentleman. Décidément, voilà un mariage des mieux assortis.

premier gentleman. Leur conversation dure bien longtemps.

sir peters. Quelque discussion d’intérêt, sans doute.

PREMIER GENTLEMAN. BUVOQS, IIOUS!

SIR kemble C’est là, je vous le répète, mon cher Williams, un acte de politesse indispensable.

Dickson. .Mon Dieu, je ne suis ni plus fier ni pins impoli qu’un autre, mais je ne comprends pas la uécessité de cette nouvelle démarche.

sir kemble. Uu refus me désobligerait.

Dickson. S’il en est ainsi, monsieur, je cède.

sir kemble. Mais teuez, voulez-vous que j'en appelle à nos convives pour savoir lequel de nous deux a raison ?

Dickson. Faites, monsieur, faites. (Ils se rapprochent de la table.)

sir kemble. Voici ce dont il s’agit : hier, à la promenade, vous b' savez tous, un étranger se jeta résolument à la tête de nos chevaux qui s'étaient emportés , et il nous sauva au péril de ses jours d’un danger très-grave. Eli bien, ce jeune humilie qui s’est presque dérobé à nos remercîments, habite celte maison, et je suis d’avis qu’on l’invite à venir trinquer avec nous... .Mon gendre s’y oppose.

TOUS. Pourquoi^?

DICKSON. Parce que je l’ai fait prier, ce matin, d’assister à mou repas de noces, et qu’il a refuse nettement.

SIR kemble, avec reproche. Vous lui avez envoyé un domestique.

DICKSON. Pouvais-je grimper à sa mansarde ?

sir kemble. Votre père, qui fut un ouvrier comme moi, en habitait une plus pauvre et plus étroite encore, peut-être! Vous oubliez trop le passé, sir Williams.

Dickson. Permettez, je serais un sot de ne pas l’oublier. J’ai su m’éle.er au-dessus de la classe de laquelle je suis sorti, et j’ai le droit d’en être fier. Exemple : (Il désigne son portrait aux con vivre.) Ma mère m’avait fait peindre autrefois dans une détraqua assez modeste ; depuis que la chance in’est venue, j’ai fait retoucher cette peinture, et le portrait du simple commis de banque est

devenu celui d’tm homme du monde. Eh bien, cher monsieur Ketnblc, il en est de l'original comme de la copie... sir "Williams s’est acheté un habit neuf, il à n is le vieux au rebut et n’y songe plus... Voilà tout.

sir semble. Cependant. ..

DICKSON. Laissons cela, je vous prie, et

revenons b votre protégé Nos chevaux

s’emportent. Un homme sc troutc là et fait ce qucj’eussc fait à sa place, .. Nous le remercions, il s'éloigne; j’âpprcndsqu’il est mon voisin, je l’invite à ma noce, il refuse; noussomtnes parfaitement quittes. A l’exception de quelques coups de chapeau de temps à autre, nous ne nous devons plus rien désormais , dussions nous vivre cent ans tous les deux.. . Pardieu! je n’éptouve pas le besoin de connaître davantage ce monsieur, et je le suppose dans les mômes dispositions à mon égard. . . Ne trouvez-vous pas que mon citer beau-père prend la chose trop à ccetnr?

sir semble. Vous avez plus d’esprit qne tnni, "Williams, mais vous ne m’ôterez point de la tôle que j’ai raison.

Dickson. Ainsi, vous tenez absolument à monter vous-môme cinq étages it à nous amener notre libérateur?

SIR kemiu.k. Ai-je tort, messieurs?

TOUS. Non, non !

Dickson. Allez donc, monsieur, et soyez plus heureux que moi dans vos invitations.

SIR kemble. A la bonne heure, Williams.

(Il sort.)

sir george. J’avoue que, pour ma part, j’ai hâte de le voir.

Dickson. George qui compte sur un héros de roman. .

DEUXIEME GENTLEMAN. Est-il bien ?

Dickson. Pas mal.

SIR george. Quelle espèce d’homme?

Dickson. l!u milieu entre l’agitateur et le philosophe... (’.e pmitain-là doit s’occuper de sauver le monde et avoir dans sa poche quelque évangile nouveau.

troisième gentleman. Mais c’est vraiment très-curieux.

DICKSON. N’est-ce pas?... Je m’étonnerais fort que sir Pélcrs, qui est à la tête de ia police, n’eût pas quelques notes sur lui.

sir peters. Comment s’appelle-t-il?

DICKSON. Job Ocans.

sir peters. Job Deansl... Attendez donc!... (Il lire un papier Jeta poche et l’examine arec attention.)

Dickson. Quaud je vous le disais, sut peters. Trente ans?

Dickson. A peu près, stn peters. Teint pâle?

Dickson. C’est cela.

sir peters. Nez aqttilin?

DICKSON. Oui.

sir peters. barbe noire et longue ?

DICKSON. Alt ! il n’y a point de barbe, sut peters. Ou peut l’aioir coupée.

DICKSON. En effet.

sir george. Dieu me damne. Péter., c’est un signalement que vous tenez là !

Dickson. L’agréable connaissance que me procure mon beau-père!

SIR PETEUS. Ale pmnettrez-vons , AVilliants , de faire quelques questions à cet étranger?

I Dickson. Autant que vous voudrez.

premier gentleman. Voilà qui devient piquant.

Dickson, (1 Peters. Ah ça, n’allez pas nous prendre |tmtr scs complices, an moins.

sir peters, rianr. Soyez tranqudlc.

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