‹ La misere drame en cinq actes, precede de l'Irlande, prologue en un acteChapitre 7 sur 40 · SCENE H · texte numérisé non relu

SCENE H

Les Mêmes, JOB DEANS, SIU KEMBLE.

sir kemble. Je vous présente monsieur Job Deans.

jor, à Dickson. Excu'cz-moi, monsieur, de n’avoir ptt accepter votre invitation de ce matin, mais je vis très-retiié ; je ne suis pas un hôte joyeux, et sans les instances de sir Kemble.. .

Dickson. Nous n’aurions pas le bonheur de vous posséder. A lui et à vous, monsieur, tons nos lemerciments.

sut kemble, à part. Mon gendre est fort poli, quand il veut.

job, it part. Il y a ici de la haine contre moi.

SIR kemble. Buvons!...

sir peters, Ixis, h Dickson. Commencez les questions, Williams, je continuerai.

Dickson, d Job. Habitez-vons Waterford depuis longtemps, monsienr?

JOB. Depuis huit jours seulement.

Dickson. El vous yen ■/....

JOB. D’Angleterre, où j’ai passé vingt ans.

DICKSON. Vous n’étes pas Irlandais?

JOB. Si, vrai Dieu ! jusqu’au bout des nnj gles! mais mon père adoptif était Anglais, et j’ai dû le suivre à Londres... Je. n’en sois | revenu qu’après Ini avoir fermé les yeux.

Dickson. Vous avez hérité, an moins?

JOB. D’un peu d’argent et de beaucoup d’honneur !

1 Dickson. Et votre père... fautre... est ■ mort aussi, sans doute ?

job. Mais c’est un véritable interrogatoire, sir Dickson.

Dickson. Le mot est dur, monsienr.

job. Il est juste !

sut kemble, à part. Que diable ont-ils donc?

JOB. Poursuivez, du reste, je suis heureux de vous satisfaire sur toute chose.

Dickson. Donc, monsienr votre père...

JOB. S’est tué d’un coup de couteau, près 1 du cadavre de ma mère, morte de faim et de froid... (mouvement parmi Ici convives) il s’est tué, parce qu'il avait volé du pain pour ses enfants et qu’il échappait au gibet par le suicide... Je ne marchande pas les mots, comme vous voyez.

sir kemble, à part. Humph !... aurais-je fait une sottise ?

sir peters, à part. Ce souvenir...

job. Si vous me l'cinandcz maintenant quel fut le sort de ma sœur et de mes frères, je vous répondrai : I.a charité publique les a nourris de son aumône pendant plusieurs années: puis, un beau malin, elle Usa jetés sur le pavé de la ville et leur a dit : Gagnez votre vie à présent, si vous pouvez !... ma conscience est tranquille, j’ai fait mon devoir, faites le vôtre I... Quant à moi, j’ignore ce qu'ils sont devenus et je viens ici pour i’apprendre : ma pauvreté vient porter secours à leur misère ; par malheur, je n’ai pu encore retrouver leurs traces.

Dickson. Eh ! voilà qui se rencontre à merveille ! sir Peters est chef de la police et en sa qualité d’homme bien renseigné, pourra vous donner de leurs nouvelles...

n’est-ce pas?

sir peters. Certainement.

job. Vous me rendrez là un service ?

sir peters, se levant. En êtes-vous bien sûr?

JOB. 11 me semble, monsieur, vous avoir déjà vu quelque part ?

sir peters. Eu effet, j'étais un des constables chargés d’arrêter votre père... grâce à mon zèle, à ma bonne conduite, j'ai monté rapidement en grade.

job. Je vous en félicite... J’ai fait mon chemin aus-i, j’ai appris à être patient ..

Ayez l'obligeance, monsieur, de me donner les renseignements que je vous demande.

SIR peters. Comme vous l'avez dit, la société prit soin des vôtres, jusqu’à l'âge de raison ; elle leur donna le pain du corps et le pain de l’âme, elle lenr prodigua dans son inépuisable tendresse, les bons exemples, les sages conseils, Iis principes honorables, puis elle se sépara d’eux à regret, pour adopter d’autres orphelins.. . Vous allez voir comment ils se montrèrent digues de cette exce lente mère. . .

JOB. Qu’est devenu mon frère Smith ?

sir peters. Promenez-vous demain par la ville, regardez bien tous les ivrognes qui battent les murailles, qui dorment dans la boue, qui hurlent au seuil des tavernes: Le plus déguenillé, le plus abruti, le plus hideux, sera Smith IJeans, votre frère!...

JOB. Merci... Et Toby ?

sir peters. Sur les douze mois de l'année,

il eu passe dix dans les cachots, en attendant qu’il n’en sorte plus: C’est un voleur émérite...

job. Et Eeargus ?

sir peters. Oh ! celui-ci fait profession de meurtrier et d’incendiaire !.. c’est le chef de ces terribles hommes blancs qui désolant la contrée, empêchent les fermiers de payer leurs redevances, organisent la résistance au fisc et la révolte, se donnent enfin pour mission de venger les misères du [vcuple sur les agents de la loi et les personnes paisibles... J’ai là son signalement, je suis à sa poursuite, et j’espère bien qu’un de ces jouis lagvotcnce fera justice de ce misérable 1. ..

Dickson, ri part. Peste ! vous n’êtes pas heureux en patenté, mon cher monsieur.

JOB. El Joint Deans ?

sir peters. Je suis fort aise d’avoir enfin une bonne nouvelle à vous apprendre : c’est le seul qui ait bien tourné...

tocs. Ah !

jor. Voyons, monsieur.

sir peters, ri un laquait. Dites à mon domestique de monter.

Dickson. Votre domestique?

SIR PETERS. Oui !

JOB , « part. Encore un nouvel affront à dévorer ! contiens-toi , mon cœur !

SIR K FAIBLE , ri part. Décidément j'ai fait une sottise.

— scène' III.

Les Mêmes, JOHN DEANS.

JOHN, ri sir Peters. Monsieur m’a fait demander ?

sir peters. John , embrassez votre frère Job.

JOHN. Mon frère ?

job. Oui , ton frère , qni est bien joyeux de te revoir! Ce brave John! mais viens donc là !..

John, à tir Peters. Monsieur permet!..

( Ils s’embrassent. )

Dickson , bas. Comme c’est touchant !

JOR, ri John. Voyons, es-tu heureux?..

JOHN. Oh 1 j'ai un excellent maître !

job. Tu as donc oublié qu'il causa la mort de ton père ?...

john. Quand on a sa vicàgagncr, on doit oublier bien des choses !

Dickson. Il est plein de bon sens ce garçon.

Sin peters. Un sujet parfait et qui a beaucoup de religion.

JOB , à John. Ainsi , tu es heureux I

JOHN. Comment ne le serais-je pas ? Bien traité, bien nourri... bien vêtu... A propos, frère, que dis-tu de ma livrée?..

JOB. Ta livrée , pauvre John !

Dickson. Elle est de très-bon goût, sir : Peters.

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