‹ La misère: son histoire, ses causes, ses remèdesChapitre 31 sur 50 · RÉFORME ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

RÉFORME ÉCONOMIQUE

les questions économiques et commerciales, qu'il renonce aux privilèges et aux jnonopoles qui, en favorisant quelques-uns, nuisent au plus grand nombre, qu'il laisse enfin le plus de liberté possible.

Je ne demande pas cette liberté complète et immédiate. Un changement brusque de système n'est pas meilleur dans les questions économiques que dans le domaine politique ; les progrès, pour être durables, doivent être graduels, mais continus ; et, il faut laisser à l'avenir le soin de réaliser bien des réformes qu'il serait prétentieux de la part d'une génération de vouloir accomplir subitement.

Il y a quelques siècles, il existait en France, de province à province, des droits considérables sur les produits, même les plus nécessaires à l'alimentation. Il en résultait qu'on mourait de faim en Bretagne, tandis qu'on ne savait que faire de son blé en Normandie ; ici, la récolte avait été belle, là, elle avait été mauvaise ; mais les droits empêchaient les échanges, au grand préjudice des deux parties.

Aujourd'hui, nous n'en sommes heureusement plus là ; et qui ne reconnaît que la suppression de ces barrières a été un immense bienfait ? La misère

^' ' ,-"--rr(f Piil

l68 LA MISÈKE

n'est-elle pas bien moindre et le bien-être beaucoup plus répandu ?

Mais les grands Etats actuels ne peuvent-ils pas être assimilés, jusqu'à un certain point, aux provinces d'autrefois, et sur ce champ plus vaste, les mêmes causes ne pourraient-elles pas avoir les mêmes effets ?

C'est ce qu'on a pensé ces dernières années, et la réforme économique de i8éo, en faisant passer la France du régime de prohibition, c'est-à-dire de l'isolement, à celui de la simple protection, a ouvert la voie aux échanges internationaux. Ce n'est pas la liberté commerciale qui a été adoptée, loin de là, puisque les droits sur la plupart des objets manufacturés s'élèvent encore de lo à 25 %, maisle principe était admis, les intérêts engagés étaient sauvegardés, et la réforme se faisait avec la lenteur qui caractérise les changements durables.

Il ressort aussi de l'expérience tentée en i8éo, ^ que l'augmentation de travail, qui a été considérable, puisque le mouvement de nos importations et exportations réunies était en 1859 au commerce spécial de 3,097 millions, tandis qu'il a atteint le chiffre de 7, 5 64 millions en 1876, — a eu pour conséquence une notable élévation des salaires, et une

RÉrORUE ÉCONOMIQUE ifî^

diminution dans le prix des principaux articles de consommation. C'est là un immense bienfait pour la classe ouvrière, c'est-à-dire pour la grande majorité du pays.

La continuation de la marche libérale adoptée en i8éo, la suppression des monopoles et la diminution des privilèges, paraissent donc être la ligne de conduite indiquée naturellement ; et, au point de vue particulier qui nous occupe, celui de la diminution de la Misère par l'augmentation du travail, cette marche en avant est de la plus grande importance.

De même que, par une mauvaise législation économique, l'Etat peut diminuer les sources du travail et augmenter les causes du paupérisme, de même, par des lois commerciales et industrielles intelligentes, il peut contribuer largement à répandre la prospérité ; le rôle de l'Etat dans cette grande question est donc considérable ; car ne vaut-il pas mieux encore prévenir la misère que d'avoir à la soulager ?

Voilà, en quelques mots, ce que la charité préventive publique ou admmistrative peut et doit faire, si elle est décidée à combanre vigoureusement le paupérisme ; voyons maintenant quel

Page 1