‹ La misère: son histoire, ses causes, ses remèdesChapitre 39 sur 50 · M OD · texte numérisé non relu

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Les maisons qu'elle construit sont toujours séparées et ne peuvent servir qu'à un seul ménage; elles contiennent en général 4 chambres, une cuisine et une cave ; leur prix varie de 2,600 à 3,300 francs, et pour devenir propriétaire en 14 ans d'une maison de 3,000 francs, l'ouvrier est obligé de payer d'abord une somme de 300 francs pour acquitter les droits et les frais de contrat, puis 25 francs par mois (i).

S'il avait été simple locataire, il aurait payé pour le même logement au moins 18 ou 20 francs par mois ; ainsi, moyennant un petit surcroît de dépenses, il deviendra propriétaire de sa maison au bout d'un certain nombre d'années, et il en aura joui à dater du jour de son contrat.

Cette combinaison est aussi simple que productive d'excellents effets, car l'ouvrier, qui a l'espérance de devenir propriétaire, consacre tous ses soins à sa maison ; il prend goût à son intérieur cultive lui-même son jardin, abandonne le cabaret et devient un véritable conservateur.

<c C'est l'appel à ce sentiment de propriété qui

(i) Pour de plus amples détails voir : Les Cités ouvrières Je Xfulhouseet du Haut-Rhin^p&r A. Penot. 1867. ~ Mullwuse, imp. Badcr. — Paris. Kugène Lacroix.

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« constitue roriginalité de la Société mulhousienne, « dit M. E. Levasseur (i). Ailleurs des philan- « thropes ont élevé de grands bâtiments dans les « villes ; des fabricants dans les campagnes ont c( construit de petites maisons près de leur usine ; « mais leur desseiji s'est borné à procurer des logées ments conmiodes à prix réduit ou à titre gratuit. (( Donner la propriété, c'est-à-dire attacher au sol « une population pauvre à demi-nomade, mettre « à sa portée le capital le plus envié des hommes, « la terre, astreindre à l'épargne, par une con- « trainte volontairement acceptée, la population la (( plus imprévoyante, était une conception d'une « portée beaucoup plus haute, et est assurément « le moyen le plus efficace qu'on ait jusqu'ici ima- « giné pour aider au développement de la moralité « dans la classe ouvrière. »

L'exemple de Mulhouse a été suivi un peu partout, à Lille, à Guebwiller, à Beaucourt, à Roubaix, au Havre, et tout récemment à Bolbec, et partout il a donné les mêmes excellents résultats.

Au Havre, une Société anonyme, la Société

(i) Histoire des classes ouvrières en France depuis ijSg^ tome II. page 414, 1867. — Paris, Hachette et C*«.

havraise des Cités ouvrières, s'est formée en 187 1, au capital de 200,000 francs, et a construit déjà 70 maisons, dont les dernières ont été vendues, même avant d'être terminées, tant on les recherchait. — Le type de ses maisons est très-heureusement choisi, elles sont deux à deux pour profiter d'un mur mitoyen, ont 4 chambres, 2 au rez-dechaussée, dont une servant de cuisine et de chambre à manger et 2 au premier étage, un jardin sur le devant et une petite cour par derrière. Cette cour est des plus importantes, car elle sert de débarras, et l'on y met tout ce qui pourrait occasionner du désordre ailleurs.

Le terrain étant cher au Havre, il n'a pas été possible de donner des jardins aussi grands qu'à Mulhouse; en effet, tandis que dans cette dernière ville le terrain des Cités n'a coûté que i franc le mètre carré, il en a coûté 5 dans la première, ce qui fait que la superficie de chaque propriété n'y est que de 100 à 120 mètres carrés, contre 200 à 300 à Mulhouse.

Les constructions aussi sont plus chères au Havre qu'en Alsace, et les maisons, tout en y étant plus petites, coûtent de 3,000 à 3,600 francs, mais les acquéreurs ont la faculté de se Hbérer à leur choix

en plus ou moins d'années, suivant le tableau d'amortissement que voici (i) :

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