DÉPOTS DE MENDICITÉ
être supprimée. Je ne dis pas qu'il ne soit pas possible d'employer contre elle d'autres remèdes, et j'indiquerai même, plus loin, ce que la charité privée pourrait faire à cet égard ; mais il me paraît tout à fait nécessaire d'avoir des dépôts de mendicité, ou tout au moins des colonies agricoles, tant pour ces pauvres infirmes qui, pour obtenir une aumône, vieimeni exposer leurs plaies sur la voie publique, ce qui ne devrait pas êtreloléré et ce qui peut avoir de fâcheuses conséquences, que pour ces mendiants de profession, qui voudraient vivre aux dépens des autres sans travailler,
A ces divers titres, ces Etablissements rendent de bons ser\ices et sont un utile complément de l'hospice et du bureau de bienfaisance.
Quoiqu'il soit difficile de corriger un mendiant endurci, on s'efforce dans les Dépôts de mendicité d'avoir une action morale et religieuse sur ceux qui s'y trouvent, pour tâcher de les retirer de la mauvaise voie dans laquelle ils sont engagés.
L'enquête parlementaire de 1872-73 a fourni à leur égard des renseignements et des avis très contraires ; mais il n'en est pas moins vrai quej si les Dépôts de mendicité étaient supprimés, comme quelques personnes le demandent, le
lOO LA MISERE
nombre des mendiants augmenterait considérablement.
Dans l'ensemble de nos institutions philanthropiques, ces Etablissements doivent donc avoir leur place ; leur organisation est bonne ; ils sont en général bien administrés et bien dirigés. La seule observation qui puisse être faite à leur égard, c'est qu'il conviendrait de les placer, autant que possible, à la campagne, plutôt que dans les villes. Ils deviendraient alors, en quelque sorte, des colonies agricoles, ce qui serait une transformation désirable, car non-seulement le grand air est favorable à la santé, mais le travail des champs, tout en étant plus sain que celui de l'atelier, a aussi une influence morale beaucoup meilleure.
Voici quelques statistiques sur les Dépôts de mendicité en France (i) :
NOMBHE ANNÉES de dépôts NOMBRB SOMMES
de mendicité d'inditidui dépensées
(0 Statistique de la France, 1875. -^Imprimerie 'Nationale.
DÉ r*OTS DE MENDICITÉ .-.,,. . , Ipl ,
Tel devrait être, sans entrer dans tous les détails que le sujet comporte, le rôle de Vassistance publique.
Son organisation, qui a été depuis des siècles, et principalement depuis la Révolution de 1789, la préoccupation constante detant d'hommes .distingués, est arrivée en France à un haut degré de perfectionnement ; nos hospices, nos hôpitaux, nos différents asiles, et, en général, nos institutions philanthropiques sont très appréciés; on y trouve peut-être un peu trop de réglementation, une trop grande minutie ; mais ce sont de ces défauts qui peuvent être facileoient corrigés, et il y a peu de chose à y changer.
11 n'y a donc pas un nouveau système d'assistance à créer, il n'y a rien à détruire, il n'y a qu'à développer ce qui existe, à le compléter, et à le relier aux efforts individuels qui doivent être encouragés et dont nous allons nous occuper maintenant.
En associant ainsi toutes les forces vives du pays à la solution du grand problème de la misère, on arrivera à le résoudre, non pas brusquement par un décret, mais graduellement par des améliorations successives.
l'assistance privée
nous dit le Christ, et "d'un mot il résc problème de la misère, car aimer, c'es
Si la charité est un devoir absolu p< ont de la fortune, il n'est pas nécessaire pour faire le bien; chacun, dans la m moyens, peut être utile aux autres, c ne consiste pas seulement à donner, i à aimer, et souvent une bonne parole d'ami valent mieux qu'une aumône, ne suffit pas de se laisser aller aux bon; de son cœur pour bien faire la ch; encore la faire avec intelligence et di Elle a trois formes principales : l'aun rue, la charité chez soi et la visite du ] micile.
Dans le premier cas, on est anen infirmité, souvent plus apparente que r une misère trop souvent simulée ; m; la vérifier ? Il faudrait s'arrêter, parle qui vous tend la main ; il faudrait demander son adresse et aller le voir < serait bien long , bien ennuyeux, facile de tirer quelques sous de sa pocl:
bien qu'ils ne passent au cabaret ] ménage, mais on se dit qu'il vaut
rcompte. de sa vie, des causes de son indig des moyens qu'il convient d'employer ] relever.
Faire la charité sans avoir vu la deme pauvre, c'est la faire au hasard et produire ; plus de mal que de bien. Il est donc tndisp de l'avis de ceux qui s'intéressent aux p d'aller les visiter chez eux ; ce n'est pas qu'i l'intérieur d'un pauvre bien connu, on ne .lui distribuer chez soi ce dont il a besoin ; grand principe doit consister â ne donr lorsqu'on connaît et qu'on a vu de ses yeux.
Et remarquez que ces visites ont un doul:
des plus importants.
D'abord, quand le pauvre voit entrer un charitable qui s'intéresse i lui, le ques l'encourage, et lui dit quelques bonnes | n'est-ce pas comme un rayon de soleil qui dans sa mansarde toujours sombre, ou cou ange qui lui est envoyé par le bon Dieu ? donc de l'impression salutaire qu'une pareil peut produire ! -
Ou bien, lorsqu'un homme âgé, à i blancs, se donne la peine d'aller visiter une
V famille, un ouvrier malade, n'est-ce pas pour eux une démarche qui les honore, qui les relève, et ne reprennent-ils pas courage à la seule pensée qu'ils ont un protecteur et qu'ils ne sont pas délaissés ?
Enfin, lorsqu'un jeune homme ou une jeune fille vont apporter dans un intérieur triste et découragé quelques vêtements et quelques secours, qu'ils s'asseyent un instant à côté du lit d'un malade pour lui lire quelques passages de la Bible, ce livre consolateur, n'y a-t-il pas là pour le pauvre de quoi relever son courage ?
Visiter le malheureux chez lui produit donc les meilleurs résultats. N'est-ce pas en effet un des moyens de rapprocher les classes, d'éteindre les haines d'en bas et de diminuer les défiances d'en haut?
Ne sommes-nous pas tous solidaires, et les souffrances des uns n'ont elles pas leur contre-coup sur les autres ?
Le pauvre est, du reste, extrêmement sensible ; une visite lui fait souvent plus de plaisir qu'une aumône ; il en garde longtemps le souvenir : elle est un honneur dans son existence déshéritée, et il en est reconnaissant.
Pour les personnes charitables, ces visites ont
aussi un grand avantage. Qjiand on ne voit de gens plus malheureux que soi, on est fac; disposé à être mécontent de son son, à ne précier ce que l'on a, à vouloir davantage, ; der d'un œil d'envie au-dessus de soi.
C'est le moyen d'être toujours malheureu
Quand, au contraire, on visite les pauvre; à la vue de leurs souffrances et de leurs diff on compare leur vie à celle que l'on a soîon devient humble et reconnaissant,
La charité individuelle est aussi utile à ce donnent qu'à ceux qui reçoivent; il convier de l'encourager et de la guider.
Il faut l'encourager, parce que la charité nistrative, quelque dévouée qu'elle puisse è remplacera jamais l'action directe d'une an ritable qui veut se dévouer. La charité pi aura toujours quelque chose de sec et de elle agira forcément d'après certaines règle; feront paraître sévère, tandis que la charité duelle, douce et compatissante, fait autant i à l'âme qu'au corps.
Mais il ne suffit pas de l'encourager, il faut la guider ; en effet, la pratique de la cha une science qui a besoin d'être étudiée au
LES CRÈCHES lOQ
OU les institutions philanthropiques privées ont cet avantage sur l'individu; que leur action est plus constante et plus durable.
. La charité privée, tout en agissant individuellement, doit donc avoir recours à l'association pour exercer l'influence qui lui appartient ; aussi devonsnous étudier maintenant quels sont les principaux moyens d'assistance qui sont à sa disposition.
§2. — Crèches (i).
Les Crèches ont pour but de recevoir et de garder pendant la journée, depuis le premier mois de leur naissance jusqu'à l'âge de 2 ou 3 ans, époque à laquelle ils sont reçus dans la salle d'asile, les petits enfants pauvres, dont la mère est obligée, pour subvenir aux besoins de la famille, de travailler hors de son domicile.
(11 Voir Dictionnaire (V Economie charitable^ par Martin-d'Oisy, tome VIII. pages 753 et suivantes, i855. — Paris. Manuel de la Crèche^ par F. Marbeau, 1867. — Paris.
LES CRECHES
institution mieux organisée et plus sain les Crèches.
Elles se composent en général de di d'une petite cuisine et d'une cour ou c Dans une chambre se trouvent les berc petits lits, dans lesquels on place les i doivent dormir, et dans l'autre on met noir où les enfants un peu plus gran jouer, se promener et s'asseoir. En i tient le plus possible au grand air.
L'agglomération des enfants étant t cheuse, surtout par suite de la facilité a^ ils se communiquent leurs indispositioi force de ne pas avoir plus de vingt enfan Crèche, et dans ce cas, deux femmes su les soigner.
Malgré le paiement d'une cotis Jtîon, ( parviennent rarement h faire leurs frai; presque toujours une charge pour leurs :
On calcule, en général, que chaque eni en moyenne, à 46 ou 50 centimes pai comprendre les frais d'installation qui 1 reste, pas très coûteux.
Pour les soutenir et pour en encours dation, M. Marbeau a créé la Socielé des <
SOCIÉTÉS PROTECTRICES t
diminuer le nombre des enfants trouvés < donnés, en facilitant leur éducation, elles raient déjà d'être encouragées et propagé* une institution utile partout, et qui, dans 1 industrielles, devient presque indispcnsabl
i î . — Sociétés proteclricis de l'Etifai et Sociétés de Charité maternelle.
Ces Sociétés ont pour but de ; mes en couches et d'encourager l'allaiten enfants par la mère, pour remédier aux i nients qui ont lieu lorsqu'ils sont nourris s lement ou placés à la campagne.
Elles donnent en général, à cet effet, un et une rétribution mensuelle, pendant ur nombre de mois, pour permettre à la i mieuï: soigner son nourrisson.
Instituées pour la première fois vers 1 siècle dernier, sous la protection de la rein Antoinette, les Sociétés de charité matei sont beaucoup développées ces dernières
On en comptait 78 en 1868, et elles avaient employé 662,474 francs à secourir 17,645 familles. Les frais d'administration ne s'étaient élevés qu'à 28,750 francs.
Elles sont autorisées par le Préfet et peuvent être, reconnues comme Etablissements d'utilité publique. Dans ce cas, elles sont aptes à recevoir des dons et legs.
Ces sociétés rendent les plus grands services, et, pour tous les cas où la mère n'est pas obligée d'aller travailler dans un atelier hors de chez elle, elles sont bien préférables aux Crèches, On ne saurait donc trop en encourager la fondation, d'autant plus qu'elle ne nécessite pas de grands frais, et que l'organisation de ces sociétés est, en général, fort simple.
Le moyen pratique de les créer, est de provoquer la réunion de quelques dames, qui s'entendent avec un médecin pour la surveillance médicale des mères et de leurs nourrissons, et cherchent les ressources nécessaires, soit par des souscriptions annuelles, qui donnent droit à recommander des familles, soit par des quêtes, des ventes, des concerts ou des conférences. — Chaque dame ^ est chargée d'un certain quartier ou de quelques famih-
les, qu'elle doit sun-eiller. Les demandes de 1; tes et de secours doivent être adressées à la p dente de la société, qui, par elle-même ou pat des dames de quartier, prend les renseignen nécessaires. Le comité se prononce alors sur portunité des secours à donner, et décide toi qui concerne la société (i).
§ 4, — Comités de Patronage, de Placemen de Rapalriemenl et d'Emigration.
Un des moyens d'action les plus certains t plus faciles de l'assistance individuelle est, contredit, l'organisation des comités dont nou nons d'inscrire les noms en tête de ce cliapiti ne faut ici ni grandes ressources, ni locaux ciaux, ni installations compliquées; il suffi quelques personnes de bonne volonté, formar Comité et décidées à se dévouer.
Le Patronage est le véritable moyen de sou
I) LaSacJét: pratcctrk