‹ La mission belge au CanadaChapitre 11 sur 20 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

L'ALLEriAQNE VIOLE LA NEUTRALITÉ DE LA BELGIQUE

Le grand historien belge Henri Pirenne disait de «on pays : " Placée aux frontières des deux grands peuples, qui ont le plus contribué à faire la civilisation modernes, la Belgique est destinée à leur servir de tampon, à recevoir leurs coups, pendant la guerre, à servir de champ de bataille..."

Le conflit actuel donne encore raison à l'historien belge. La Belgique était destinée à être le champ de bataille de la France et de l'Allemagne.

Nous empruntons à M. Henri Welschinger, Féminent critique d'histoire français, le résumé historique de la neutralité belge. Ces renseignements vont nous servir, pour l'exposé de la conduite infâme des Teutons.

" On sait comment, écrit M. Welschinger, le 18 novembre 1830, le Congrès national de la Belgique, pré-

sidé par Surlet de Chokier, proclama l'indépendance du peuple belge, en se déclarant en faveur de la monarchie constitutionnelle héréditaire et en prononçant l'exclusion perpétuelle de la famille d'Orange-Nassau. Le gouvernement français résolut, sur le conseil avisé du prince de Talleyrand et avec l'adhésion de Guizot, de soutenir simplement l'indépendance de la Belgique, trouvant un intérêt primordial à substituer un Etat neutre et ami au royaume des Pays-Bas qui, en 1814, avait été établi contre elle.

" Après le refus si politique qui lui avait été fait de l'élection du duc de Nemours, le Congrès national élut, le 4 juin 1831, pour roi des Belges le prince Léopold de Saxe-Cobourg, oncle de la princesse Victoria et veuf de la princesse Charlotte d'Angleterre. Ce prince, qui devait épouser en 1832 la princesse Louise d'Orléans et qui assura tant de prospérité à son nouveau royeume, jura le 21 juillet d'observer la Constitution et les lois du peuple belge, et de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire. Nul n'ignore comment le roi de Hollande ayant rouvert les hostilités contre la Belgique en août 1831, l'armée française, sous le commandement du maréchal Gérard, vint au secours des Belges et obligea les Hollandais à sortir d'Anvers et à évacuer le territoire. La Belgique, aidée par la France, avait repoussé l'intervention étrangère et fait reconnaître une indépendance que la Conférence de Londres avait solennellement reconnue le 26 juillet 1831. Toutes les puissances y vinrent adhérer, sauf la Hollande, qui ne mit fin à son conflit avec la Belgique que par le traité particulier du 19 avril 1839.

" La Conférence de Londres avait élaboré, le 15 novembre 1831, un nouveau traité, qui fut soumis, sous forme de projet de loi, au Sénat et à la Chambre des représentants, et dont l'article 7 est ainsi conçu : " La Belgique formera un Etat indépendant et perpétuellement neutre. Elle sera tenue d'observer cette même neutralité envers tous les autres Etats. " Et, comme sanction de ce vote, la Conférence adopta l'article suivant : " Les cours d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, garantissent à Sa Majesté le roi des Belges l'exécution de tous les articles qui précèdent." Dans les articles, figuraient la reconnaissance de l'indépendance et de la neutralité, ainsi que l'inviolabilité de son territoire. La Hollande, comme je viens de la dire, fit avec la Belgique un traité spécial dont l'article 7 mentionnait, lui aussi, l'indépendance et la neutralité belges. Dès ce moment, la Belgique, put croire que son territoire serait désormais inviolable, puisque toutes les grandes puissances s'en déclaraient garantes. '.

Comme on le voit l'Autriche,, la France, la Grande- Bretagne,, la Prusse même, et la Russie, reconnurent l'indépendance, la neutralité et l'inviolabilité du territoire belge.

Voyons donc, comment dans la présente occurrence, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne se sont comportées.

Pour prévenir les puissances de ses intentions, la Belgique n'a pas attendu que le conflit actuel fut éclaté; le jour même que l'Autriche faisait servir sa note hautaine à la Serbie, la Belgique adressait à tous se»

ambassadeurs la note suivante : " La situation internationale est grave. L'éventualité d'un conflit entre plusieurs puissances est le sujet des préoccupations du gouvernement du roi. Toutes les mesures nécessaires pour assurer l'observation de la neutralité, ont été néanmoins prises par le gouvernement du Roi. L'armée belge est mobilisée, et prend ses postes dans ses positions stratégiques pour assurer la défense du pays et le respect de sa neutralité. Les forts d'Anvers et de la Meuse sont en état de défense. ".

La France, la première, fit connaître à la Belgique sa résolution de respecter la neutralité de son territoire. Dès le 31 juillet, son ambassadeur à Bruxelles, allait voir le ministre des Affaires étrangères, et lui donna l'assurance qu'aucune " incursion des troupes françaises n'aurait lieu en Belgique. Même si des armées considérables étaient massées sur la frontière de votre pays, la France n'aimerait pas porter la responsabilité d'avoir commis le premier acte d'hostilité vis-à-vis de la Belgique. Des instructions dans ce sens seront données aux autorités françaises.".

Puis, un peu plus tard, le même jour, l'ambassadeur français déclarait formellement au ministre belge : "Je suis autorisé à vous déclarer que dans le cas d'un conflit international, le Gouvernement de la République, comme il l'a toujours déclaré, respectera la neutralité de la Belgique. Dans l'hypothèse, où la neutralité ne serait pas respectée par une autre puissance, le Gouvernement français, pour sauvegarder sa propre défense, sera forcé de modifier son attitude. ".

On voit donc quel respect la France a eu de la parole donnée.

Mais la France fit plus encore, et nous le savons par Sir F. Villiers, ambassadeur anglais à Bruxelles, qui télégraphia le 3 août à Sir Edward Grey : " Le Gouvernement français par l'intermédiaire de son attaché militaire, ici, a offert le secours de cinq corps d'armée au Gouvernement belge. ".

Ceci dément, une fois pour toutes, la rumeur que la France avait été trop lente à aider la Belgique. A cette offre, le Gouvernement belge a répondu par des remerciements sincères et en disant qu'il ne se proposait pas de demander maintenant la garantie des autres puissances, mais qu'il verrait plus tard.

Que faisait d'autre part l'Allemagne ?

Le 31 juillet, le chef du ministère des Affaires étrangères de Belgique, avait une entrevue très importante avec Herr Von Buelow, l'ambassadeur allemand à Bruxelles. Il lui rappela qu'au cours d'une entrevue soulevée en 1911, par la présentation du projet hollandais en vue de fortifier le Scheldt, son prédécesseur Herr Von Slotow, avait assuré le Gouvernement belge que, dans le cas d'une guerre franco-allemande, l'Allemagne ne violerait pas la neutralité belge; que Herr Von Bethman Hollweg, chancelier impérial, avait donné la même assurance; qu'en 1913, Herr Von Jagow, le secrétaire d'Etat allemand, avait réitéré les mêmes déclarations devant le comité du budget du Eeichstag.

A toutes ces remarques du ministre belge, le ministre

allemand répondit qu'il avait été prévenu des déclarations de son prédécesseur et " qu'il était certain que les sentiments exprimés alors n'étaient pas changés. ".

Eh bien, quarante-huit heures plus tard, le même Herr Von Buelow délivrait au gouvernement belge un ultimatum de son gouvernement, comportant d'infâmes propositions à la Belgique.

C'est le dimanche soir, 2 août 1914, que l'Allemagne a adressé son ultimatum à la Belgique, lui enjoignant de laisser passer les troupes allemandes, et fixant l'expiration du délai de l'ultimatum au lundi, 3 août, à sept heures du matin. La nuit même de dimanche le conseil des ministres belges et le chef d'état-major s'assemblaient pour conférer avec le roi Albert. Le lundi matin, à l'heure dite, le gouvernement belge répondait à Guillaume II, " qu'il se refusait à faciliter les opérations de l'armée allemande contre l'armée française, qu'il protestait à l'avance contre toute violation de son territoire, et qu'il était résolu par tous les moyens à défendre énergiquement sa neutralité, formellement garantie par les traités et notamment par la signature du roi de Prusse."

Le lendemain, le chancelier de l'empire allemand disait au Eeichstag : " Nécessité ne connaît point de loi. Nos troupes ont occupé le Luxembourg et peut-être déjà la Belgique. " Cela est contraire au droit des gens", mais nous savions que la France était prête à l'attaque et une attaque de notre aile gauche sur le Rhin inférieur eût pu nous être fatale. C'est ainsi que nous avons dû passer outre aux protestations justifiées du Luxembourg et de la Belgique. Nous réparerons ce tort dès que nous

aurons atteint notre but. Quand on est menacé comme nous le sommes et lorsqu'on combat comme nous, pour le bien suprême, " on s'en tire comme on peut! " " Le Reichstag a applaudi frénétiquement cet aveu inouï de la violation du droit des gens et de la parole donnée. ".

Où le chancelier allemand avait-il pris ses renseignements, quand il disait que son gouvernement savait que la France était prête à l'attaque ?

Dans sa réponse à l'ultimatum allemand, le gouvernement belge avertissait pourtant l'Allemagne : " que les intentions qu'elle attribue à la France sont en contradiction de la déclaration qui nous a été faite le 1er août au nom du gouvernement de la République. ".

Et d'ailleurs, la Belgique, respectueuse de sa parole, assurait l'Allemagne, "que si la France violait la neutralité belge, la Belgique remplirait ses obligations internationales et que son armée repousserait l'envahisseur avec la dernière résistance. ".

L'Angleterre était informée, le 4 août, par son ambassadeur à Bruxelles, Sir F. Villiers. de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Belgique. Aussitôt Sir Edward Grev télégraphiait à Sir F. Villiers : " Vous voudrez bien informer le gouvernement belge que si une pression est faite auprès de lui par l'Allemagne pour l'induire à se départir de sa neutralité, le gouvernement de Sa Majesté, s'attend qu'il résistera par tous les moyens en son pouvoir, et que le gouvernement de Sa Majesté le supportera dans une telle résistance, et que le gouvernement de Sa Majesté, dans ce cas, est prête à se

joindre à la Eussie et à la France, si on le désire, en offrant au gouvernement belge, dès maintenant, une action commune dans le but de résister à la force de l'Allemagne contre lui et une garantie de maintenir son indépendance et l'intégrité de son territoire dans l'avenir. "

Sir Edward Grey chargeait aussi son ambassadeur à Berlin, Sir E. Goschen d'exiger de l'Allemagne qu'elle respecte la neutralité de la Belgique, dans les prochaines douze heures, sans quoi la Grande-Bretagne déclarerait la guerre.

On sait le reste. Sir E. Goschen dans un long rapport à Sir Edward Grey, le 8 août, a raconté par le menu sa dernière entrevue avec Herr Von Jagow. A la question posée par la Grande-Bretagne à l'Allemagne, touchant la neutralité belge, le Secrétaire d'Etat allemand à répondu que l'Allemagne ne retirerait pas ses troupes de Belgique.

Il faut lire aussi le récit de l'entrevue de Sir E. Goschen,, avec le chancelier allemand ; nous citons le Temps de Paris, (29 août).

" L'ambassadeur d'Angleterre se rendit ensuite chez le chancelier. Celui-ci fort agité, entama aussitôt un discours qui dura une vingtaine de minutes. Il déclara que la décision de la Grande-Bretagne était vraiment terrible et ajouta : " Comment, pour un mot, pour le mot neutralité, pour un mot qui, en temps de guerre, fut si souvent méprisé; comment, pour un simple morceau de papier, la Grande-Bretagne va faire la guerre à une nation apparentée dont le seul désir est d'être une amie !

Tous mes efforts dans ce sens se trouvent anéantis par cette dernière et terrible décision, et toute ma politique, depuis mon arrivée aux affaires, s'écroule comme un château de cartes. L'acte de la Grande-Bretagne est inconcevable. C'est comme si on frappait dans le dos un homme qui défend sa vie contre deux assaillants. Je tiens la Grande-Bretagne pour responsable des terribles événements qui pourront s'ensuivre. ".

" L'ambassadeur d'Angleterre répliqua que si, pour des raisons stratégiques, la violation de la neutralité belge était une question de vie ou de mort pour l'Allemagne, c'était aussi pour l'honneur de la Grande-Bretagne une question de vie ou de mort de respecter un engagement solennel et de faire tout son possible pour défendre la neutralité de la Belgique contre des attaques. " Cet engagement solennel doit simplement être observé, sinon quelle confiance aurait-on à l'avenir dans les promesses de la Grande-Bretagne ? "

" Le chancelier répondit : " Mais à quel prix cet engagement sera-t-il tenu ? Le gouvernement britannique j a-t-il songé? " L'ambassadeur observa alors que la crainte des conséquences ne constituait pas une excuse pour violer les engagements solennels, mais le chancelier était si surexcité, si abasourdi de la décision de l'Angleterre, si peu disposé à entendre raison, que l'ambassadeur renonça à jeter de l'huile sur le feu en continuant la discussion. ".

Et c'est quelques heures après qu'il eût adressé ce télégramme, que Sir Edward Grey recevait une dépêche

de son ambassadeur à Bruxelles, annonçant que les troupes teutones étaient entrées sur le territoire belge et que Liège avait été sommée de se rendre et qu'elle avait repoussé les Allemands.

Les hordes de Guillaume venues d'Aix-la-Chapelle, avait envahi le territoire belge à Recht, à Visé, marchant directement sur Liège.

De ce moment c'en était fait de la Belgique, l'héroïque nation allait commencer son long martyre. Elle allait voir s'exercer sur elle, sur son peuple, la rage brutale des hordes tudesques. Elle allait assister au massacre de ses femmes et de ses enfants, à la captivité de ses paisibles citoyens, à la destruction de ses villes sans défense, à l'incendie de ses églises, à la démolition de ses monuments historiques et de sa célèbre université de Louvain.

La Belgique allait supporter toutes les souffrances tous les outrages, mais elle ne voulut jamais déroger à l'honneur.

Liège, Namur, Mons, Charleroi, Dinant, se sont dressées devant l'envahisseur pour lui barrer le chemin et le Kaiser a payé cher son acte infâme.

Le maréchal de Moltke avait tracé à Guillaume son plan d'attaque : " Une armée d'invasion par la Belgique, écrivait-il, facilitera la marche des armées de la Moselle et du Rhin et aura une influence décisives sur les opérations de ses armées. ".

De Moltke avait alors compté sur l'indifférence et la faiblesse des Belges ; combien faux avait été son calcul.

L'héroïsme de la Belgique a, du premier coup, bouleversé tous les plans de campagne du Kaiser. Ce petit peuple, grand par le coeur et la bravoure, arrêtait la marche de l'ennemi, qui voulait prendre la France et, par cet exploit homérique, se couvrait de gloire et arrachait littéralement, des cris d'admiration et d'enthousiasme au monde entier.

Qtiis est liomo qui non flcret... f

Quis non posset contristari f

Qui pourrait retenir ses larmes ?

Qui pourrait sans une profonde tristesse... ?

Ces deux vers du Stahat Mater, me sont venus naturellement à la pensée, quand j'eus terminé la lecture si angoissante, si douloureuse, du mémoire remis par la Mission belge au Président des Etats-Unis, mémoire relatant en détail les atrocités allemandes, en Belgique. Et c'est de la bouche de témoins assermentés qu'une commission belge a recueilli tous les faits que nous rapporterons ici.

Pauvre nation, est-il une douleur semblable à la tienne ?

Tout l'enfer déchaîné sur la Belgique, toutes les hordes barbares de la terre ameutées sur elle, n'auraient pu accomplir plus de forfaits que les hordes de Guillaume.

Le 18 octobre 1897, toutes les nations civilisées, — au nombre desquelles on comptait alors l'Allemagne, — signaient la Convention de La Haye, qui réglait comme suit les usages de la guerre :

" AuT. 46. — L'honneur et les droits de famille, la vie des individus et la propriété privée, aussi bien que les convictions religieuses et l'exercice du culte, doivent être respectés, La propriété privée ne peut être confisquée.

" Art. 47. — Le pillage est formellement défendu.

" Art. 53. — Quand elle occupe un territoire, l'armée ne peut saisir que l'argent ainsi que les fonds et les valeurs appartenant à l'Etat, de même que les dépôts d'armes, les voies et moyens de transport, les entrepôts et les provisions, et en général, toute propriété mobilière appartenant à l'Etat, dont on pourrait se servir pour les opérations militaires.

" Art, 56. — Les propriétés des municipalités, les propriétés des établissements consacrés au culte, et à l'instruction ou à la Charité, à l'art ou à la science, quoiqu'appartenant à l'Etat, seront traitées comme propriété privée, ".

A la convention de la Paix en 1907, l'Allemagne souscrivit, sans condition, à la convention suivante : " Il est défendu d'attaquer ou de bombarder, par aucun moyen, les villes et les villages, les logements et les édifices qui ne sont pas défendus. Le commandant des armées d'attaque, avant d'entreprendre le bombardement — excepté dans les cas d'agression — doit user de tous les efforts en son pouvoir pour avertir les autorités. ".

Enfin, la Conférence de La Haye, en 1907, interdit expressément : (Art. 23) : " l'usage des armes, projectiles et autres matériaux susceptibles de causer des blessures sans nécessité. ".

Eb bien, quoique l'Allemagne se soit engagée à respecter ces conventions diverses, il n'en est pas une qu'elle n'ait violée depuis le commencement de cette guerre, et tous les écrivains sont unanimes à dire qu'il n'est pas de tribus barbares qui aient commis les atrocités dont les soldats allemands se sont rendus coupables.

Le premier acte de l'envahisseur en Belgique fut, en violation des conventions qu'il avait consenties, de piller, les banques privées aussi bien que les banques de l'Etat; de confisquer les argents déposés aux bureaux de poste, représentant les économies du peuple, ces argents appartenant à la Caisse d'Epargne et de Retraite. '\

En contravention à I'Art. 52 de la Conférence de La Haye, les troupes allemandes, ont prélevé un impôt de guerre de 50 millions de francs sur Bruxelles et de 450 millions sur le Brabant.

En violation de toutes les conventions, les Teutons, de leurs aéroplanes et de leurs dirigeables, ont bombar-

dé des villes sans défense ; et sans avertissement, ont attaqué des places fortifiées, qui n'avaient été ni assiégées, ni investies. Exemple : Louvain, Namur et Anvers.

C'est à Anvers que, dans la nuit du 24 au 25 août, un zeppelin a survolé et a lancé des bombes dans la direction du Palais Eoyal en vue de tuer la famille royale et des ministres. Ces bombes sont tombées dans la rue et sur des résidences et huit personnes furent tuées instantanément.

Qui ne se rappelle aussi le bombardement de Malines?

Des centaines de paisibles citoyens ont été réduits en pièces par ces engins de mort.

Des certificats de médecins que nous avons lus, la preuve découle que les Allemands ont aussi violé les conventions en se servant de balles explosives.

Mais si épouvantables que soient déjà ces forfaits, nous voulons encore donner des exemples de la barbarie des Allemands, et c'est d'après des dépositions assermentées que nous nous sommes renseignés.

A Linsmeau, la cavalerie allemande occupant Linsmeau, fut attaquée par l'infanterie belge. Un officier allemand est tué, et enterré à la demande de l'officier commandant belge. Pas un des citoyens du village n'avait pris part à ce combat. Néanmoins, en dépit des déclarations, un bourgmestre assurant que les civils n'avaient pas fait feu, deux fermes et six maisons furent incendiées et onze paysans furent fusillés et eurent le crâne fracassé à coups de crosses de fusils par les allemands.

A Velm, les Allemands sont arrivés durant la nuit du 10 août, pendant que les habitants dormaient; sans être provoqués, ils firent feu sur la maison de M. Deglimme-Gever, et saccagèrent tout, puis ils enlevèrent sa femme, qu'il tentèrent de fusiller ; le mari fut tiré aussi, et il était mourant ce jour-là.

A Orsmeal, à Neershespeu^ les 10, 11 et 12 août, les Allemands se sont emparés d'un vieillard, lui percèrent les bras, puis le pendirent à un arbre la tête en bas, et le firent brûler vivant. Des jeunes filles furent enlevées et des enfants outragés. Des habitants furent mutilés, si horriblement, que la plume ne saurait décrire le supplice.

A Haelen, le 12 août, le commandant belge Van Damne fut très sérieusement blessé dans un engagement et pour mettre fin à ses jours un fantassin teuton lui déchargea son revolver dans la bouche.

A Orsmeal, le 9 août, les Allemands s'emparèrent du commandant Knappen, sérieusement blessé; l'attachèrent à un arbre et le fusillèrent; puis lui hachèrent le corps à coups de sabre.

A Hollogne-sur-Geer , à Barchon, à Pontisse, à Haelen, à Zelk, les Teutons ont fait feu sur les médecins, les infirmiers et les ambulances.

La région d'Aerschot a été particulièrement ravagée et la population odieusement traitée.

A Eersselt, au nord d'Aerschot, 32 maisons ont été incendiées, le meunier et son fils, et 21 autres personnes furent tuées, alors qu'il n'y avait aucune troupe belge.

A Aerschot, ville de 8,000 habitants, les Allemands, pénétrèrent le 19 août au matin. Il ne restait pas en arrière, de troupes belges. A peine entrés les soldats du Kaiser incendièrent plusieurs maisons, et, rue du Marteau, ils fusillèrent 6 citoyens qu'ils forçaient à évacuer les lieux.

Parce qu'ils supposèrent qu'un officier allemand avait été tué sur la Grande Place, par le fils du bourgmestre, à la suite d'une conspiration, les Allemands firent prisonniers tous les hommes, sans défense, qui se trouvaient alors dans la ville, les conduisirent cinquante à la fois à une certaine distance de la ville, les groupant en ligne de quatre, les fusillèrent, puis les achevèrent à la baïonnette. On trouva quarante de ces hommes ainsi massacrés. La ville fut ensuite livrée au pillage le lendemain, ils conduisirent à 100 mètres de la ville, les citoyens qu'ils n'avaient pas fusillés la veille ; puis le bourgmestre, M. Tillemans, son fils âgé de quinze ans et demie et son frère, et ils furent à leur tour fusillés ; plus tard ils en forcèrent quelques-uns, qui avaient été épargnés, à creuser des fosses pour enterrer ces victimes. Cent cinquante citoyens furent ainsi massacrés, la plus grande partie de la ville fut détruite, et tout l'intérieur de l'église saccagée.

Le conducteur d'un wagon-ambulance fut tué, rue de l'Hôpital le 19 août. Les Allemands ont, pour justifier tant de barbarie, prétendu que les civils avaient fait feu sur eux. Or, toute la population avait été sévèrement avertie par le bourgmestre de s'abstenir de tout acte

d'hostilité et des affiches avaient été apposées partout dans la ville pour avertir les citoyens.

A Diest et à Schaffen, les Allemands commirent des crimes sans nom; un citoyen de Schaffen a donné les noms et adresses de 18 personnes qui ont été massacrées. Nous citerons par exemple les cas suivants :

Une femme de 45 ans et sa fille de douze ans découvertes dans un égoût, qui furent fusillées.

Une fillette de 9 ans qui fut aussi fusillée.

Un jeune homme de 23 ans, fut attaché à un arbre et brûlé vivant.

Un autre citoyen de 40 ans fut fusillé avec son neveu Agé de 10 ans.

Un nommé Jean Marken et Gustave Lodts, furent enterrés vivants.

Nous arrivons maintenant au sdc de la ville de Louvain.

Voici le texte de l'impressionnant rapport que la mission officielle belge envoyée aux Etats-Unis a remis au président Wilson, à Washington :

" La commission d'enquête a l'honneur de vous faire le rapport suivant sur les faits dont la ville de Louvain, les localités avoisinantes et la région de Malines ont été le théâtre.

" L'armée allemande pénétra dans Louvain, le mercredi, 19 août, après avoir incendié les villages par où elle avait passé.

" Dès leur entrée dans la ville de Louvain, les Allemands réquisitionnèrent des logements et des vivres, pour leurs troupes. Ils se rendirent dans toutes les banques privées de la ville et s'y firent remettre l'encaisse. Des soldats allemands fracturèrent les portes des maisons abandonnées par leurs habitants, les pillèrent et s'y livrèrent à des orgies.

" L'autorité allemande prit des otages : le bourgmestre de la ville, le sénateur Van der Kelon, le vice-recteur de l'Université catholique, le curé-doyen de la ville, des magistrats et des échevins furent aussi retenus. Toutes les armes détenues par les habitants, jusqu'aux fleurets d'escrime, avaient été remises à l'administration communale et déposées dans l'église de Saint-Pierre.

" Dans un village avoisinant, Corhek-Loo, une jeune femme, âgée de vingt-deux ans, dont le mari se trouvait dans l'armée, fut surprise le mercredi 19 août avec divers de ses parents par une bande de soldats allemands. Les personnes qui l'accompagnaient furent enfermées dans une maison abandonnée, tandis qu'elle-même fut entraînée dans une autre habitation où elle fut outragée par cinq soldats.

" Dans le même village, le jeudi, 20 août, des soldats allemands cherchèrent dans leur demeure une jeune fille de dix-huit ans environ et ses parents. Ils les conduisirent dans une propriété abandonnée, et, pendant que . quelques-uns d'entre eux, tenaient en respect ses parents les autres pénétraient dans l'habitation, dont la cave avait été ouverte et forçaient la jeune fille à boire. Puis ils la menèrent sur une pelouse devant l'habitation et lui

firent subir d'abominables violences. Comme elle continuait à opposer de la résistance, ils lui percèrent la poitrine à coups de baïonnette. La jeune fille, abandonnée par eux après ces actes inqualifiables, fut reconduite chez ses parents et le lendemain, à raison de la gravité dp son état, administrée par le curé de la paroisse, et conduite à l'hôpital de Louvain. Elle était à ce moment en danger de mort.

" Les 24 et 25 août, les troupes belges, sortant du camp retranché d'Anvers, attaquèrent l'armée allemande qui se trouvait devant Malines. Les troupes allemandes furent refoulées jusqu'à Louvain et Vilvorde. Pénétrant dans les villages qui avaient été occupés par l'ennemi, l'armée belge trouva tout le pays dévasté. Les Allemands en se retirant avaient ravagé et incendié les villages, emmenant les habitants mâles qu'ils poussaient devant eux.

" Entrant dans Hof stade le 25 août, les soldats belges trouvèrent le cadavre d'une vieille femme qui avait été tuée à coup de baïonnette ; elle avait encore en main l'aiguille avec laquelle elle cousait lorsqu'elle fut frappée; une femme et son fils, âgé de 15 ou 16 ans environ, gisaient, transpercés de coups de baïonnette ; un homme avait été pendu.

" A Sempst, village voisin, se trouvaient les cadavres de deux hommes partiellement carbonisés. L'un d'eux avaient les jambes coupées à la hauteur des genoux ; l'autre avait les bras et les jambes coupés. Un ouvrier dont plusieurs témoins ont vu le cadavre calciné, avait été frappé à coups de baïonnette. Encore vivant, les

Allemands l'avaient enduit de pétrole et jeté dans la maison à laquelle ils mirent le feu.

" Une femme sortant de sa maison, avait été abattue de la même façon.

" Un témoin, dont la déclaration a été reçue par M. Edward Herstlet, fils de sir Cecil Herstlet, consul gênérai de la Grande-Bretagne à Anvers, déclare avoir vu non loin de Malines, le 26 août, lors de la dernière attaque des troupes belges, un vieillard attaché par les bras à une poutre du plafond de sa ferme. Le corps était complètement carbonisé; la tête, les bras et les pieds étaient intacts. Plus loin, un enfant d'environ quinze ans,, était attaché les mains derrière le dos, le corps entièrement lardé de coups de baïonnette. De nombreux cadavres de paysans gisaient dans des positions de pardon, les bras levés ou les mains jointes.

" Le consul de Belgique dans l'Uganda, engagé volontaire dans l'armée belge, rapporte que partout où les Allemands ont passé, le pays est dévasté. Les quelques habitants qui sont restés dans les villages, racontent les horreurs commises par l'ennemi. C'est ainsi qu'à Wackerseel, sept Allemands auraient martyrisé une pauvre femme et l'auraient ensuite tuée. Dans le même vjillage, ils ont déshabillé jusqu'à la taille un jeune garçon, l'ont menacé de mort en plaçant un revolver sur sa poitrine, l'ont piqué avec des lances, l'ont ensuite chassé dans un champ et ont tiré sur lui sans l'atteindre.

" Partout ce ne sont que ruines et dévastation. A BueTcen, de nombreux habitants, dont le curé, âgé de plus de quatre-vingts ans, ont été tués.

" Entre Tmpde et Wolverthem, deux soldats belges blessés, étaient couchés près d'une maison qui brûlait. Des Allemands ont jeté ces deux malheureux dans le brasier.

" Les troupes allemandes, repoussées par nos soldats, entrèrent en pleine panique dans Louvain, le 26 août, à la tombée du jour. Divers témoins nous affirment qu'à ce moment la garnison allemande qui occupait Louvain, fut prévenue erronément de ce que l'ennemi pénétrait dans la ville. Elle se dirigea immédiatement en tirailrant vers la station où elle se rencontra avec les troupes allemandes refoulées par les Belges qui venaient de cesser la poursuite. Tout semble démontrer qu'un contact se produisit entre les régiments allemands.

" Dès ce moment, prétendant que des civils avaient tiré sur leurs soldats, ce qui est contredit par tous les témoins et ce qui n'eut guère été possible puisque les habitants de Louvain, depuis quelques jours, avaient dû remettre leurs armes aux autorités communales, les Allemands commencèrent à bombarder la ville. Le bombardement dura jusque vers dix heures du soir. Puis les Allemands mirent le feu à la ville. Là où l'incendie n'avait pas pris, les soldats allemands pénétraient dans les habitations et jetaient des grenades incendiaires dont certains semblent pourvus.

" La plus grande partie de Louvain, spécialement la ville haute, comprenant les bâtiments modernes, la cathédrale de Saint-Pierre, les Halles universitaires avec toute la bibliothèque de l'Université, ses manuscrits, ses collections, la plupart des instituts scientifiques de l'U-

Diversité, le théâtre communal, étaient dès ce moment, la proie des flammes.

"La commission croit devoir insister, au milieu de toutes ces horreurs, sur le crime de lèse-civilisation que constitue l'anéantissement délibéré d'une bibliothèque académique qui était un des trésors de notre temps.

" De nombreux cadavres de civils jonchaient les rues et les places. Sur la seule route de Tirlemont à Louvain, un témoin en a compté plus de cinquante. Sur le seuil des habitations se trouvaient des cadavres carbonisés d'habitants qui, surpris dans leurs caves par l'incendie, avaient voulu s'échapper et étaient tombés dans le brasier. Les faubourgs de Louvain ont subi le même sort. On peut affirmer que toute la région située entre Louvain et Malines et la plupart des faubourgs de Louvain sont presque anéantis.

" Un groupe de plus de soixante-quinze personnes, qui comprenait diverses personnalités de la ville et parmi lequel le Père Colobot et un autre prêtre espagnol, ainsi qu'un prêtre américain, a été conduit dans la matinée du 26 août sur la place de la Station; les hommes ont été brutalement séparés de leurs femmes et de leurs enfants et après avoir subi les traitements les plus abominables et été menacés à diverses reprises d'être fusillés, ont été conduits devant le front des troupes allemandes jusqu'à Campenhout. Ils ont été enfermés dans l'église du village, où ils ont passé la nuit. Le lendemain, vers quatre heures, un officier allemand les prévint de ce qu'ils pouvaient se confesser et de ce qu'ils seraient fusillés une demi-heure plus tard. Vers quatre heures trente,

on les mit en liberté. Peu après ils furent arrêtés de nouveau par une brigade allemande qui les força à marcher devant elle dans la direction de Malines.

" Il résulte d'autres témoignages que plusieurs milliers d'habitants mâles de Louvain, qui avaient échappé aux fusillades et à l'incendie, ont été dirigés sur l'Allemagne dans un but que nous ignorons.

" L'incendie a continué pendant plusieurs jours. Un témoin oculaire qui, le 30 août dernier, a quitté Louvain, expose l'état de la ville à ce moment :

" A partir de Weert-Saint-Georges, je n'ai rencontré, dit-il, que des villages brûlés, et des paysans affolés, levant à chaque rencontre les bras en signe de soumission. Toutes les maisons portaient un drapeau blanc, même celles qui avaient été incendiées, et on en voyait des lambeaux pendant sur les ruines.

" A Weert-Saint-Georges, j'ai interrogé les habitants sur les causes des outrages allemands, et ils m'ont affirmé, de la façon la plus absolue, qu'aucun des habitants n'avait tiré, que les armes avaient d'ailleurs été préalablement déposées, mais que les Allemands s'étaient vengés sur la population de ce qu'un militaire belge appartenant au corps de la gendarmerie avait tué un uhlan.

" La population restée à Louvain est réfugiée dans le faubourg de Héverlé, où elle est entassée, la population ayant d'ailleurs été chassée de la ville par les troupes et l'incendie.

" Un peu au-delà du Collège américain, l'incendie a commencé, et la ville est entièrement détruite, à l'excep-

tion de l'Hôtel-de-Ville et de la gare. Aujourd'hui, d'ailleurs, l'incendie continuait, et les Allemands, loin de prendre des mesures pour l'arrêter, paraissent entretenir le feu, en jetant de la paille, comme je l'ai constaté dans la rue joignant l'Hôtel-de- Ville. La cathédrale, le théâtre sont détruits et effondrés, de même que la bibliothèque ; la ville présente, en somme, l'aspect d'une vieille cité en ruines, au milieu de laquelle circulent seulement des soldats ivres, portant des bouteilles de vin et de liqueurs, les officiers eux-mêmes étant installés dans des fauteuils autour de tables et buvant comme leurs hommes.

" Dans les rues, pourrissent au soleil des chevaux tués, déjà complètement enflés, et l'odeur de l'incendie et de la pourriture est telle qu'elle m'a poursuivi longtemps.".

" La commission n'est pas parvenue jusqu'ici à recueillir des renseignements sur le sort du bourgmestre de Louvain, ni sur celui des notables retenus en otage.

" Des faits qui lui ont été signalés jusqu'à présent, la commission croit pouvoir tirer les conclusions suivantes :

" Dans cette guerre, l'occupation est suivie systématiquement, parfois même précédée et accompagnée de violence contre la population civile qui sont également contraires aux lois conventionnelles de la guerre et aux principes les plus élémentaires de l'humanité.

" La façon de procéder des Allemands est partout la même. Ils s'avancent le long des routes en fusillant les passants inoffensifs, particulièrement les cyclistes, et

même les paysans occupés sur leur passage aux travaux des champs.

" Dans les agglomérations où ils s'arrêtent, ils commencent par réquisitionner les aliments et les boissons qu'ils consomment ensuite jusqu'à l'ivresse.

" Parfois, de l'intérieur des maisons inoccupées, ils tirent des coups de fusil au hasard et déclarent que ce sont des habitants qui ont tiré.

" Alors commencent des scènes d'incendie, de meurtre et surtout de pillage, accompagnés d'actes de froide cruauté qui ne respectent ni le sexe ni l'âge. Là même où ils prétendent connaître le coupable des faits qu'ils allèguent, ils ne se bornent pas à l'exécuter sommairement, mais en profitent pour décimer la population, piller toutes les habitations, puis y mettre le feu.

" Après un premier massacre exécuté un peu au hasard, ils enferment les hommes dans l'église de la localité, puis ordonnent aux femmes de rentrer chez elles et de tenir ouverte, pendant la nuit, la porte de leurs demeures.

" Dans plusieurs localités, la population mâle a été dirigée sur l'Allemagne, pour y être contrainte, parait-il, à exécuter les travaux de la moisson, comme aux jours de l'esclavage antique. Les cas sont nombreux où l'on force les habitants à servir de guide, à exécuter des tranchées et des retranchements pour les Allemands. De nombreuses dépositions attestent que dans leurs marches ou même leurs attaques, les Allemands mettent au premier rang des civils, hommes et femmes, afin d'empêcher

nos soldats de tirer. D'autres témoignages d'officiers et de soldats belges attestent que des détachements allemands ne se gênent point pour arborer soit le drapeau blanc, soit le drapeau de la Croix-Rouge, afin d'aborder nos troupes sans défiance.

" Par contre, ils tirent sur nos ambulances et maltraitent nos ambulanciers. Ils maltraitent, même achèvent nos blessés. Les membres du clergé semblent devoir être spécialement l'objet de leurs attentats. Enfin, nous avons en notre possession des balles explosives, abandonnées par l'ennemi à Werchter et nous possédons des certificats médicaux attestant que des blessures ont dû être infligées par des balles de ce genre.

"Les documents et dépositions sur lesquels s'appuient ces constatations seront publiés.

Le président : Cooreman.

Les secrétaires : Ernst de Bunswyc^

Orts.

Les membres : Cte Coblet d'Alviella,

Eyckmans^

Strauss^

Van Cutsem.

Mais pourquoi prolonger cette douloureuse nomenclature, pourquoi continuer le récit de ce martyre, qu'en des vers sublimes, le grand poëte belge, Emile Verhaeren a décrit ?

Nul écrivain ne pouvait tracer un plus saisissant tableau de cette sanglante épopée de la malheureuse Belgique.

Toutes les atrocités allemandes, toutes les douleurs, et tous les outrages infligés à ses compatriotes, Verhaeren, nous les redit dans les vers suivants :

En des hameaux perdus et des bourgs solitaires,

Où passait le galop effréné des uhlans

On a trouvé plantés dans la gorge des mères

De longs couteaux couverts et de lait et de sang ;

Des vieillards mis en rang au long d'une chaussée,

Ployèrent les genoux pour recevoir la mort

Au bord de fosses qu'eux-mêmes avaient creusées ;

Des filles de seize ans dont l'âme et dont le corps

Etaient vierges et clairs subirent les injures

Et les baisers sanglants et ivres des soldats,

Et quand leur paTi\Te chair n'était plus que blessures

On leur tranchait la gorge avec des coutelas.

Partout, du fond des bourgs vers les villes voisines

Les gens fuyaient avec des yeux épouvantés

De voir comme une mer immense de ruines

Crouler sur le pays qu'ils avaient dû quitter.

Derrière eux s'exhalait le tocsin fou des cloches.

Et quand ils rencontraient quelque teuton frappé

Par une balle adroite, au bord d'un chemin proche,

Souvent ils découvraient, dans le creux de ses poches,

Avec des colliers d'or et des satins fripés.

Deux petits pieds d'enfant atrocement coupés.

Pour qu'on ne nous accuse pas de partialité, disons que le Kaiser a tenté de se justifier de tous ces crimes, rappelons, que, le 8 septembre, Guillaume II, voulut

mettre les choses au point, et qu'il télégraphiait au président des Etats-Unis : " Les cruautés commises par des personnes et des enfants, nous ont obligés à des mesures rigoureuses, telle que la destruction de villages et même de la vieille cité de Louvain, l'hôtel-de-ville excepté. Mon coeur saigne (sic) d'avoir été obligé de prendre de pareilles mesures. "

Arrêtons-nous un peu à ce télégramme du Kaiser et demandons-nous comment a-t-il pu savoir cela, que des " femmes et des enfants " avaient commis des cruautés, parce qu'on ne nous a jamais dit qu'il était là ?

Or, nous apprenons par le Livre blanc allemand, que c'est un certain Herr Herrmann Consten, citoyen suisse (sic) au service de la Croix-Rouge, qui renseigna ainsi son empereur.

Voulez-vous voir maintenant qui est ce Consten ? Le Matin de Paris a fait une petite enquête sur son compte auprès du chef de police suisse, et voici ce qu'on lui a dit à^V informer du Kaiser :

" M. Herrmann Consten est un Allemand qui a créé, il y a quelques années, une agence de renseignements j\ Bâle. Cette agence a été signalée, il y a deux ans, au gouvernement suisse comme une officine d'espionnage allemande. C'est à partir de ce moment que M. Herrmann Consten est devenu mon client. Presque au même moment, il demandait la naturalisation suisse. Cette naturalisation lui a été refusée.

" Au mois de novembre dernier, une instruction judiciaire a été ouverte par les autorités de Bâle, à la suite de diverses plaintes en escroqueries contre M. Herrmann

Consten. Cette instruction judiciaire a abouti à un arrêté d'expulsion que j'ai pris le 10 septembre contre lui.

" En réponse à vos questions, je réponds :

" lo M. Herrmann Consten n'a jamais appartenu à la Croix-Rouge suisse.

" 2o M. Herrmann Consten n'est pas Suisse, la naturalisation lui ayant été refusée.

"3o Depuis deux ans,, M. Herrmann Consten est sous la surveillance de la police suisse. J'affirme que depuis la déclaration de guerre, ce personnage n'a quitté la Suisse que pour une absence du 9 au 14 août. Il est absolument impossible qu'il ait pu se trouver à Liège à l'époque du siège que vous indiquez.

" 4o M. Herrmann Consten a quitté définitivement la Suisse à la suite de l'arrêté d'expulsion du 19 septembre.

" 5o Le crédit moral et matériel de M. Hermann Consten est nul. C'est un individu peu recommandable."

On admettra que ce n'est pas fameux comme informer, ce M. Consten, et comme disait un chroniqueur français, ceci nous prouve que si le " coeur de Guillaume peut encore saigner, son front ne sait plus rougir."

Le colonel allemand Von Unger a publié à l'usage des soldats de son pays, ce qu'on appellerait en français " Les articles de guerre " {Eriegs Artikeln) ; ce sont les règles qu'on enseigne aux recrues à leur entrée à la caserne, et je ne puis lire sans un certain scepticisme, l-'ârticle XVII, qui se lit comme suit :

^^ En campagne, le soldat ne doit jamais oublier que la guerre n'est faite qu'aux forces armées de l'adversaire. La vie et les biens des habitants du pays ennemi, les blessés, les malades et les prisonniers de guerre sont sous la protection particulière de la loi : ils sont en quelque sorte le propre bien des troupes allemandes ou alliées.

" Les prises du butin arbitraires, le pillage, l^endom-

MAGEMBNT OU LA DESTRUCTION DES PROPRIÉTÉS ÉTRAN- GÈRES PAR MÉCHANCETÉ OU AMUSEMENT^ l'opprCSSion dcS

habitants du pays recevront les plus sévères châtiments. Il n'y a pas pillage, quand il s'agit de s'approprier les choses nécessaires à la vie immédiate, quand il s'agit de remèdes, de vêtements, d'objets pour faire du feu, de la nourriture, de moyens de transport ou d'objets de nécessité urgente. '\

Quand on relie toutes les horreurs commises par les Prussiens en Belgique, comment peut-on croire que les soldats à qui, on enseigne ces obligations se sont comportés de la sorte ?

Après avoir lu tout le récit des atrocités allemandes comment peut-on lire, sans stigmatiser l'hypocrisie et la barbarie, le commentaire suivant, que fait de cet article le colonel Von Unger lui-même :

" Nous voulons conduire la guerre honorablement, rien qu'avec la partie armée de l'ennemi, répète-t-il à son tour. Des actes comme ceux qui sont mentionnés à l'article XVII sont incompatibles avec les notions de loyauté et de conduite honorable. En les commettant, le soldat devient un voleur et un pillard. Le plus beau titre de gloire d'une armée à la guerre, c'est lorsque même l'adversaire parle avec respect de la conduite du soldat. Chacun doit se souvenir en guerre que par sa conduite particulière, il tient entre ses mains le bon renom de toute l'armée. ".

N'est-ce pas que c'est beau la morale en théorie, quand elle est pratiquée par des brutes de la trempe des soldats du Kaiser ?

L'année dernière, j'avais le bonheur de visiter Bruxelles, et je passai quelques heures au Musée Wiertz ; j'y vis là un tableau du grand peintre belge, que je revois encore en esprit. Il a pour sujet "î7/ie Scène de Venfer", où l'on voit Napoléon maudit par toutes les mères et par toutes les femmes.

S'il vivait encore quel beau sujet Wiertz aurait-il pour peindre avec Guillaume II, lui, qui aimait tant à immortaliser sur la toile, toutes les horreurs.

L'empereur d'Allemagne, dont les troupes occupent maintenant Bruxelles, pourrait aller méditer devant le tableau de Wiertz. Il pourrait ressentir déjà toute la liaine qu'il a suscitée dans les coeurs.

' • /iS' • <&" • «s? • ^s? • ^=7 • <:=? • <=/ • ^s» • *:^ " «S» J^lj ^^' ÇS • ^5^- ^^« ^^t ^a» • ^^« ^% ^% ^S% <

Page 1